Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin
07 - Jadis, Gondovald a été sacré Roi de Brive
1 décembre 2021 · 14 min
Lire la transcription
Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Dans des temps troublés et oubliés, Gondovald, fils de Clotaire Ier, lui-même fils de Clovis, roi des Francs, devient roi de Brive. Nous sommes en 584. Son nom signifie « guerrier audacieux ». Gondovald est au centre d'une guerre de succession au sein de la dynastie des Mérovingiens. Il veut régner sur un vaste territoire qui s'étend bien au-delà des frontières du Bas-Limousin. Mais l'histoire en décidera autrement. Oppidum, le podcast. Marguerite Guéli, vous êtes la présidente de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze. Nous sommes au VIe siècle. À quoi ressemble d'abord cette période dite du Haut Moyen-Âge ? À ce qui allait devenir le Bas-Limousin ? Alors là, c'est extrêmement difficile de vous répondre parce que les témoignages sont quand même très rares. À part Grégoire de Tours, qui va nous parler de ce Gondovald, on a très peu de renseignements. Et d'autre part, les gens qui écrivent à cette époque ne sont pas des historiens, mais sont des chroniqueurs. Et il faut prendre tout leur dire avec une extrême prudence. Est-ce qu'on peut néanmoins imaginer un Bas-Limousin relativement boisé, sans voies de communication, sans paroisses, sans grandes agglomérations ? Alors vous savez que ça, c'est ce que les historiens d'eux maintenant rejettent avec mépris. D'abord ils partent de l'époque de la Gaule et ils expliquent que la Gaule était extrêmement peuplée et pas du tout forestière, qu'elle avait des routes en parfait état que César a utilisées pour la conquérir. Et il n'a pas eu besoin de les faire. Autrement dit, ce sont des bois gaulois ou celtiques et non pas romains. Et puis ensuite, ils sont aussi très difficiles sur cette période qui est une période qu'on appelle les temps obscurs et qui est probablement effectivement recouverte de bois. La région a dû, effectivement, être très boisée, mais tout de même, il y a des voies de communication qui sont les mêmes que celles du temps de la paix gallo-romaine. Connaît-on précisément la généalogie de Gondovald ? Parce que ça a son importance dans cette histoire, outre le fait qu'il serait ou pas, d'ailleurs, Marguerite Guéli, le fils naturel de Clotaire Ier. Ça reste une interrogation qui n'a pas, pour l'instant, de réponse précise. C'est une grosse interrogation. Sa mère le présente quand il est jeune, encore à la cour de Clotaire, en disant qu'il est le fils naturel de Clotaire. Immédiatement, Clotaire des Marques, ça n'est pas vrai, et le fait tendre, parce qu'à l'époque, un seigneur avait les cheveux longs et apprenait aussi les belles lettres, apprenait à lire et écrire, alors que, évidemment, le commun peuple n'avait pas ces conditions-là. Donc il le fait enfermer, Gondovald s'enfuit, il part en Italie d'abord, ensuite dans l'Empire byzantin, et il va mener pendant un certain nombre d'années, parce qu'il a dû rentrer en France seulement vers l'âge de 50 ans, il mène donc une existence assez inconnue, soit à Byzance, soit en Italie. Il se marie, il a des enfants, il paraît avoir oublié son origine royale. Alors on va revenir à Brive-la-Gaillarde. Gondovald est proclamé roi d'Aquitaine et non pas roi de Brive. Ce n'est pas tout à fait la même chose. C'était en 584. Son sacre donc intervient à Brive. D'ailleurs, est-ce que Brive est déjà en soi une place forte à cette époque ou est-ce qu'elle est déjà dénommée de cette façon-là ? Alors, il faudrait d'abord le voir d'où il vient. Gondovald débarque à Marseille. Et ensuite, il monte à Avignon, qui est la ville où se trouvent les adversaires de Clotaire, qui sont des princes locaux, des ducs, enfin, c'étaient les termes de l'époque, et qui sont visiblement en pleine rébellion. Et ils choisissent Gondovald comme leur porte-drapeau. Alors, comment va-t-il d'Avignon à Brive ? On est en plein hiver. Alors est-il passé par le massif central ? A-t-il contourné le massif central, mais comment ? Est-ce qu'il est passé par exemple par Montpellier et ensuite la voie classique qui mène à Brive de Rodez ? Ou bien est-ce qu'il est passé carrément plus au nord, en plein hiver, en passant par, on va dire, Clermont-Ferrand et puis Tulle et Brive ? On n'en sait rien. On n'en sait rien. