Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin

06 - Le fleuve Dordogne : une source d’inspiration

13 octobre 2021 · 16 min

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<p><em><strong>Long de près de 500 km, la Dordogne prend la direction de l’Atlantique avec un débit de plus de 250 mètres cubes seconde à Bergerac. En amont, en Corrèze, elle déboule par Bort-les-Orgues et crée une frontière naturelle avec le Cantal avant de s’échapper par Beaulieu-sur-Dordogne. Elle offre souvent des points de vue exceptionnels et continue à être une source… d’inspiration.</strong></em></p> <p>À Louis-Olivier Vittet, écrivain corrézien, n’allez surtout pas parler de "rivière" pour évoquer la Dordogne. Celui qui a grandi près de la "Rivière Espérance" (le nom donné à la célèbre trilogie, d’un autre écrivain cette fois-ci, Christian Signal), tient à corriger une erreur, très et trop souvent commise, notamment sur les documents touristiques. Il le martèle et a raison de le rappeler, un brin désabusé : la Dordogne est d’abord un fleuve comme le sont la Loire ou la Seine. Car, près de la Dordogne, on n’est pas peu fier d’avoir grandi et habité encore près de ce fleuve emblématique de la Corrèze, fleuve domestiqué par la main de l’Homme dans la seconde moitié du XXe siècle. Il représente bien plus que l’écoulement de l’eau qui arrive de l’Auvergne voisine.&nbsp;</p> <p>La Dordogne, c’est d’abord une façon d’être, voire une raison d’être, des odeurs caractéristiques, des espèces faunistiques et floristiques typiques, des petites et des grandes histoires, des parties de pêche aux goujons à la construction des barrages qui donneront une autre allure au fleuve sans parvenir à modifier son ADN.</p> <p><strong>De points de vue en points de chute&nbsp;</strong></p> <p>Louis-Olivier Vittet habite près du fleuve. Il est, aussi et surtout, habité par la Dordogne. Il défend avec opiniâtreté les lieux. Il en connait tous les recoins. Il aime à le dire : c’est son "port d’attache". &nbsp;Entre traditions et histoires, l’écrivain corrézien rappelle la destinée du fleuve : les malpas, les barrages, les eaux noires, les gabares, les milans royaux, les marins… Il vous emmène du barrage de l’Aigle à Bort-les-Orgues, d’Argentat à Spontour en passant par Neuvic, des chemins creux qui jouxtent le fleuve aux surprenants points de vue surplombant la Dordogne. Il est intarissable. Un flux continu où s’entrechoquent des souvenirs, des anecdotes, des sentiments…</p> <p>Le belvédère de Gratte-Bruyère ? C’est à Sérandon, près de Neuvic, en face du département voisin du Cantal. Le lieu offre un panorama extraordinaire sur la Dordogne à vous donner des frissons : "<em>c’est un des meilleurs endroits sur terre pour faire la sieste</em>" indique Louis-Olivier Vittet. "<em>C’est un endroit avec une vibration dans la terre qui est tout à fait particulière</em>".</p> <p><strong>Le plus beau réservoir à rêves de notre région</strong></p> <p>"<em>Le fleuve coule encore, il est là au fond. Les habitants qui ont connu la vallée autrefois disent tous la même chose </em>"<em>ce qui nous manque c’est le bruit de la Dordogne</em>"<em>. Quand on vide les barrages, le premier bruit que l’on entend, c’est celui du fleuve. Ce qui me fascine c’est aussi ce que l’on ne voit plus</em>". Il faut en effet rappeler que de nombreux hameaux et autres villages ont été définitivement engloutis après la construction des barrages. Le village englouti de Nauzenac en est l’illustration : "<em>le Saint-Tropez de la vallée. Pour y aller, la route existe encore</em>". Elle plonge dans désormais dans le fleuve…</p>
