Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin
08 - Observer le paysage pour remonter le temps
1 décembre 2021 · 20 min
Lire la transcription
Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. De collines en vallée, de ruisseaux en chemin, au fil des siècles, l'homme a laissé de nombreuses traces dans cette province du Bas-Limousin. Ici, l'empreinte humaine sur les paysages est riche, mais il faut savoir la déceler. Car bien observer les paysages, c'est aussi pouvoir remonter le temps et ainsi raconter l'histoire. Corinne Michel-Dupuis, vous travaillez pour l'association Archéologie du Paysage implantée à Uzerche. Vous êtes coordinatrice culturelle et pédagogique. L'association a vu le jour en 1988. Dans le Bas-Limousin, où doit-on regarder autour de nous pour connaître l'histoire ? Alors moi, je pense qu'il faut regarder tout autour de nous, que nous soyons en zone rurale ou en zone urbaine, ou même dans ce que le paysagiste Gilles Clément appelle le tiers paysage, c'est-à-dire les zones abandonnées, les bords de route, les friches. En fait, la lecture du paysage nous amène à observer ce qui est naturel et ce qui est artificiel ou anthropique. On étudie les conséquences de l'action de l'homme, puisqu'en s'installant dans ce paysage, il l'a complètement modifié. Il ne faut pas croire que notre histoire se trouve uniquement dans les livres, au contraire elle se retrouve aussi dans le paysage. Parce qu'aujourd'hui on peut dire qu'on ne sait plus vraiment le lire le paysage, on ne sait plus le regarder. On pense que notre environnement qu'on appelle la nature est naturel mais c'est exactement le contraire en fait. Et ce paysage on observe tous les jours qu'il se modifie très rapidement sous nos yeux, ne serait-ce qu'avec les cultures, les haies qu'on plante, qu'on arrache, les machines puissantes avec le problème des coupes rases en forêt par exemple. Les effets du drainage, de l'irrigation, la disparition de toutes ces zones humides, les assèchements des cours d'eau, les grands travaux, les lignes de train, les autoroutes et puis bien sûr les constructions dans les zones inondables. Corinne Michel qui a eu cette idée folle, j'ai envie de dire, d'observer les paysages et puis d'en faire ensuite presque une science qui est connue sous cette appellation d'archéologie du paysage. Cette méthode a été développée par Jean-Michel Desbordes qui est historien et il est aussi spécialiste des voies romaines, et Bernard Valladas qui était géographe à l'université de Limoges. Ils ont créé cette association en 1988 en partenariat avec la ville d'Uzerche, qui nous accueille toujours, l'éducation nationale et la DRAC. Et à l'époque, M. Desbordes était directeur des antiquités historiques à la DRAC. Jusqu'à quel siècle on peut remonter finalement en observant correctement, attentivement le paysage ? Nous, on peut dire que cette observation, elle remonte aux premiers agriculteurs, c'est-à-dire les Gaulois. Ce sont eux qui se sont installés dans le paysage et qui ont commencé à le modifier. Donc, peu de traces du paléolithique et du néolithique. Les traces, les impacts de l'homme sur la terre et sur les paysages débutent, comme vous le disiez à l'instant, durant la période gauloise. Oui, parce que ce sont eux qui ont commencé à couper les forêts pour faire leur construction, à défricher pour cultiver, à créer des passages aussi sur les rivières. Et à utiliser les pouges, ces chemins de hauteur. Et bien sûr, tout cela s'est accéléré au Moyen-Âge. Donc aujourd'hui, on peut faire les mêmes observations, mais avec une échelle de temps qui est beaucoup plus réduite, parce qu'en fait, le paysage, il est modifié tous les jours par les agriculteurs, on peut le constater. Les forestiers aussi, puis il y a surtout avec