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il a choisi, probablement, lui ou ses collègues, d'aller à Brive tout simplement parce que c'est un carrefour. C'est le carrefour tout de même de la grande route qui va de Bordeaux à Clermont-Ferrand, d'une part. Et puis surtout, et ça c'est le nom de Brives qui nous le montre, c'est un pont. Un pont qui permet d'aller de Paris à Toulouse. Que sait-on de la cérémonie du Sacre de Gondovald ? On l'éleva je crois sur un bouclier, mais il y eut simultanément un mauvais présage. Oui, mais de toute façon, cette histoire est racontée par un seul chroniqueur qui est Grégoire de Tours. Alors il nous raconte que c'est une élection de roi, mais enfin il n'y avait pas de roi en Aquitaine à l'époque, donc c'est une première, disons que c'est simplement l'élection d'un chef. On le met sur un bouclier, on l'élève au-dessus du sol, et puis ensuite, il faut qu'il se tienne en équilibre, ce qu'il n'a pas fait. Ce qui n'a pas été le cas. Et voilà, il est tombé de son bouclier. Enfin, je ne sais pas si sur le moment, on a considéré que c'était un mauvais présage. Ça devait se passer assez régulièrement. À partir de là, évidemment, il est dans un carrefour. Ça va lui permettre de monter vers Angoulême, d'aller ensuite à Bordeaux, de Bordeaux revenir à Toulouse et finir ses jours à Comminges, qui est une petite forteresse dans laquelle il s'est réfugié. Alors ce royaume dont vous faites référence, Marguerite Guéli, s'étend bien au-delà des frontières du Bas-Limousin. Est-ce que sa stratégie ne s'est pas drainée sur un territoire qui est encore beaucoup plus vaste que celui de l'Aquitaine ? Il aurait certainement voulu renverser les rois mérovingiens, ceux qui se trouvaient dans le nord. J'avais référence au royaume de Soissons, notamment. Oui, mais enfin, il n'avait pas beaucoup de gens avec lui. Il n'avait pas l'armée qu'avait le roi, ou qu'avait Gontran, qui était le chef des armées du roi. Oppidum, le podcast. Vous écoutez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Quel âge a Gondovald d'ailleurs lorsqu'il est sacré roi ? J'ai entendu tout à l'heure que vous nous disiez qu'il revenait en France vers l'âge d'une cinquantaine d'années. C'est à peu près l'âge que l'on peut lui donner. Voilà. C'est donc pas du tout un jeune aventurier. Je pense qu'il est complètement à la merci de ses collègues, enfin de ceux qui l'ont fait venir. Et il est un véritable pantin. Est-ce qu'il est au cœur d'une guerre de succession, finalement ? Non, il n'est pas au cœur d'une guerre de succession. Clotaire est mort. Il n'a qu'un fils qui est très jeune. Mais à l'époque, vous avez les deux fameuses dames, Frédégonde et Brunehaut, qui se bagarrent comme des chiffonnières et qui sont en réalité les véritables maîtresses du jeu. C'est elles qui dirigent la politique. Les amis de Gondowald l'ont laissé tomber assez rapidement. Est-ce qu'il est possible d'en faire un portrait robot ? On sait qu'il a une barbe, forcément. Les cheveux longs, qui sont un signe d'autorité ? Pourquoi une barbe ? Certainement pas une barbe. Charlemagne n'avait pas de barbe, il avait une petite moustache. Et les cheveux longs, bien sûr. Pour rehausser sa virilité, peut-être ? Les barbes, c'était des trucs d'ermite. Et donc, c'est intéressant qu'on en parle, parce que les barbes ont été démocratisées dès le 19e, finalement, dans les livres d'histoire. Les barbes, oui. Alors, dans les mythes d'histoire, c'est très amusant de voir la Troisième République. Les barbus, c'est vraiment la gauche. C'est l'extrême gauche même. C'est Jaurès, quoi. À droite, on a des moustaches. Donc, Gondowald a une possible moustache. Mais en revanche, je pense