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Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. À l'origine, il y a la Dor et la Dorgne, deux torrents qui donnent naissance à la Dordogne, qui confluent avec la Garonne, long de près de 500 kilomètres. Dordogne prend la direction de l'Atlantique avec un débit de plus de 250 m3 à hauteur de la commune de Bergerac. Et puis en amont, Corrèze, elle déboule par Bort-les-Orgues et puis elle crée une frontière quasi naturelle avec notamment le Cantal avant de s'échapper par Beaulieu-sur-Dordogne. Elle offre aussi des points de vue exceptionnels et continue surtout à être une source d'inspiration. Louis-Olivier Vité, vous êtes un écrivain corrézien qui semble toujours être charmé par la Dordogne, probablement même, j'allais dire, envoûté par ce fleuve. Et ça, trop de Coréziens semblent encore l'ignorer. La Dor et la Dorgne, c'est une création récente. En fait, Dordogne, ça remonte au mot celte « d'our l'eau ». Et le suffixe « d'ordogne » semble signifier une eau un peu vive. Parce que c'est vrai que la Dordogne, notamment dans la Haute-Vallée, elle est très, très vive. Donc Dordogne, ces deux ruisseaux au Puy-de-Sancy, on les a un petit peu inventés. On leur a tordu un peu les reins pour en faire la Dordogne. Ensuite, la Dordogne est un fleuve parce qu'elle ne se jette pas du tout dans la Garonne. Elle est parallèle à la Garonne quand elle arrive dans l'estuaire de la Gironde. Et d'ailleurs, quand on regarde sur Google Earth, on voit bien la trace des deux fleuves qui ne se mélangent à aucun moment jusqu'à l'océan Atlantique. Et ça, je revendique le terme de fleuve pour cette Dordogne extraordinaire. Alors, évidemment, elle est un peu plus courte que la Garonne. Et c'est pour ça qu'on a dit que c'est une rivière, c'est un affluent de la Garonne. Pas du tout, c'est un fleuve et ces deux fleuves ne se croiseront jamais jusqu'à l'Atlantique. Alors vous n'avez pas répondu à ma question, mais on vous sent quand même charmé, pour ne pas dire envoûté par ce fleuve d'Ordogne. C'est du sang qui coule dans mes veines. L'histoire est très simple. Mes ancêtres sont de l'Aygenitrie et de la Haute-Vallée de la Dordogne, du côté de Beaulieu-sur-Dordogne. Et je me souviendrai toute ma vie, j'avais 5 ans, et un jour je me suis assis devant la maison qui appartenait à la sœur de mon grand-père, du père de ma maman. Et je me suis dit, j'avais 5 ans, c'est là que je veux vivre. Pourquoi ? Parce qu'il y avait ce soleil, il y avait le cingle de Brivezac, le cirque de Brivezac, dans lequel était cette maison, elle y est toujours. Et puis il y avait cette Dordogne qui m'a toujours coulé dans les veines. Et puis tous les ans il y avait un tropisme, il fallait que j'y revienne. Et quand j'ai été en âge de prendre le train tout seul, à 12-13 ans, j'ai pris le train tout seul, j'habitais en région parisienne, et je revenais à toutes les vacances, même l'hiver, et j'avais froid, je mettais un petit radiateur électrique, j'étais tout seul, je mangeais au petit restaurant qui était à côté, chez la mère Martin, c'était une femme extraordinaire. Et ça a toujours été mon port d'attache. Et quand j'ai été un jeune adulte, j'ai dit c'est là que je vais vivre. Et du coup, j'ai fait de la radio et je n'ai jamais pu vivre là jusqu'à l'âge d'une cinquantaine d'années, dans cette maison qui est la maison de mes ancêtres. Et enfin, aujourd'hui, à la retraite, je vis dedans et je suis bien dedans. Et aujourd'hui, je suis venu vous rejoindre, par exemple, dans une grande ville à Brive. Ça m'a fait drôle parce qu'il y avait un moment que je n'étais pas sorti de mon... Si je sors pour les salons, pour aller voir les éditeurs, des choses, mais revenir comme ça, sortir de cette vallée de la Dordogne, c'est comme si je refermais une porte derrière moi. La Dordogne, elle est porteuse d'une histoire, elle est porteuse de beaucoup de traditions qui se sont perdues et qu'on essaye de retrouver un petit peu. Et surtout, elle est porteuse d'une histoire qui a disparu, malheureusement. Elle