Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin

09 - Deux affaires criminelles emblématiques du Bas-Limousin

1 décembre 2021 · 15 min

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<p>&nbsp;<strong>Elle s’appelait Marie Capelle. Puis rencontra Charles Pouch-Lafarge, maître de forges à Beyssac en Pays de Pompadour. L’histoire d’amour ne dura pas longtemps. &nbsp;Elle fut condamnée à la perpétuité. Quelques décennies plus tard, un corbeau sévit à Tulle. Il signait ses lettres anonymes L'Œil de tigre. Ces deux affaires connurent un retentissement qui dépassa les frontières du Bas-Limousin jusqu’à leur adaptation au cinéma…</strong></p> <p>Le point commun de ces deux affaires ? Elles se déroulent dans le Bas-Limousin. Mais, plus encore, la presse locale en fait &nbsp;régulièrement ses choux gras. Y compris de nombreux auteurs qui s’intéressent encore aux tenants et aux aboutissants et sans compter les conférences et autres allusions touristiques.&nbsp;</p> <p>L’Affaire Marie Lafarge se déroule sous la Monarchie de juillet (nous sommes en 1840). Celle du Corbeau de Tulle se déroule à la fin de la Grande Guerre (nous sommes en 1917). La première prend racine au Glandier sur la commune de Beyssac, près de Pompadour. La seconde, rue de la Barrière dans la capitale départementale.&nbsp;</p> <p>Deux mots sur le très imposant site du Glandier au milieu des picadis beyssacois ; Le site vaut visuellement le détour. C’est une ancienne chartreuse fondée au XIIIe siècle sous l’impulsion d’un Comborn. Il est la propriété des Lafarge depuis le début du XIXe. Pas loin, on peut y observer le Canal du des Chartreux construit au XVe siècle.</p> <p><strong>Une jeune fille de bonne famille</strong></p> <p>Marie Capelle se marie avec Lafarge en 1839. Le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris. Lafarge est maître de forges au Glandier de Beyssac. Il est aussi le maire de la commune. Il trépasse le 14 janvier 1840. Huit après, Marie Capelle, veuve Lafarge est condamnée aux travaux à perpétuité par la Cour d’assises de Tulle. L’affaire oscille entre l’erreur judiciaire et le crime parfait avec ligne de mire un probable empoisonnement à l’arsenic. &nbsp;</p> <p>Que n’a-t-on pas raconté sur Marie Capelle ! Certains ont même prétendu qu’elle était l’arrière-petite-fille de Philippe Égalité, Prince du sang, connu notamment pour avoir voté la mort de son cousin, Louis XVI. D’autres voient encore en elle, l’innocence incarnée, une femme quittant la vie parisienne pour le bouéradis du Glandier.</p> <p><strong>Le corbeau de la rue de la Barrière</strong></p> <p>À Tulle, pendant 5 ans (de 1917 à 1922), un corbeau inonde de lettres anonymes les habitants de la ville aux Sept Collines. Il les signe L'Œil de tigre. Henri-Georges Clouzot en fera un film qui sortira en 1943 et c’est d’ailleurs à partir de cette époque que le mot corbeau sert à dénommer les personnes qui dénoncent anonymement leurs congénères.&nbsp;</p> <p>On laisse Jean-Michel Valade retracer cette histoire au centre de laquelle on trouve Angèle Laval (qui habite au 111 rue de la Barrière à Tulle) qui se retrouve dans l’œil du cyclone.&nbsp;</p>
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Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Elle s'appelait Marie Capel, puis rencontra Charles Pouc Lafarge, maître de forge à Bessac, en pays de Pompadour. L'histoire d'amour ne dura pas longtemps. Il fut condamné à la perpétuité. Quelques décennies plus tard, un corbeau sévit à Tulle. Il signait ses lettres anonymes « l'œil de tigre ». Ces deux affaires connurent un retentissement qui dépassa les frontières du Bas-Limousin jusqu'à leur adaptation au cinéma. Jean-Michel Vallade, vous vous êtes intéressé à ces deux affaires criminelles qui sont d'ailleurs issues d'un ouvrage intitulé « Les grandes affaires criminelles » de la Corrèze. D'abord, l'affaire Lafarge avec Marie Capel, épouse Charles Lafarge, le 15 août 1839. Il est maire de Bessac. Quelques temps après, il meurt empoisonné. Pourquoi les soupçons se portent-ils sur Marie Capel ? Alors, il convient de rappeler le contexte historique. Nous sommes