cette urbanisation qui s'étale de plus en plus et qui réduit l'espace entre la campagne et la ville. Donc on dira, pour résumer, que l'archéologie du paysage étudie l'anthropocène. Cette période qui n'est pas forcément établie dans le calendrier de l'histoire, mais qui débute à la fin du Néolithique. Vous appuyez sur une méthode particulière pour observer autour de vous et remonter le fil de l'histoire ou pas ? Oui, vous l'aurez compris, cette méthode est au carrefour de plusieurs sciences. L'histoire, la géographie bien sûr, mais aussi la géologie, donc les roches, la topographie, le relief, la botanique, la végétation, et la toponymie, les noms de lieux. La première chose qu'on fait pour étudier un site, on va aller chercher une carte géologique pour connaître la nature des roches, ce qui va déjà nous donner des indications sur le type de végétation qu'on peut s'attendre à trouver sur le site. Ces deux-là, la géologie et la botanique, sont intimement liés parce qu'ils nous amènent à repérer des anomalies botaniques résultant d'un enrichissement du sol par l'homme. C'est là qu'on va trouver ce qu'on appelle les plantes rudérales ou alors des plantations exotiques, comme par exemple les plantations de résineux qu'on va trouver en monoculture. Ensuite, on peut aussi consulter le cadastre napoléonien, qui est un instantané du paysage. Il est précieux parce qu'on va trouver tout un tas d'informations, telles que la nature de la terre, les limites des communes, les plus anciens chemins, les cours d'eau et les toponymes. Et ce cadastre, il date du XIXe siècle, donc on va pouvoir retrouver tout ça. Ce qu'il faut savoir, c'est que ce qui reste naturel dans la lecture du paysage, c'est la géologie et la topographie. Et ce qui devrait le rester et qui malheureusement est en train d'être changé, c'est la climatologie et le réseau hydrographique. Alors sans le savoir, Corinne Michel, l'homme qui s'installe sur une colline ou dans une vallée du Bas-Limousin va laisser des traces. Est-ce que donc sont ces traces qui sont toujours visibles, plus ou moins visibles, on va dire, au fil des siècles, que l'on peut apercevoir à condition d'avoir un œil bien affûté, bien aiguisé ? Alors déjà, c'est vrai qu'au XXe et XXIe siècle, on ne fait plus trop attention à l'endroit où on va s'installer, que ce soit en hauteur en plein vent ou en zone inondable. Encore que je pense que cela est en train de changer avec tous les accidents dramatiques qu'on a tous en tête avec ces villages qui sont en dessous du niveau de la mer ou les rivières encrues qui traversent les villes. L'homme qui s'installe aujourd'hui, quelque part, il va automatiquement laisser des traces dans le sol, ne serait-ce que par l'enrichissement de la terre, par des apports d'engrais ou des plantations exotiques. Mais un agriculteur aujourd'hui peut très bien retrouver les traces d'une ancienne exploitation agricole en labourant sa terre, tout simplement. Il va remonter des morceaux de tuiles à rebords gallo-romaine. Ça arrive très couramment. Et on sait que dans l'Antiquité, même après l'abandon de ces villas gallo-romaines, des siècles après, on peut encore retrouver des tracés qu'on voit par vue aérienne parce que l'abandon de la villa, elle était faite avec du mortier de chaux. La chose est mélangée à la terre et elle en a transformé la couleur. Du coup, ça se voit très bien, il faut prendre un petit peu de hauteur. Vous parliez de géologie, vous parliez de topographie, vous parliez de toponymie, vous parliez de botanique. C'est un savoir pluridisciplinaire qu'il faut maîtriser pour observer et surtout expliquer ensuite. Parce qu'observer n'est pas seulement de prime abord la priorité, il s'agit ensuite d'expliquer l'histoire. Oui, mais il faut surtout savoir utiliser