a été noyée par les barrages hydroélectriques. La Dordogne, justement, n'a pas toujours été celle que l'on connaît aujourd'hui. Vous le disiez, elle a profondément été modifiée par les mains de l'homme, par la construction des barrages qui ont modifié à la fois son lit et son débit, alors ? La Dordogne était autrefois une rivière qui envahissait beaucoup, qui débordait, qui avait des crues. C'est pour ça que dans toute la haute vallée de la Dordogne... Un peu comme la Corrèze ? Oui, oui, oui. Et c'est pour ça que les maisons argentales, les maisons à Beaulieu, ce qui sont sur le bord de l'eau, sont des maisons à balcon. Il n'y a rien, on n'habite pas hors rez-de-chaussée parce qu'on est noyé régulièrement. Et effectivement, l'homme de tout temps s'est servi de ce fleuve comme d'une autoroute. Imaginez que, mettons Spontour, qui est dans la Haute-Vallée, qui n'est pas loin de Neuveik, on va dire, en gros. Spontour, ce petit village, on pouvait mettre 20 tonnes de bois à l'eau. Cinq jours après, c'était à Bordeaux, c'est-à-dire à 500 kilomètres de là. C'était extraordinaire pour l'époque. Aucune charrette, rien ne pouvait faire ça. Et ce qui a tué la navigation sur le fleuve, c'est les camions et le train, tout simplement, quand ça a été plus rapide. De tout temps, l'homme a cherché à l'aménager, à enlever les mauvais passages qu'on appelait les malpas, à fait sauter les rochers qui cassaient les bateaux aussi. On a beaucoup d'inamité de rochers dans le lit de la Dordogne. Et puis est arrivé un jour ce qu'on appelait le train qui fonctionnait au charbon. Et il y a eu une ligne Paris-Orléans, qui est la ligne de la gare d'Orsay, qui est aujourd'hui le musée d'Orsay, et qu'on a voulu électrifier. Donc il fallait faire de la houille blanche, ce qui était le nom de l'électricité. Et qu'est-ce qu'on a fait ? On a construit le premier barrage en Corrèze, pas le premier barrage sur la Dordogne, mais le premier barrage en Corrèze, qui était le barrage de Marèges, pour alimenter cette voie de chemin de fer. Et d'ailleurs, ce barrage de Marèges n'est jamais appartenu à EDF. Le tout premier barrage, le tout premier des neuf barrages, est en Périgord. Il date de 1908 à la Linde. Il y a la Linde et Mossack. Et puis, alors si on descend, on va partir de la Bourboule, vous avez un premier barrage qui est privé. Ensuite, vous avez Bort-les-Orgues, qui est tellement grand qu'il peut contenir tous les autres barrages de Corrèze, qui sont sur la Dordogne. Les quatre autres barrages pourraient tenir d'en Bort. Ensuite, vous avez Marèges, ce petit barrage, qui a noyé un prieuré très ancien, millénaire, Val-Bénète, qui était un endroit, quand on regarde les photos, on est saisi, ça vous prend au trip. Donc vous avez Marèges, ensuite vous avez le barrage de l'Aigle, le barrage du Chastan, et le Sablier, qui est le plus récent des barrages en Corrèze. Puis ensuite, vous aurez l'Airain-des-Mosaques en Périgord. La Dordogne va favoriser, va créer finalement, naturellement, une sorte d'axe de communication, un axe commercial, j'ai envie de dire, et de cela va naître une bâtellerie. Est-ce que vous acceptez cette appellation de bâtellerie ? C'est une bâtellerie et c'était des paysans bâteliers. Alors, ce qui est très étrange, c'est que ces paysans bâteliers, ils ont eu, à partir de Louis XVI, qui était un roi, quoi qu'on dise, qui avait un petit peu un aspect social, il a décidé que les bâteliers de la Haute-Vallée de la Dordogne seraient des marins de la Royale et qu'ils auraient la retraite à 45 ans. Alors survivre jusqu'à 40 ans en étant marin sur la Dordogne, c'était le jackpot. On avait une retraite. Vous écoutez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Donc on circulait en gabar, c'est un bateau plutôt long, plutôt plat, enfin en tous les cas un faible tirant, on va dire, c'est