qu'il avait les cheveux longs, qui était un signe distinctif. Ils avaient tous les cheveux longs, bien sûr. On a eu les cheveux longs, soit avec des perruques, soit sans perruques, jusqu'au 19e siècle. Alors, combien de temps, Marguerite Guélie, va durer ce règne du roi Gondowald ? Et sait-on comment Gondowald va mourir ? Alors, ça a duré un an à peu près, parce que l'armée de Gontran est descendue du nord de la France et elle pillait au passage, elle massacrait à peu près tout ce qu'elle rencontrait. Il ne fallait donc pas être sur le chemin. Elle a rejoint Gondowald à Cominge, donc en plein, dans les Pyrénées. Et par trahison, on a réussi à le faire sortir de Cominge, parce que le siège aurait été difficile. C'était une sorte d'oppidum. Ça aurait pris un an. On l'a fait sortir par trahison et on lui a lancé une grosse pierre sur la tête qu'il a achevée. Autrement dit, une mort pas très glorieuse. Ainsi s'achève donc cette aventure du royaume de Gondowald. Cette aventure nous intéresse dans la mesure où Brive est un carrefour important. À l'époque, c'est Malemort qui doit être le lieu véritablement habité. À Brive, il n'y a qu'une petite église qui est vouée à Saint-Martin l'Espagnol, qui est un saint tout à fait obscur et qui n'est connu qu'à Brive. À part ça, il y a des ateliers de potiers qui existent encore, on n'en sait trop rien, parce qu'ils étaient là au temps des Gallo-Romains. Donc c'est vraiment une étape peu importante. Cependant, à l'époque, Tulle n'existe pas, peut-être Uzerche, mais cette agglomération de Brive, elle apparaît pour la première fois dans l'histoire, ou à peu près. Comment ressurgit cette histoire du roi Gondowald à Brive-la-Gaillarde ? Parce qu'elle va être forcément oubliée au fil des siècles ? Complètement oubliée jusqu'à la naissance de la société archéologique. Il y avait à Brive des érudits, des érudits qui étaient des gens très intéressés par l'histoire romaine et puis aussi l'histoire ancienne du Moyen-Âge et ils ont trouvé cette histoire tout simplement dans Grégoire de Tours qui la raconte et donc ils l'ont ressorti, ils l'ont améliorée d'ailleurs, ils ont prétendu que cette élévation sur le pavois avait été faite dans une île qui se trouve sur la Corrèze pas très loin de la zone industrielle maintenant. Une petite île alors. Une petite île qui s'appelle l'île du Reyt. R-E-Y-T. Le Reyt. Et ils en ont fait l'île du roi. Or le Reyt, ça veut dire le passage à gué. Ça ne veut pas dire le roi. C'est pour vous dire qu'ils se sont un petit peu montés la tête sur l'histoire de Gondowald. On voit que cette histoire, aujourd'hui, a encore une vie qui est illustrée parfois dans les documents touristiques. Ça, c'est tout à fait normal. Chaque bourg est obligé de se chercher une histoire un petit peu extraordinaire. Originale. Et puis, de préférence, la plus ancienne possible. Quelle trace a-t-elle, ces Gondowalds à Brive, hormis ce sacre ? Pas de stèles, pas de monuments ? Il y a eu une rue Gondowald à un moment, je me demande s'il existe encore. Il y avait aussi une rue du Pont Gaulois. Le Pont Gaulois était entre la passerelle, enfin les véritables ponts modernes, et pas très loin du pont du Buisson. Et puis on peut peut-être pour terminer revenir sur l'étymologie du mot Brive, qui signifie lui aussi un pont, me semble-t-il ? Un pont en celte. En celte, c'est ça, oui. Ce qui veut dire que c'était déjà un pont bien avant que César occupe la Gaule. Et un carrefour peut-être stratégique, y compris au 6e siècle. Et naturellement, tout le monde y est passé. Et en particulier Lutérius, quand il était poursuivi par les légions des Romains et qu'il est allé se réfugier à Uxellodunum, dans la dernière bataille des Gaules. Retrouvez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin sur toutes les plateformes de podcast. Et sur oppidum-podcast.fr, réécoutez l'ensemble des podcasts. Découvrez des articles exclusifs, l'iconographie des thèmes abordés et les bibliographies.
Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.