les outils qui sont à la disposition de tous. Tout à l'heure, je parlais de la carte de géologie. Il faut aller voir une carte géologique. Le cadastre ancien, que tout le monde peut aller voir aux archives ou même certaines communes les conservent aussi. Il y a des livres sur la botanique et la toponymie. Et puis, bien sûr, il faut regarder l'histoire du lieu, sa géographie. Parler aux anciens aussi. Eux, ils savent. Avec cette méthode, en fait, on donne des clés pour lire le paysage autrement. Et puis, surtout, cette méthode, elle ne s'applique pas qu'en limousin. On peut l'appliquer partout, une fois qu'on a compris les éléments à utiliser. Alors, en Corrèze et plus globalement, donc en Limousin et Périgord, quelles sont les traces, les indices les plus visibles, les plus anciens aussi que l'homme a laissés ? Si je vous demandais, Corinne Michel, votre top 3, des indices les plus visibles ? J'en ai pris qu'un, mais celui-là, il est récurrent un petit peu partout. Je pense à ce qu'on appelle les pouges, qui sont ces chemins de hauteur. Le nom pouge, ça vient du latin podium. C'est d'ailleurs un toponyme, la pouge, ou la pouège, par exemple. En venant ici, j'ai vu le panneau La Pouège, c'est une ancienne route de hauteur. En fait, on les trouve sur les cloisons, c'est-à-dire les parties hautes du paysage et ces chemins étaient présents avant la conquête romaine. Ce sont des chemins de long parcours qui ont d'abord été utilisés par les chasseurs et les éleveurs qui suivaient le gibier sur les crêtes et ensuite les Gaulois pour se déplacer puisqu'il est logique d'aller circuler là où on a du rocher, là où on ne risque pas de s'embourber et on n'est pas non plus sur des zones qui sont propices aux cultures. Donc on a peu de place, on est en plein vent sur du rocher. Et c'est le long de ces routes, encore aujourd'hui, qu'on peut emprunter tout le monde y passe. Et sans le savoir ? Sans le savoir, sauf si on connaît le toponyme. On peut trouver à toutes les époques, du coup, des nécropoles, des temples gallo-romains, des lieux de culte comme des chapelles, des bonnes fontaines, des relais de postes, des auberges. Ces chemins ont toujours été des lieux de passage pour la population locale, les voyageurs, les pèlerins. Est-ce que, Corinne Michel, il y a des zones en Corrèze, dans le Bas-Limousin, qui sont plus propices que d'autres ? Alors certes, les endroits nommés La Pouche, mais je fais référence au plateau de Millevaches ou encore aux gorges de la Haute-Dordogne. Est-ce que ces endroits sont plus propices pour tirer des conclusions sur une ancienne occupation romaine, par exemple ? Je prends ces deux exemples au hasard. Il existe de nombreux vestiges d'occupation humaine sur le plateau de Millevaches, notamment à l'époque gallo-romaine avec les temples de Margeride, de Pradine, l'ensemble du site d'Écartes par exemple à Saint-Mère-les-Oussines. Il y a aussi à Naves le site de Tintignac qui a révélé des objets gaulois exceptionnels et le site de Monceau-sur-Dordogne qui dominait et contrôlait un passage sur la rivière. Bref, le fait de trouver autant de sites de passage, de lieux de passage que sont les temples prouve bien que les Gaulois circulaient dans notre région et notamment grâce à la route des métaux qui partaient d'Armorique jusqu'au port de Méditerranée et qui permettaient les échanges. D'autre part, on sait très bien que les Gaulois ont exploité l'or qu'il y avait en Limousin, que le Limousin est une région qui était très riche en or. Oppidum, le podcast. Vous écoutez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Corinne Michel Dupuis, je rappelle que vous êtes coordinatrice culturelle et pédagogique en Corrèze, l'association Archéologie du paysage en milieu rural. Corinne Michel, on