ça ? Et démontable. Les gabares sont ces barques dont les deux bouts sont pointus et l'arrière est un peu relevé pour pouvoir tacler. Elles existent toujours, ces barques. Elles sont toujours fabriquées du côté de Beaulieu, Brivezac, Argentat. On en voit encore. Moi, j'ai des amis qui fabriquent, ça s'est transmis de père en fils, ils savent les faire. J'en ai encore vu une neuve à Beaulieu-sur-Dordogne il n'y a pas bien longtemps. Donc, ça m'a fait très plaisir. Et ces bateaux, soit ils faisaient 2,50 mètres. C'était des barques de pêche ou des barques pour passer. On en reparlera peut-être tout à l'heure. Soit ils faisaient une dizaine de mètres. Alors, ça commençait à être des petites gabare qui partaient de très haut, de Varnéjoux, très loin dans la vallée. On ne pouvait pas faire des bateaux plus gros à cet endroit-là parce que ça n'aurait pas passé. Ensuite, vous aviez des bateaux qui faisaient jusqu'à 20 mètres de long. Mais qui étaient soumis à une saisonnalité finalement. Parce que la Dordogne elle-même est soumise au cycle des saisons. Exactement. Et ces bateaux pouvaient charger jusqu'à 20 tonnes de matériaux. C'est-à-dire le poids d'un autobus. Qu'est-ce qu'on transportait ? Du merrain, c'est ça ? On transportait beaucoup de bois pour les vignerons de la Gironde. Alors principalement du chêne, ce qui servait à fabriquer les tonneaux, les barriques. Le chêne pour les tonneaux. Et le châtaignier, parce que ça fait des piquets de vignes. Et le châtaignier ne pourrit pas en terre. Il n'y a pas d'araignée et tout. On transportait aussi des barques. On a une photo d'une gabarre avec deux barques dessus. On transportait du charbon, du charbon d'Argentat. Ça n'a pas duré longtemps parce que c'était horriblement dangereux. On transportait du fromage, on transportait de l'huile. De tout temps, on a tout transporté. Ce qui pouvait descendre du Limousin et de l'Auvergne vers la Haute-Gascogne, on le transportait. Et je vous dis, des déchargements de plus de 20 tonnes en 5 jours, c'était extraordinaire. Qu'est-ce qu'on faisait lorsqu'on arrivait à hauteur de Libourne, par exemple ? Alors, on déchargeait, on vidait le bateau et on vendait le bois du bateau parce qu'il ne remontait pas le bateau. En tout cas, les bateaux qui partaient d'au-dessus de Beaulieu-sur-Dordogne ne remontaient pas. Ceux qui partaient de Souillac pouvaient remonter. Il y avait une berge et on pouvait les remonter. Et d'ailleurs, il y a eu des guerres entre les bouviers parce qu'il fallait qu'ils attrapent le premier bateau pour le remonter, etc. C'était assez violent. On utilisait les chemins de halage, c'est ça ? Il y avait des chemins de halage jusqu'à Souillac, pas au-delà. Tous les bateaux qui venaient d'au-delà, ils étaient cassés à l'arrivée. Ça servait à faire des cabanes, des choses comme ça. On a des photos à Sainte-Foy-la-Grande de gabare de la Haute-Vallée qui sont stockées pas loin du pont et qui sont en attente d'être démontées. Et ce bois, ce n'était pas du bois de très bonne qualité. Alors, on construisait les bateaux pendant la mauvaise saison, c'est-à-dire pendant l'été, pendant que la rivière n'était pas marchante, pendant que le fleuve n'était pas marchant. On construisait ces bateaux l'été pendant que le fleuve n'était pas marchant. On les coulait pour faire gonfler le bois et ensuite on les ressortait, on les vidait. Les enfants, les étoupes, on mettait tout, de la mousse, des trucs, des machins. Et ça ne faisait qu'un voyage. Et on attendait que, et ça vous en parliez tout à l'heure, on attendait que l'eau soit de voyage ou marchande. Il y a un étiage particulier. Au-delà, on ne peut pas. En dessous, on ne peut pas. Et c'était à l'oreille qu'on jugeait. Un vrai savoir-faire. Un vrai savoir-faire. Et souvent, c'était quand il faisait très mauvais. C'était l'hiver, la