Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin
10 - Au fil de la Vézère
1 décembre 2021 · 17 min
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Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Comme la vallée de la Dordogne à Argentat ou la vallée des peintres à Crozant, la vallée de la Vézère a elle aussi inspiré celles et ceux qui la traversent et qui la côtoient. La Vézère, c'est d'abord une rivière corrézienne. Cette rivière, parfois impétueuse, forme une vallée riche d'un patrimoine architectural et de paysages souvent, eux aussi, très inspirants. Wilfried Lemary, vous êtes animateur de l'architecture et du patrimoine au sein du pays d'art et d'histoire Vézère-Ardoise. C'est-à-dire précisément où la Vézère prend sa source ? Quelles sont les communes qui sont traversées en Corrèze ? Sa longueur, sa profondeur, son débit ? Est-ce que vous pouvez nous dresser la carte d'identité de cette rivière ? Alors, la Vézère prend sa source sur le plateau de Millevache, sur la commune de Mémac, dans les tourbières du Longeroux. Et ensuite, elle suit son cours jusqu'à rejoindre la Dordogne à Limeuil, dans le département de la Dordogne. Et donc, quand elle traverse la Corrèze, elle traverse évidemment de nombreuses communes. Pour le pays d'art et d'histoire, nous travaillons sur la partie plutôt sud-ouest de son cours mais elle traverse Treignac, Uzerche, Vigeois et ensuite elle descend sur Estivarol, Allassac, Saint-Viance, Varès avant de rejoindre le département de la Dordogne. Pour ce qui est de la longueur je ne la connais pas précisément, la profondeur ça dépend des endroits, on le voit quand on fait notamment des descentes en canoë sur la vallée de la Vézère ça peut aller de quelques dizaines de centimètres jusqu'à plusieurs mètres quand on passe sur la digue d'un moulin par exemple, ou quand on se trouve à côté d'un barrage c'est plusieurs dizaines de mètres de profondeur, un peu moins de 30 mètres au barrage du Saillant. Pour ce qui est du débit, là aussi évidemment c'est variable mais le débit moyen de la vallée de la Vézère, quand on se situe au barrage du Saillant, le débit moyen annuel est d'une grosse vingtaine de mètres cubes par seconde en moyenne sur une année. La particularité d'une rivière c'est qu'elle disparaît à un moment donné et celle-ci, j'allais dire notre Vézère parce qu'elle est corrézienne vous l'avez rappelé, elle va disparaître naturellement en Dordogne en se jetant justement dans le fleuve Dordogne. Exactement, elle se jette donc dans la Dordogne, à Limeuil, qu'elle rejoint. En Dordogne, une partie de la vallée de la Vézère est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est-à-dire que l'autre partie de la vallée, c'est-à-dire celle qui est plutôt corrézienne, ne mériterait pas un classement au sein même de cet organisme, ou pas d'ailleurs. Alors, ce qui est particulier dans la vallée de la Vézère au niveau du département de la Dordogne et ce qui lui a valu le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, ce sont la multitude de sites préhistoriques, de sites médiévaux aussi très importants qui sont directement liés à la vallée. Sur la vallée de la Vézère, dans sa partie corrézienne, il y a aussi des châteaux, il y a aussi des sites préhistoriques, mais qui sont quand même assez, non pas qu'ils soient plus modestes, mais ils sont moins forts, moins connus, moins reconnus que les sites que l'on peut avoir en Dordogne. Évidemment, on n'a pas ni les grottes de Lascaux, ni tout un tas d'autres sites qu'on peut croiser dans le département de la Dordogne. Quelle lecture du paysage peut-on faire de cette vallée de la Vézère ? On va s'intéresser, Wilfried Lemary, principalement à cette partie corrézienne. Dans un premier temps, elle traverse le plateau de Millevache. Ensuite, elle rentre dans les gorges. Les gorges de la vallée de la Vézère se situent entre Uzerche et le Saillant. Saillant, c'est entre Allassac et Voutesac. Et ensuite, à partir de là, elle est dans le bassin de Brive. Donc, les paysages qu'elle traverse sont assez différents, puisque les paysages de plateau que l'on a sur la Haute-Corrèze sont plutôt des paysages doucement vallonnés avec beaucoup de forêts de résineux. Ensuite, quand elle va traverser les gorges, ça va être un relief beaucoup plus marqué, avec justement des pentes assez abruptes. Et donc, elle est assez boisée, assez sauvage dans cette partie-là, avec un cours qui