effectivement, comme vous l'avez rappelé, en 1839, sous la monarchie de Juillet. Marie Fortuné Capel, une riche orpheline de 23 ans, qui vit à Paris chez sa tante, la baronne de Gara, est mariée en moins de 15 jours avec le dénommé Charles Pouc-Lafarge, 28 ans, qui lui-même est veuf, mais on ne le sait pas, et qui est issu d'une famille honorable, propriétaire terrien, comme vous l'avez indiqué, et maître de Forges-Glandiers en Corrèze, mais qui réside dans la capitale pendant 6 mois au cours de l'année, pour ses affaires principalement. Le mariage est effectivement arrangé rapidement au mois d'août 1839 et l'arrivée et les débuts de la vie au Glandier sont difficiles pour la jeune femme. Quoi qu'il en soit, fin novembre 1839, Charles part seul pour Paris. En décembre, son épouse lui envoie, par la diligence d'Uzerche, il faudra quatre jours de trajet, lui envoie donc des gâteaux que l'on appelle des casse-museaux. Il en consomme dans son hôtel et il est pris de vomissements et de diarrhées et de nausées violentes. À son retour en Corrèze, le 3 janvier, donc 1840, Charles Pouc-Lafarge est malade. Il s'installe dans une sorte de torpeur secoué par intermittence de vomissements et de hoquets intempestifs et après d'horribles convulsions, il meurt le 14 janvier 1840. Immédiatement, son beau-frère accuse Marie Lafarge d'avoir empoisonné son époux avec de l'arsenic acheté sur son initiative par les domestiques et à différentes entreprises auprès d'un apothicaire, donc d'un pharmacien d'Uzerche. Elle avait commandé 99 grammes, ce qui est donc considérable, de quoi empoisonner par-delà les rats qui étaient dans le château et également dans la forge du Glandier, de quoi empoisonner une bonne partie de la commune. Jean-Michel Vallade, qu'est-ce qui va plaider ? Quels sont les éléments qui vont plaider en sa faveur et qui donc vont installer ce doute et déclencher ensuite une vraie bataille d'experts ? L'autopsie. L'autopsie qui est pratiquée. Cette autopsie ne révèle pas la présence d'arsenic. Des organes sont cependant prélevés sur le cadavre pour être soumis dans la foulée à expertise et eux aussi ne révèlent rien du tout. Malgré tout, il va y avoir procès et lors de celui-ci, huit mois après, après les faits, on exhume le cadavre et on ne retrouve toujours pas de transarsenic. Toutefois, et c'est là où l'affaire va s'emballer, toutefois, ce poison est décelé dans du lait de poule et aussi dans diverses potions destinées à Charles Pouclafarge. Et il va en résulter lors du procès aux Assises, à Tulle, une bataille d'experts tant régionaux que nationaux. Et là, une ultime expertise menée par Mathieu Orfila, qui était professeur de médecine légale et doyen de la faculté de médecine de Paris, conclut à la présence d'un demi milligramme d'arsenic dans l'estomac du défunt. La Défense, acculée, demande alors à un autre expert parisien, le chimiste François Raspail, de venir contester à la barre cette expertise. Hélas, faute de pas de chance, au sud d'Uzerche, allez, on va dire à une vingtaine de kilomètres de Tulle, le bris d'une roue de la diligence l'empêche d'arriver à temps. Quel est le verdict qui est prononcé lors de ce procès d'assises à Tulle ? Alors, ce procès, il a eu lieu en septembre 1842. Eh bien, Marie Lafarge est condamnée aux travaux forcés à perpétuité, peine aggravée par l'exposition sur la place publique de Tulle. Alors, finalement, elle sera dispensée d'exposition publique et elle verra sa peine commuée en détention à perpétuité. Et Marie Capel, depuis sa prison de Montpellier, va avoir le temps, largement le temps, de rédiger ses mémoires. Et elle sera graciée dix ans plus tard, en 1852, par Napoléon III. Et elle disparaît quelques semaines après, toujours en 1852, donc dans la Creuse. Jean-Michel Vallade, pourquoi parle-t-on encore aujourd'hui d'énigmes judiciaires lorsque l'on évoque cette affaire Lafarge ? Je crois pouvoir dire que le doute est toujours là quant à la culpabilité effective de Marie Lafarge. Même si certains faits sont troublants, l'achat en grande quantité, comme on l'a dit tout à l'heure, de mort au rat, la bataille d'experts, leurs