sortie de l'hiver. Il fallait embarquer sous la pluie. Il n'y avait pas de cabine, il n'y avait rien. Et il y avait même pire. On chargeait les gabare, on partait en bateau, mais il y avait ceux qui suivaient en barque le bois qu'on mettait à flotter sur l'eau et qui tous les soirs devaient se jeter à l'eau pour récupérer le bois, le piler sur la berge, aller dormir et ça en plein hiver, quand ils faisaient des mois 10 au mois 15, c'était des hommes particuliers. Alors ces hommes, on les appelait les Argentins. Ils étaient connus comme ça en Périgord. Henri Gondier, qui était un des derniers gabarillés du Périgord, que j'ai eu la chance de rencontrer, me disait « Ces Argentins, c'était des fous, on s'en approchait pas, ils étaient dangereux. » Alors pourquoi ils étaient dangereux dans les auberges ? Parce qu'ils transportaient plein de pognon sur eux. Ils remontaient, ils avaient tout vendu. Donc ils avaient un argent fou. Et il fallait remonter à pied avec cet argent jusqu'à Argentat, jusqu'à Spontour, jusqu'à Neuvic. Et il fallait pas se faire attaquer. Et donc ils étaient un peu violents. Ils avaient tendance à être un petit peu... Ils ont un caractère d'ours mal léché. Oui, après les Corréziens sont adorables, ce n'est pas la question, mais quand ils ont des fortunes en poche, il ne faut pas les embêter. On va revenir sur terre, mais la Dordogne a été source d'inspiration pour beaucoup d'auteurs, d'abord pour vous. On pense bien sûr à la rivière Espérance, de Christian Signol. C'est une trilogie, vous corrigez si je me trompe. C'est une trilogie. D'autres auteurs comme ça ont été inspirés par la Dordogne. Alors des écrivains peut-être, mais des peintres, des sculpteurs, des acteurs, des réalisateurs. Parce qu'on a l'impression, en vous écoutant, qu'elle est quand même source d'inspiration et d'attraction aussi en même temps. Quand on regarde ce fleuve, quand on est assis à côté de ce fleuve ou devant ce fleuve, d'abord il y a le parfum. La Dordogne a un parfum. La Loire a un parfum aussi d'ailleurs. Qu'est-ce que ça sent alors ? Ça sent la Dordogne. Je ne peux pas vous le décrire. Il y a une espèce d'odeur de mélange de terre, de pierre, la végétation qu'il y a autour aussi. L'été, elle sent très fort, la Dordogne, et ça sent bon. Et moi, les yeux fermés, je sais où je suis. L'eau est un peu sombre de la Dordogne. Elle est un peu noire, elle est un peu agitée. Il y a ces galets brillants au fond. Il y a ce monde sous l'eau. Il y a ces rochers énormes qui se jettent dans l'eau. Par exemple, le rocher Charla, qui est au niveau du pont du Chambon. Ce rocher Charla, on en trouve la même trace à Brivezac, par exemple, au-delà du pont. C'est le rocher Charlu. Vous voyez, ce sont des noms qui sont transmis. Pourquoi on les appelle Charles à Charlu ? Je n'ai jamais pu le savoir. Mais on peut continuer comme ça un petit peu plus loin, mais je peux vous demander quels sont vos paysages préférés, de Bord-les-Orques jusqu'à Beaulieu-sur-Dordogne ? Parce que j'ai remarqué qu'il y avait aussi des belvédères qui sont souvent extraordinaires, qui débouchent sur des vues panoramiques, qui mettent en mouvement des perspectives, des couleurs en fonction de la journée. Alors j'imagine que comme vous êtes un enfant de la Dordogne, forcément, vous avez des lieux favoris, des cachettes peut-être. Mes lieux favoris sont sous l'eau. Le Belvédère de Grat-de-Bruyère, par exemple. Alors, parlons de Grat-de-Bruyère assez rondement. Ne pas parler de Grat-de-Bruyère. C'est tout au bout du lac de barrage de l'Aigle. Grat-de-Bruyère, c'est un endroit où les oiseaux volent sous, là où vous êtes. Vous voyez les Milan, vous voyez les buses, vous voyez tous ces oiseaux en dessous de vous. C'est un endroit avec une vibration dans la terre qui est tout à fait particulière. Alors, je le dis toujours, je