Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin
05 - Les odonymes gaillards racontent l’histoire de Brive
6 octobre 2021 · 15 min
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Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Ils ont été des grands serviteurs de l'État, des militaires ou des politiques. Leur nom, sur des plaques émaillées, raconte l'histoire de France. À d'autres endroits, des personnalités locales, cette fois-ci, racontent l'histoire de Brive. Alors il y a les rues, les avenues, les boulevards, les places ou encore les impasses. Mais quel que soit le carrefour ou le trottoir, le promeneur peut remonter le temps. Jean-Michel Vallade, vous avez signé un livre intitulé « La découverte mémorielle des rues de Brive ». À partir de quelle époque a-t-on pris pour habitude de donner un nom aux rues, aux avenues, aux boulevards, aux impasses ou encore aux places des communes ? Les historiens considèrent qu'en France, tout du moins, la dénomination des voies urbaines, donc les rues, les boulevards, ce que vous avez rappelé, et au-delà, les places, cette dénomination a commencé au Moyen-Âge à la fin du XIIIe siècle. Jusqu'au début du XVIIe, ce qui prévaut, ce sont ce que l'on appelle les dénominations d'usage, d'usage populaire, des créations collectives. Les exemples les plus caractéristiques étant, par exemple, la rue de l'Église, la rue du Four. Et à partir de ce XVIIe siècle, on entre dans une ère nouvelle, celle des toponymes de décision, c'est-à-dire ceux qui ont été créés par les autorités publiques en place. Quelle est la finalité d'attribuer un nom à une rue ? Est-ce que c'est uniquement pour mieux se repérer, par exemple ? La fonction utilitaire que vous évoquez des noms de rues a été prépondérante dès le départ. Il s'agit bien de répondre à un besoin général, celui de se situer dans l'espace quotidien en des temps où, ne l'oublions pas, les gens lettrés n'étaient pas très nombreux. D'où la nécessité de tenir compte de l'usage populaire qui décrit un lieu, un espace, exemple la rue Haute, autre exemple la rue des Fossés, et bien plus tard, à partir du XIXe siècle, un petit peu avant la Belle Époque, la valeur commémorative, exemple après la Première Guerre mondiale, place de Verdun, ou bien la valeur symbolique, l'avenue de la Liberté, ont pris le relais. En Corrèze, en règle générale, mais à Brive particulièrement, à quelle époque ont été nommées les premières rues ? Est-ce qu'on le sait ? Est-ce que des archives sont là pour nous rappeler une date, au moins une période aux doigts mouillés ? Alors, pas vraiment, pas vraiment, parce qu'aucune historique de fond n'a été menée à ce jour. Sur ce point précis, on peut logiquement penser que la démarche a dû être entreprise sous l'Ancien Régime, donc bien avant la Révolution, sans que l'on puisse, notamment pour Brive, apporter une date précise de par la carence qu'il y a dans les sources d'archives. Quelles sont les appellations les plus anciennes que l'on peut rencontrer en tant qu'automobiliste ou en tant que promeneur à Brive ? Alors, pour les mêmes raisons, il est tout aussi difficile de répondre. Cependant, le plan général de Brive, qui a été dressé en 1821, apporte quelques données en répertoriant des noms aujourd'hui disparus. Et si la rue des Fours, la rue Verdanson, la rue Bourbon, la rue Royale, la rue Dauphine, tout ça, ça nous ramène bien évidemment à l'Ancien Régime. En revanche, la toponymie a conservé des dénominations de voies qui racontent au-delà ou en deçà davantage le Moyen-Âge et le temps où le gros bourg de Brive était confiné à l'intérieur de ses enceintes édifiées au XIIe et au XIVe siècle. Ces enceintes qui lui vaudront plus tard à cette cité son appellation de Gaillarde, Brive-la-Gaillarde. Le cœur de ville a ainsi conservé des dénominations qui signifiaient une réalité évidente aux contemporains d'alors. Soit une réalité religieuse, avec la rue du Clocher, avec la rue des Récollets, exemple parmi d'autres. Soit une réalité sociale, à l'exemple de la rue des Cloutiers, de la rue du Passage de la Poterie. Et puis, les rues du Lion d'Or, des Carbonnières, de la Jobertie, la rue Barbacane ou encore la rue Traversière, une numération loin d'être exhaustive, appartiennent également au toponyme d'usage hérité de périodes antérieures à 1789. Qui décide, Jean-Michel Vallade, des noms qui sont attribués à ces rues, à ces avenues, à ces places ? Une