est relativement rapide. Et ensuite, quand elle rentre dans le bassin de Brive, déjà, elle arrive dans un site bien particulier quand elle arrive au Saillant, parce qu'il se passe un phénomène tout à fait naturel. C'est comme elle sort des gorges et jusqu'ici, elle avait un cours qui était, comme je disais, assez rapide. Lorsqu'elle arrive dans le bassin de Brive, elle a beaucoup plus de place et comme le relief est relativement plat, son cours ralentit. Donc au fil du temps, les alluvions, les sédiments transportés et charriés par la rivière se sont déposés et ont formé un réseau d'îles. Donc sur le site du Saillant, vraiment à la sortie des gorges, il y a une trentaine d'îles. Donc elle devient extrêmement large avec tout un tas de bras. Et en fait, c'est un phénomène tout à fait naturel qui se voit sur d'autres cours d'eau qui ont ce profil-là, à partir du moment où il y a un changement de profil à la fois de la pente et de l'espace qu'elle peut avoir. Par rapport au bassin de Brive, dans le bassin de Brive, la rivière est moins pentue, donc c'est beaucoup plus calme, donc elle va serpenter gentiment jusqu'à arriver dans le département voisin de la Dordogne. Le paysage là est relativement ouvert, c'est une cuvette le bassin de Brive où on a la Vézère et la Corrèze qui viennent se rejoindre. Et donc on a là aussi un paysage de bocage, un peu comme en Haute-Corrèze, avec des haies qui délimitent les différentes parcelles, quelques forêts, mais c'est beaucoup moins sauvage que les gorges qui sont entre justement le plateau et le bassin de Brive. Et puis cette Vézère arrivée autour de Brive est beaucoup moins intrépide, impétueuse, qu'elle ne l'a été en amont. Oui, tout à fait. On le trouve, nous, quand on travaille sur différents sujets. On trouve des éléments qui nous permettent de savoir, de voir qu'à travers le temps, la Vézère a été une rivière effectivement assez, comme vous dites, assez impétueuse. Par exemple, quand on a fait notre travail sur l'exposition sur le rail, l'aventure du rail, on a trouvé qu'il avait été envisagé à un moment de faire un viaduc avec des piles installées dans le lit de la Vézère au niveau du secteur du Verge-Saint-Ybar. Et finalement, il a été décidé de ne pas faire un viaduc, mais un pont, c'est-à-dire quelque chose qui enjambe vraiment la vallée et qui va d'un bout à l'autre pour ne pas mettre des piles dans le lit de la rivière parce que celle-ci a des fluctuations assez importantes. Et donc, pour ne pas craindre justement d'endommager les ouvrages d'art, on a décidé de faire un grand pont, donc le pont du Gournoir, qui enjambe la Vézère largement de ce côté-là. Après, quand on est dans le bassin de Brive, par contre, ce que l'on a, c'est souvent malheureusement des inondations. Les gens de Saint-Vianz, de Pharaes, connaissent bien ces phénomènes. Encore une fois, la Vézère étant contenue dans les gorges jusqu'au Saillant, à partir de là, quand elle rentre dans le bassin de Brive, où elle a beaucoup plus de place, elle sort assez facilement de son lit. Alors la première fois qu'il ait fait mention de la Vézère, c'est en 889, dans des cartulaires monastiques. La Vézère est alors dénommée Vizara, et ensuite son toponyme va donc évoluer. Vous avez effleuré tout à l'heure l'interrogation que je voulais vous poser, mais est-ce qu'on sait si cette vallée de la Vézère a été habitée, à l'image de certaines vallées périgordines, et puis dans l'histoire, quelles sont les traces les plus anciennes, finalement, que la Vézère nous a laissées ? Alors effectivement, la Vézère est mentionnée dans les textes anciens. À ma connaissance, on n'a pas beaucoup forcément creusé cette question-là. Mais à ma connaissance, les textes les plus anciens qui la mentionnent sont les textes, comme vous disiez, d'origine monastique ou religieuse, notamment dans les cartulaires d'abbaye. Sur notre secteur, on a l'abbaye de Vigeois, où on a plusieurs mentions au fil des siècles de possession des moines sur la vallée de la Vézère, pour des questions de pêche ou des droits de passage. Il y a différents éléments qui mentionnent cela. Et ensuite, c'est à travers les ouvrages d'art, comme les ponts, par exemple, qui permettent de la franchir, que ce soit à Vigeois, au Saillant, avec des ponts anciens qui permettent justement son franchissement et qui montrent que la Vézère était un lieu de passage important au Moyen-Âge déjà. Et c'est aussi une des