parle d'alvéole composée de la cloison, du replat, d'une mouillère. Est-ce que l'alvéole est typique de notre région ? Effectivement, un alvéole, c'est un relief en creux qui est créé avec trois parties bien distinctes. D'abord, la cloison, c'est la partie haute, la ligne de partage des eaux. Elle est utilisée essentiellement pour la circulation et l'élevage, j'en ai parlé tout à l'heure. Le replat, c'est la partie intermédiaire. En pente douce, c'est là qu'on trouve l'habitat et les cultures. C'est un endroit qui est privilégié car il est à l'abri du vent. Et les Gallo-Romains étaient plutôt malins parce qu'ils s'installaient toujours sur le versant qui était orienté au sud, sud-est ou sud-ouest. La mouillère, c'est le réservoir d'eau. Pas d'habitat ni de culture, mais on peut y trouver des bovins. Et c'est ce qu'on appelle aussi les tourbières en altitude. Ce type de relief en creux, on va le retrouver dans toutes les régions qu'on appelle magmatiques, c'est-à-dire avec des roches qui sont refroidies lentement et composées de cristaux, et les régions aux reliefs contrastés. Chez nous, c'est plutôt les zones granitiques qu'on va trouver en Limousin. Le granit, c'est quand même une roche importante, c'est la moitié de notre région. C'est une roche qui est vraiment très présente. Ce granit se décompose en argile, ce qu'on appelle l'arène. L'argile retient l'eau car il forme une couche imperméable entre la roche-mère et le sol. Et c'est pour cette raison que le plateau de Millevaches et les monédières sont des zones qui sont baignées par de nombreux cours d'eau et des lacs. Les haies, les plantes également, vous en aviez parlé en préambule de cet entretien, est-ce qu'elles permettent aussi de comprendre l'histoire ? Qu'est-ce qui doit nous alerter, autrement dit, lorsqu'on se promène dans les chemins de creux de la région, Corinne Michel ? Alors, la haie, elle présente de nombreux avantages. C'est ce qu'on appelle les champêtres ou bocagères, et ce sont des associations végétales de plusieurs espèces qui sont, et ça c'est très important, elles sont adaptées au sol et au climat de l'endroit où elles se trouvent. On sait qu'une haie, plus une haie est riche en espèces, moins elle est vulnérable aux maladies. Et plus elle est homogène, plus elle va offrir un équilibre riche à la faune. On sait que sur une haie qui fait 20 mètres de long, on a plus d'une centaine d'espèces d'animaux. C'est un bienfait pour les cultures. Elles fabriquent l'humus, l'engrais naturel. Elle agit comme un brise-vent, comme un régulateur du climat. Elle agit aussi comme une éponge et c'est un abri pour les insectivores. C'est aussi un bienfait pour les hommes, puisqu'elle va lui donner des fruits. Des noisettes, notamment. Bien sûr, des noisettes, des mûres, aussi du sureau avec lequel, avec les fruits, on peut faire des confitures, des gelées, des sirops. Elle donne aussi du bois, du bois de chauffage, du bois pour faire des outils, toujours avec le noisetier. Mais elle donne aussi des plantes pour se soigner. C'est ce qu'on appelle les plantes rudérales. Aujourd'hui, pour le moindre bobo, nous avons le réflexe d'aller à la pharmacie. Mais avant, dans les campagnes, on savait faire des baumes qui soignaient avec des plantes. Donc je vous donne des exemples. Oui, c'est intéressant, allez-y. On peut trouver, par exemple, du géranium herbe-à-robert. Et cette plante-là, c'est un anti-hémorragique. On trouve aussi une plante qu'on appelle le tamier, qui a un nom affreux. L'autre nom, c'est l'herbe aux femmes battues. Et on faisait des baumes pour les coups et les bleus. Et il y en a aussi un que vous devez connaître sûrement, qui est la chélidoine, qui permettait de soigner les verrues. Alors je voudrais qu'on revienne en quelques secondes