réglementation administrative stricte encadre la démarche, il faut le savoir. Parce que depuis les lois de décentralisations, dont la principale est celle de 1982, seules les communes et en fait le conseil municipal, et non pas le maire, le conseil municipal et le maire ont compétences exclusives en matière de dénomination de rue. Alors en revanche, une petite parenthèse, pour les collèges et les lycées qui sont respectivement le département pour les collèges et donc la région pour les lycées. Alors, laïcité oblige, depuis 1905 et la loi de séparation des églises et de l'État, la décision doit respecter le principe de neutralité du service public et par ailleurs ne peut être de nature à provoquer des troubles publics, je cite, ni heurter la sensibilité des personnes. Par ailleurs, il est d'usage de ne donner à la voirie urbaine que des noms de personnes décédées. Mais on est en France et on relève des exceptions. À Brive, il y a eu pendant un temps un boulevard Maréchal-Pétain, une avenue Staline, la place Charles-de-Gaulle. Et là, fait cocasse, en 1962, lors d'un voyage officiel, de Gaulle va s'exprimer en haut de la rue Toulzac sur la place qui porte son nom. Et puis depuis peu, en ce début de siècle, de XXIe siècle, il existe une avenue Jacques-et-Bernadette-Chirac. Oppidum, le podcast. De l'histoire du Bas-Limousin. Alors, continuons, Jean-Michel Vallade a vagabondé dans les rues de la cité Gaillarde. Quelles sont les rues, selon vous, les plus emblématiques et les personnalités locales qui ont donné leur nom à ces artères que l'on traverse peut-être tous les jours ? Alors voyez-vous, moi, je considère que davantage qu'une rue, c'est la place de la Guierle. La place de la Guierle qui est le lieu emblématique de Brive. C'est là où se déroule le marché hebdomadaire cher à Georges Brassens, mais aussi le festival de l'élevage et désormais de la table gourmande, la fête foraine des foires franches, la foire du livre et encore Brive Festival. On sait ce que ça veut dire la guierle ? Alors la guierle, effectivement, ça vient des îles qui étaient présentes, avec des marécages, qui étaient présentes à cet endroit-là avant que, justement, le cours de la Corrèze ne soit rectifié au cours du XIXe siècle. Alors continuons notre promenade. Alors la guierle, c'est aussi un authentique lieu de mémoire, avec des faits qui s'y sont déroulés et qui sont entrés dans l'histoire, l'histoire locale. On peut en citer trois. L'avenue de Pétain en 1942. La première arrivée du Tour de France en Corrèze s'était abri en 1951. Et puis, de manière plus récente, le triomphe qui a été fait au CAB à l'issue de son titre de champion d'Europe de rugby en 1997. Alors en fait, c'est cocasse. Officiellement, la guierle, c'est la place du 14-Juillet. C'est ce qui apparaît sur les différents GPS. Mais la mémoire collective bréviste a imposé le vocable de la guérle, donc ce terme plus géographique populaire dont on a rappelé l'origine il y a quelques instants. Alors il y a d'autres personnalités que l'on peut croiser sur les façades des rues. D'ailleurs, est-ce qu'on sait le nombre de personnalités qui occupent une place, une rue, une impasse, une avenue, un boulevard à Brive-la-Gaillarde ? Alors, il y a environ un millier de voix urbaines qui ont été attribuées, pas seulement à des personnalités, pas seulement à des individus. Alors, si on revient pour répondre à votre question aux individus, aux personnalités, eh bien, il y en a plus de la moitié. Il y en a plus de la moitié. Alors, qui sont-ils ? Des érudits ? Dans l'exemple d'Ernest Rupin, d'Élie Masséna, des préhistoriens ou des historiens, Amélie Buisson, celui qui a découvert en 1908 l'homme de la Chapelle-au-Sein, Henri Dalsol, qui a écrit un ouvrage sur Brive. Il y a aussi des militaires, la Maréchale Brune, évidemment, le lieutenant-colonel Laporte, qui a donné son nom à la caserne. Oui, des hommes politiques. On va en citer deux. Edmond Michelet, le très grand résistant et puis ministre d'État. François Labrousse, le sénateur, l'un des 80 à avoir refusé les pleins pouvoirs à Pétain, et puis surtout les résistants qui sont tombés durant la Seconde Guerre mondiale, et puis les maires de Brive aussi. Et à propos des maires de Brive, 12 des 16 qui se sont succédé entre 1895 et 1995, donc en un siècle, agrémentent la toponymie urbaine essentiellement par des plaques de rue. Donc ça fait 80 %, ce qui est considérable, et ce