caractéristiques de cette vallée de la Vézère, Wilfried. Les mairies, ce patrimoine, alors ça peut être un patrimoine religieux, mais ça peut être aussi surtout un patrimoine rural qui est caractéristique. Vous parliez à l'instant du pont du Saillant, que chaque Corézien a, si ce n'est peut-être pas emprunté, mais connaît visuellement cet édifice. Vous pouvez nous en dire davantage sur ce pont du Saillant ? Oui, bien sûr. C'est un pont du Moyen-Âge qui présente une architecture caractéristique de cette époque-là, comme d'autres ponts de cette même époque que l'on peut avoir dans la région, que ce soit à Vigeois, avec le pont dit des Anglais, à Treignac, ou dans d'autres villes, et donc sur d'autres cours d'eau clavésaires, on a par exemple sur la Vienne, à Limoges, deux ponts médiévaux qui ont les mêmes caractéristiques, ou sur le Lot à Cahors, le pont Valentré, donc qui présente une architecture caractéristique de cette époque-là, c'est-à-dire que les piles du pont présentent du côté où le courant arrive un renfort, un avant-bec. Un contrefort, c'est ça ? Alors c'est plus qu'un contrefort, c'est-à-dire que c'est une structure, ça a un plan triangulaire, et ça fait un peu comme la proue d'un navire, ça a la faculté de diviser le courant et d'éviter que la force qui impacte la pile du pont, ça divise le courant et ça évite que le courant ne vienne taper de plein fouet directement sur la pile. Donc ça leur permet de mieux résister. Ensuite, ce pont est assez large, parce qu'encore une fois, on est sur le site du Saillant où la Vézère s'élargit. C'est un pont qui présente six arches de formes légèrement différentes, puisqu'elles ne sont pas toujours construites au même moment. Les arches ont des formes assez variées. Il est bâti avec le matériau local, donc évidemment en schiste ardoisier que l'on trouve dans le secteur. Et donc ce pont était un pont à péage. Donc on contrôlait le passage. Et c'était le château du Saillant qui s'occupait de cela. Qui faisait office de douanier, c'est ça ? Oui, en quelque sorte. Et ce pont a fait l'objet de restaurations récentes. Il a changé de visage récemment. C'est un pont qui était très sombre, très noir, justement en lien avec la pierre d'ardoise, qui est évidemment très sombre. Et donc le parement, c'est-à-dire la partie extérieure du pont, a été refaite. Et donc là, ça s'est aéré un petit peu, mais il est devenu pas blanc, mais plutôt beaucoup plus clair que ce qu'il était. Et donc c'était assez différent. Vous écoutez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Si cette vallée de la Vézère, Wilfried Lémarie, est marquée par des édifices qui ont traversé le temps, elle est aussi marquée par une faille qui la traverse, c'est ce que l'on appelle une faille ardoisière, qui lui confère de fait une sorte de typicité géologique, qui est devenue d'ailleurs relativement touristique ces dernières années. Mais outre ce volet touristique que l'on n'abordera pas ici, est-ce qu'on peut revenir sur les aspects géologiques de cette vallée, en particulier de cette faille ardoisière qui nous intéresse beaucoup ici ? Oui, alors sur le secteur Allassac-Voudrazac, on a effectivement une faille ardoisière qui est la même faille qui passe à Travassac, le site touristique le plus connu en lien avec les Ardoises, qui est sur la commune de Donzenac. Donc cette faille ardoisière, en fait, est une faille qui est beaucoup plus large que ça. En gros, c'est une faille ardoisière ici, mais c'est une faille plus large et plus longue qui part en gros de Figeac dans le département du Lot et qui va jusqu'à Thiviers en Dordogne, donc sur un axe sud-est-nord-ouest. Et donc, effectivement, sur notre secteur, elle est caractérisée par la présence de ce schiste ardoisier qui a donné lieu à la mise en place de nombreuses carrières, au moins à partir du Moyen-Âge, et qui continue leur activité encore aujourd'hui. Au-delà, quand on commence à monter sur les plateaux, on est sur des granites, des gneiss, des roches dures, des roches métamorphiques. Et ensuite, quand on descend dans le bassin de Brive, on passe sur des grès, donc une roche complètement différente. En fait, on est vraiment ici à une frontière géographique et géologique, puisqu'on est entre le bassin aquitain et le Massif central. Quand on est au Saillant, on est vraiment devant le bout du pied du Massif central. Et on est aussi sur une frontière géologique, puisqu'encore une fois, au