sur la toponymie. D'abord, est-ce que vous pouvez nous rappeler de quoi il s'agit ? Puis ensuite, pour illustrer peut-être vos propos, Corinne Michel nous donnait quelques exemples de lieux dits de hameaux ou de communes, des exemples qui parlent dans l'imaginaire collectif et plus loin encore. Alors la toponymie, c'est l'étude des noms de lieux et cela permet de dater l'occupation du sol par l'homme. Alors déjà, elle s'appuie sur deux principes. Le premier, c'est que le passage d'une langue à l'autre s'opère progressivement. Par exemple, on est passé du gaulois au latin progressivement. Et puis, l'autre élément, c'est la présence ou l'absence de l'article défini, c'est-à-dire le ou la devant un toponyme. Ça sépare deux grandes périodes chronologiques. Jusqu'à la fin de l'an 1000, il n'y a pas d'article. Et après, vers la fin du Xe siècle, en limousin, la langue d'oc a complètement remplacé le latin et certains articles vont être présents dans des toponymes. Quelques exemples ? Alors, certains viennent du gaulois. Par exemple, Hucel vient du gaulois Huccellos, qui veut dire lieu élevé. Brif, c'est pareil. Ça vient de Briva, qui veut dire pont. Ensuite, il y a des noms qui ont une origine gallo-romaine. Tous les noms en Hac, par exemple. À côté de l'Uzère, on a un lieu qui s'appelait Espartignac. Eh bien, ça vient de Sparsinus, qui était le nom du propriétaire gallo-romain, qui a donné le nom à la commune Espartignac, et qui, en reprenant ainsi les limites de la villa gallo-romaine dont il était le propriétaire. C'était des exploitations agricoles, en fait. Dans le Bas-Limousin, quels sont selon vous les deux, trois sites qui n'exigent pas forcément de grandes connaissances et qui permettent simplement, en les observant, d'en donner une explication historique, donc j'allais dire presque scientifique ? Là, je pense aux plantations de résineux du plateau de Millevaches et des Monédières, puisque à partir de 1900 et 1950, Marius Vasseil, qui était un forestier, qui était archéologue et homme politique aussi, c'est un personnage important pour la Corrèze. Un musée porte son nom à Mémac. Oui, exactement. Et il est à l'origine de ces plantations sur les hauteurs de la région. À partir de 1900, les paysans, et puis les limousins aussi émigrés à la ville, vont faire des plantations à grande échelle sur leurs mauvaises terres parce qu'ils voulaient les rentabiliser. Vasseil va donc encourager ces paysans et les citadins, qui sont souvent leurs enfants mais qui n'ont pas voulu reprendre l'exploitation et qui sont partis travailler en ville, il va les inciter, les encourager à planter sur des terres qui ne sont pas cultivables. Donc en 1950 et en 1975, en plus, le Fonds forestier national donnait des plants. Donc on va pouvoir importer tout un tas de résineux que sont l'épicéa, le douglas, le mélèze, le sapin et aussi du pin sylvestre qui était déjà là lui. Sauf que jusque-là, la transformation du paysage, elle s'est faite parce que jusque-là, on avait de la lande à bruyère qui était pâturée par les moutons. Mais avec l'arrêt du pastoralisme, ces zones se seraient transformées en friches. Avec cet exemple, on comprend mieux comment la végétation est complètement tributaire des désirs de l'homme. Là, ce n'est pas une transformation, c'est quasiment une métamorphose, j'ai envie de dire, du plateau de Millevaches, visuellement, sur le plan visuel. On a pris des résineux parce qu'un résineux, en 50 ans, il est exploitable. On peut le couper et vendre le bois. L'argent revient au galop bouleverser l'histoire. Et puis peut-être deux autres exemples. Dans le bassin de Brive, d'abord à Château-d'or ou ailleurs ? Alors, d'abord, expliquer cette particularité du bassin de Brive. C'est une vallée, c'est ça ? Oui, c'est un