conclusions contradictoires et donc, somme toute, les limites de la science de l'époque jettent un trouble sur la façon dont les assises de la Corrèze ont rendu leur verdict. Et aujourd'hui, d'aucuns vont jusqu'à évoquer l'erreur judiciaire. Comment expliquer le retentissement autour de cette affaire et surtout son engouement qui est encore palpable aujourd'hui ? Les affaires d'empoisonnement de tout temps ont passionné l'opinion publique française regardée plus récemment. Donc l'affaire Marie Bénard et ses multiples procès dans les années 50 et 60. Et quand de surcroît, il s'agit d'une empoisonneuse qui supprime son mari avec de l'arsenic, évidemment, tout s'emballe. Et puis, le contexte de l'époque a beaucoup contribué au retentissement. Rappelons les faits. Un mariage arrangé entre une Parisienne, belle Parisienne, belle jeune femme, distinguée et cultivée, avec un provincial franchement laid, nous dit-on, et aux manières grossières. On ajoute une belle-mère revêche, un château qui n'en est pas vraiment un. Voilà bien des ingrédients détonnants. Et aujourd'hui, l'engouement est dû avant tout à la possibilité d'une erreur judiciaire. Oppidum, le podcast. Vous écoutez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. L'affaire du corbeau de Tulle entre 1917 et 1921. Jean-Michel Vallade, plusieurs habitants de Tulle reçoivent des lettres anonymes. Elles sont signées « l'œil de tigre ». Comment éclate cette affaire au grand jour ? Tout démarre pendant la guerre de 14-18, dans le milieu feutré de la préfecture de la Corrèze à Tulle. En 1917, M. Moury, qui est un chef de bureau, qui est célibataire, mais dont on sait qu'il entretient une relation suivie avec une fille mère, reçoit à son domicile un pli non signé, lui intimant de ne point épouser Mademoiselle Laval, une de ses collaboratrices. Celle-ci fait même l'objet, donc Angèle Laval, elle fait l'objet de deux lettres anonymes où le sieur Mouret est notamment décrit, je cite, comme « menteur, goujat, joueur ». Il faut savoir qu'à la même période, Angèle Laval n'hésite pas à faire des avances fort explicites à Mouret sur les lieux mêmes de leur travail, en pure partis, car il les conduit systématiquement. Alors, après ces lettres anonymes, ces premières lettres anonymes, on ne le sait pas encore, mais ce sont les premières, d'un commun accord, les protagonistes décident de détruire l'émissive. Arrive alors la fin du printemps 1919. Pendant que la ville de Tulle pense ses plaies, une autre série de lettres anonymes commence à déferler sur la ville. En fait, sur une partie du personnel de la préfecture, pas moins de 21 fonctionnaires, dont quelques-uns à la retraite d'ailleurs, sont récipiendaires d'émissives. Le préfet lui-même à son tour est concerné. Et puis, au fil des semaines, celui que l'on commence à appeler le corbeau incorpore dans son rayon d'action, le Tréc, ce quartier de la ville proche de la cathédrale. Indéniablement, l'auteur des lettres anonymes est un familier de la préfecture et du vieux Tulle. Et il s'épanche avec délectation. En effet, une main habile s'ingénie à dénoncer des rancunes tenaces et des rivalités exacerbées entre cas dans la préfecture à révéler sur un ton graveleux des coucheries supposées à livrer les détails de la vie intime des uns et des autres. Plus grave encore, les lettres accusent adultère, orgie, vol chez les commerçants, détournement de fonds et de provisions dans le cadre du ravitaillement lors de la guerre, ivrognnerie, incompétence professionnelle, fainéantise, les insultes ne sont pas de reste, idiot, crétin, pauvre imbécile, avorton, satire, salope, putain, crancornard, cocu, lâche, mouchard, persécuteur des veuves de la guerre, vieille croque, sale dévote, diable de bénitier. Ces lettres-là, plus d'une centaine, n'arrivent pas toutes par la poste. Le corbeau les dissémine lui-même le plus souvent sous enveloppe dans les boîtes à lettres, mais aussi dans les corridors d'immeubles. Les marches escaliers descendant à la cave d'un hôtel-restaurant, un tronc de la cathédrale aussi, sont d'autres sites privilégiés par Œil de Tigre. Parce qu'effectivement, à partir de 