moment où on est sur la faille ardoisière, on voit très bien les gneiss, encore une fois, au niveau du site du Saillant. On voit l'ardoise et plus loin, assez rapidement, on voit les grès apparaître dans le sol. Donc, on est vraiment sur une frontière géologique. On parle souvent de gorges de la Vézère. De quoi s'agit-il et où sont-elles situées, ces gorges de la Vézère ? Est-ce à dire qu'elles sont profondes, ténébreuses ? Alors, elles sont relativement profondes, relativement marquées. Elles se situent entre la ville d'Uzerche et le site du Saillant, encore une fois. Elles sont relativement marquées. On peut faire pas mal de randonnées, de parcours pour les découvrir. Randonnées pédestres, mais aussi du canoë pour le découvrir à partir de la rivière. Et elles sont effectivement assez marquées. Au niveau du paysage, c'est un paysage qui est marqué par la présence de la forêt. Mais quand on regarde les vues anciennes du site, on voit qu'il y a une grosse centaine d'années, c'était un paysage qui était nu, parce que c'était des territoires qui étaient pâturés. En fait, les paysans amenaient leurs bêtes pour pâturer dans ces pentes et on n'avait absolument pas la végétation que l'on a aujourd'hui. Donc c'est un paysage qui a pas mal évolué. En Corrèze, lorsque l'on parle de la Vézère, on pense surtout ici au pont du Saillant, dont on a dit quelques mots il y a quelques instants, mais qu'est-ce qui interpelle prioritairement le visiteur, l'autochtone, si j'ose dire, ou alors le touriste ? Qu'est-ce qui retient prioritairement son attention ? Pour le secteur sud sur lequel nous nous travaillons, il y a plusieurs sites, évidemment. Sur le site du Saillant même, on a parlé du pont, mais il y a la chapelle avec les vitraux de Chagall, qui sont juste à côté du pont. On a le barrage du Saillant également. Il y a une série de trois barrages dans ce secteur-là, Sayan, Puc et Biard. Donc ça, ça fait partie vraiment des éléments qui interpellent le visiteur. Ensuite, quand on remonte le cours de la vallée, il y a le château de Comborn, qui est le siège d'une vie comtale très importante au Moyen-Âge et qui a marqué toute l'histoire du secteur. Plusieurs abbayes, que ce soit Vigeois, Uzerche. Et ensuite, en remontant, on a encore une série de barrages dans le secteur de Treignac. Donc il y a effectivement plusieurs sites comme ça qui sont assez marquants sur toute la vallée. Oui, Fred Lemaire, votre top 3, des lieux que vous appréciez le plus, peut-être de façon visuelle, c'est-à-dire une appréciation qui repose purement sur des valeurs architecturales, si j'ose dire, ou des lieux qui simplement vous font du bien en tant qu'individu, dans lesquels vous aimez bien vous ressourcer ? Alors dans mon top 3, sur la vallée de la Vézère, donc ça sera sur la vallée et sur les coteaux qui entourent la vallée, il y a le site de Comborn et donc la commune d'Orniac sur Vézère, avec le site du château, du moulin en contrebas, qui est un site qui est assez méconnu mais qui est pourtant extrêmement intéressant. Sur la commune d'Orniac, il y a également dans l'église du village des vitraux contemporains qui ont été réalisés il y a quelques années par le père Kimen Jong à l'initiative d'une association locale, les Amis de l'église d'Orniac sur Vézère, qui a beaucoup travaillé pour faire venir cet artiste et réaliser ses vitraux. Donc ça, c'est un site vraiment incroyable à découvrir. Ensuite, il y a le site de Vigeois que j'aime beaucoup, moi personnellement, à la fois avec le pont qui donne directement sur la Vézère et une autre église complètement différente, une église romane dans le bourg de Vigeois, une ancienne église abbatiale, il en reste quelques vestiges et vraiment de très beaux vestiges que ce soit de l'architecture ou de la sculpture de cette époque-là. Et ensuite le site du Saillant sur lequel on a déjà beaucoup parlé mais qui moi me plaît beaucoup à la fois avec encore une fois le pont, la chapelle avec les vitraux de Marc Chagall ou le site du barrage qui présente chacun par ses caractéristiques des éléments différents, complémentaires et assez insolites. Retrouvez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin sur toutes les plateformes de podcast et sur oppidum-podcast.fr, réécoutez l'ensemble des podcasts, découvrez des articles exclusifs, l'iconographie des thèmes abordés et les bibliographies.
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