bassin. En fait, quand on arrive de l'autoroute, on surplombe le site et on descend sur les pentes vers une zone où les roches sont très différentes parce que ce sont des roches sédimentaires. C'est-à-dire qu'on va avoir des roches qui sont des grès ou des calcaires. Les grès, en fait, ce sont des sables qui viennent de l'action de l'érosion des roches granitiques qui se sont d'abord déposées dans de l'eau douce et avec l'eau ça s'est compacté, à l'ère primaire et secondaire et puis ensuite la mer est arrivée jusque là, à l'époque du lias et elle a déposé dessus des roches calcaires et puis ensuite l'érosion a fait son œuvre mais comme on est sur des roches tendres, c'est pour ça qu'on a cet effet de bassin, à Turenne par exemple qui se trouve dans le bassin de Brive. Qui est un point élevé qu'on remarque de loin. On le voit de loin exactement. En fait on est sur une butte de contour, ce qu'on appelle une butte témoin aussi, qui est en calcaire plus dur, qui n'a pas pu être érodé. Du coup, on n'est pas très étonné que ce lieu ait été occupé depuis le Moyen Âge. C'est un lieu défensif, parce qu'étant donné qu'on est sur une hauteur, on voit tout ce qui se passe autour. Les élites du Moyen Âge pouvaient bien sûr contrôler toute la vallée grâce à ce site. Alors, il y a une autre originalité, Corinne Michel, dans le pays de Brive, c'est Chastaud. Alors là, pour le coup, on est effectivement beaucoup plus dans l'originalité. Expliquez-nous ce qui se passe à Chastaud. Alors, Chastaud, c'est près du lac du Cos, ça surplombe le lac du Cos et il est possible de voir dans les murs de la mairie des blocs de calcaire qui contiennent des coquilles d'huîtres ce qui confirme bien que la mer est arrivée jusque dans le bassin de Brive alors ça veut dire qu'on a utilisé cette pierre de calcaire qu'on a trouvée à proximité on a trouvé cette pierre à proximité de Brive et on l'a utilisée pour qu'on se fasse ce mur en brique et on les voit très très bien. Avec ces coquilles d'huîtres donc qui témoignent que la mer léchait si j'ose dire le Bas-Limousin. Tout à fait. Quelles sont les qualités que l'individu doit avoir pour observer ces paysages et surtout pour en tirer des conclusions ? Est-ce que d'abord il faut prendre le temps ? Alors peut-être déjà bien connaître son environnement proche. On peut juste regarder ce qui nous entoure, le relief, les roches, la végétation, tous ces éléments qu'on voit tous les jours, que l'on traverse tous les jours sans y prêter attention. Il faut être curieux pour regarder le paysage autrement. Est-ce que l'urbanisation galopante notamment durant ces dernières décennies, sur les espaces ruraux qui étaient encore préservés, la destruction du bocage corrézien, sont les ennemis, sont vos ennemis de l'archéologie du paysage ? Peut-être pas tout à fait, parce que vous ne vivez que parce que l'homme impacte le paysage. Et plus il impacte, plus il y a des choses à étudier. Oui, après l'urbanisation des villes, c'est vrai, pose de nombreux problèmes quand on se trouve en zone inondable ou quand elle prend des terres cultivables à la périphérie des villes pour faire ces grands ensembles commerciaux. Évidemment aussi que certaines pratiques agricoles abîment la terre. Concernant les haies, certains agriculteurs, vous savez, sont en train d'en replanter, et même au milieu des cultures, parce qu'ils ont compris qu'il y avait tous ces bienfaits. Les mauvaises pratiques ne nous empêcheront pas de lire le paysage, c'est juste que l'homme et ses activités seront encore plus présents. De toute façon, il faut bien se dire que c'est nous qui devrions nous adapter à la nature et pas l'inverse. Et à l'association, il nous semble important d'en être conscient.
Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.