1921, le fait est nouveau. C'est l'auteur de ces manœuvres machiavéliques qui s'est doté d'un pseudonyme, qui signe ces lettres d'Œil de Tigre, un pseudonyme aussi original qu'inattendu. Alors Jean-Michel Vallade, Angèle Laval est au centre de cette affaire. Qui est-elle ? Et puis finalement, quel serait son mobile ? Angèle Laval, elle travaille à la préfecture, on l'a dit, mais en qualité d'auxiliaire. Elle n'est pas titulaire. C'est son frère qui était chef de bureau, qui a fait le nécessaire pour la faire embaucher. Alors, elle est née en 1885. Elle est célibataire. Et donc, au moment où l'affaire démarre, elle a 32 ans. Et comme on l'a vu, son mobile est avant tout la jalousie, la jalousie amoureuse, une jalousie excessive. Et lors de l'instruction judiciaire, les rapports d'expertise des médecins que l'on qualifie à l'époque d'aliéniste, on dirait psychiatre aujourd'hui, la décrivent comme une femme, je cite, qui présente une tare névropathique grave caractérisée par de l'hystérie. Et il conclut, un petit peu plus loin, que, nouvelle citation, la campagne de lettres anonymes de Tulle est l'œuvre certaine d'une mentalité hystérique. Angèle Laval est condamnée à un mois de prison, 200 francs d'amende à l'époque, vous me corrigez si je me trompe. Comment est accueilli le jugement au tribunal et puis plus globalement à Tulle, où l'affaire fait beaucoup parler ? Alors la peine de prison est assortie, il faut le préciser, du sursis. Dès lors, donc, Angèle Laval ressort libre du palais de justice. Cependant, le soulagement fait place à ce climat délétère, à la peur aussi, et même à une forme d'hystérie collective qui s'était emparée de la ville pendant plusieurs années. Et tout ceci ayant été savamment entretenu par ce qu'on appellerait aujourd'hui la presse à scandale. Cette affaire va, elle aussi, rapidement dépasser les frontières du Bas-Limousin, de la Corrèze. La presse s'en empare. Il y a même Henri-Georges Clouseau qui en fera un film intitulé Le Corbeau qui sortira en 1943. Et oui, l'affaire des lettres anonymes de Tulle a eu un retentissement national. C'est un fait divers corrézien qui a eu une audience nationale. Et lors du procès, qui ne se tient pas aux assises mais au tribunal correctionnel, la presse nationale, notamment le Petit Parisien, le Petit Journal, la France, l'Œuvre, le Matin, cette presse nationale a délégué ses meilleures plumes sur place. Plus tard, en 1943, donc en pleine occupation, Clouseau s'inspire fortement de l'affaire pour tourner Le Corbeau, qui va être son deuxième long-métrage, avec notamment comme comédien principal Pierre Fresnay. Il rencontre ce film-là, ce long-métrage, un succès certain dans les salles, mais il va être interdit à la Libération, et cela jusqu'en 1947, car il dépeint une petite ville, ce n'est pas Tulle, mais une petite ville ou un gros bourg, petite ville soumise à la délation et donc on se doute que pendant la guerre, la délation a été présente et de surcroît, on apprend que la société de production est en partie financée par les capitaux allemands. Angèle Laval demeure à Tulle, elle passera la fin de sa vie au 111 rue de la Barrière, c'est un numéro qui est devenu célèbre dans le centre-ville de Tulle. Tout à fait, Angèle Laval, qui signait donc Œil de Tigre, survivra. Elle n'a pas été condamnée, mais elle n'a pas fait de prison. Donc, après le jugement, elle survivra donc cloîtrée dans sa tanière, oui, au 111 rue de la Barrière. Et cela jusqu'à son décès, le 16 novembre 1967. Elle disparaît donc à l'âge vénérable de 82 ans. Et la vieille demoiselle, puisqu'elle ne s'était pas mariée entre temps, la vieille demoiselle aux yeux bleus, repose depuis 1967 au cimetière du Puy-Saint-Clair, en Corrèze, au cœur de ce quartier d'Uzerche qu'elle avait terrorisé durant de longues années, 40 ans auparavant. Retrouvez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin, sur toutes les plateformes de podcast. Et sur oppidum-podcast.fr, réécoutez l'ensemble des podcasts. Découvrez des articles exclusifs, l'iconographie des thèmes abordés et les bibliographies.

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