ne plaisante pas du tout, c'est un des plus beaux endroits sur la terre pour faire la sieste en plein air. On y est bien, vous n'avez même pas idée. C'est horrible. Et alors, moi, Grat-de-Bruyère, pour moi, c'est ça. Je m'enfonce un petit peu dans les rochers, je me trouve un petit champ tranquille. C'est à côté de Serrandon, non ? C'est à Serrandon, entre Vent-Haut et Vent-Bas. Et puis, il y a d'autres lieux. Il y a la Sumène qui arrive, là. Alors, on ne sait pas vraiment où est la Dordogne, où est la Sumène. En face, c'est le Cantal, c'est ça ? Alors, en face, c'est le Cantal. En dessous, c'est un des villages noyés. C'est la Nodarche. C'était deux fermes et deux auberges. Deux fermes et deux auberges, c'est pour vous dire. Avec le plateau de Millevaches, finalement, vous diriez, Louis-Olivier Vitté, que la Dordogne reste finalement un des derniers endroits sauvages du Bas-Limousin en ce début du XXIe siècle ou pas ? Ou c'est exagéré de dire ça ? Non. Alors, sauvage, on ne peut pas le dire parce qu'elle est noyée par l'hydroélectricité. Donc, c'est fini le côté sauvage. Je dirais que c'est le plus beau réservoir à rêve de notre région et peut-être plus que de notre région. Parce que sous l'eau du fleuve, il y a la vie. Il y a le fleuve qui coule encore. Le fleuve, il est là au fond. Et les habitants qui ont connu la vallée autrefois disent tous la même chose. Ce qui nous manque, c'est le bruit de la Dordogne. Et il a disparu pour la première fois depuis la création de la terre. Et ça, c'est extraordinaire. Quand on vide les barrages, la première chose qu'on entend, c'est le bruit. Le bruit du fleuve, il reprend immédiatement son lit. Et comme il n'y a pas de pollution au-dessus, il n'y a pas de boue, il n'y a rien. Les rochers sont propres, les traces de ponts, tout est propre, tout est beau. Moi, ce qui me fascine, c'est les paysages que je ne vois plus. C'est Saint-Projet et son couvent. Je peux rêver des heures. Là-bas, Noznac, ce village merveilleux qui a disparu sous les eaux, qui était le Saint-Tropez de la vallée. On allait à Noznac manger des fritures, c'était beau. Il y avait deux endroits qui étaient les Saint-Tropez, un peu dans la vallée. Il y avait Eilac au-dessus d'Argenta et Noznac. Mon grand-père est allé à Eilac, il allait boire un coup à Eilac. Et la route existe encore qui plonge dans le lac. Et ces routes qui plongent dans le lac, il en existe encore beaucoup. Et c'est ça, moi, mes paysages préférés, c'est de me dire, tiens, je vais aller au fond. J'ai une dernière question beaucoup plus personnelle pour terminer. Je ne devrais peut-être pas vous la poser, mais je vais prendre le risque. Est-ce qu'habiter à proximité du fleuve Dordogne, c'est certes, Olivier Vitté, habiter en Corrèze, on est d'accord, mais c'est être habité d'une autre façon, c'est habiter d'une autre façon, c'est avoir une philosophie de vie qui est peut-être différente de celle que l'on retrouve chez les Pelots à Ussel, chez les Cujous à Brive ou même au-delà. Pour répondre à votre question, je vais vous dire que quand je ne vivais pas en Corrèze, ce qui me manquait, c'était la Dordogne. C'était de voir l'eau, d'aller la voir du haut du pont de Brivezac ou sur le pont de Beaulieu ou à la chapelle des pénitents de Beaulieu ou de prendre ma voiture, de remonter au-delà d'Argenta et de me perdre de nouveau dans cette vallée à Glény et de remonter, de longer la route des barrages. C'est ça qui me manquait le plus. Et ce fleuve, il vous habite, et je ne sais pas pourquoi. Retrouvez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin, sur toutes les plateformes de podcast. Et sur oppidum-podcast.fr, réécoutez l'ensemble des podcasts. Découvrez des articles exclusifs, l'iconographie des thèmes abordés et les bibliographies.

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