qui place Brive sur ce point précis, loin devant des métropoles comme Montpellier où c'est 40 %, ou Marseille 37 %. Puis je voudrais quand même signaler qu'en matière de personnalité, les femmes ont été délaissées. Même en y incorporant les établissements scolaires qui sont dénommés, on en comptabilise une petite trentaine seulement, soit 3,20 %. Et c'est bien peu, d'autant qu'une partie concerne les personnalités, concerne des personnalités nationales. Jean-Michel Vallade, est-ce qu'il reste des rues baptisées à Brive ? Quels sont par exemple les exemples les plus récents ? Eh bien non, plus de rue, plus de voies, parce que même la voirie surmise urbaine, c'est-à-dire l'espace semi-rural, on peut le présenter comme ça aussi, de la commune qui est caractérisée par des villages, principalement au sud, Tel, Bélé, Lomont, Siora, Chaban, pour n'en citer quelques heures, eh bien cette voirie-là est dénommée dans le cadre, en effet, de la prochaine arrivée de la fibre, il a été récemment procédé à ce que l'on appelle l'adressage et la numérotation. Alors ont été dénommés des chemins ou des routes qui attestent justement de ce caractère semi-rural. Par exemple, le chemin de Valais, le chemin Charles-Trenet ou encore la route des Rebières. Et puis, exemple assez intéressant, la route des Griffes-aux-Loups, du nom du roman de Claude Michelet, le fils d'Edmond, qui a eu un énorme succès, qui a été un best-seller. Et cette route des Griffes-aux-Loups, elle passe devant l'actuel domicile de Claude Michelet. Alors si on baptise Jean-Michel Vallade, on peut peut-être débaptiser des rues, des avenues. Est-ce que ce n'est pas là une façon aussi de rebaptiser ou de réécrire plutôt, devrais-je dire, l'histoire ? Oui, bien évidemment, le paysage toponymique d'une ville est très loin d'être figé. Il évolue au fil des siècles et des grands événements qui ont marqué l'histoire. La Révolution et la Seconde Guerre mondiale ont été des périodes très caractéristiques à cet égard. Prenons simplement l'exemple de la Seconde Guerre mondiale. À Brive, le régime de l'État français dit régime de Vichy, un régime autoritaire et d'exclusion. Il a débaptisé nombre de voies urbaines qui rappelaient trop à ses yeux la République ou des Républicains. Il fallait bien nettoyer les écuries d'Augias. Alors, alors, alors, l'avenue Jean-Jaurès redevient l'avenue de la Guerre, la place de la Liberté, la place Champanatier, la place du 14 juillet dont on a parlé, la Guerre. L'avenue Émile Zola, pensez donc, un Dreyfusard, devient l'avenue Maréchal du E.T. Ça vaut mieux de lui donner le nom d'un administrateur du Maroc. Plus d'avenue Blanqui, un communard. Plus de rue du général Persin, un anti-militariste notoire à la fin de sa vie. C'était la grande guerre, ça. Par contre, on instaure un boulevard du Maréchal Pétain. Tout ceci ne durera qu'un temps, puisque la libération et la fin de la guerre conduisent à un effet de balancier, et 33 des 122 noms qui figurent sur le monument commémoratif élevé, place du 15 août, c'est le jour de la libération, donc 15 août 1944, de la ville, eh bien, 33 de ces 122 noms, qui sont donc ceux qui ont été les victimes locales du nazisme, ont été honorés par l'octroi d'une rue. Cela fait plus d'un quart, ce qui est considérable. À l'image des toponymes, les noms de rues racontent à leur manière une histoire locale. C'est aussi votre avis lorsque vous traversez Brive, mais lorsque vous pouvez traverser également Ussel ou encore la capitale départementale Tulle. Oui, parce que par-delà leur fonction d'orientation dans l'espace urbain, qui est toujours essentiel, les rues traduisent davantage que l'histoire, qu'elle soit locale, on l'a vu ou pas, elles traduisent une mémoire de la ville, une mémoire mouvante, une mémoire qui fluctue au gré de l'expansion et de l'extension, on peut remplir les deux termes, spatial, du bâti, du bâti urbain, et aussi de la volonté décisionnaire des pouvoirs municipaux. C'est une mémoire plurielle à l'évidence. Avec justement ces rivalités silencieuses entre mémoire locale et mémoire nationale, avec ces obscurcissements, tels la sinistre période du régime de Vichy dont on a parlé, avec ces oublis aussi. Ainsi, dans une cité qui, durant la Seconde Guerre mondiale, s'est libérée par ses propres moyens du joug nazi, pas de rue du 9 juin 1944, jour où la barbarie de la Das Reich s'est exprimée à Tulle. De même, pas de rue du 19 mars 62 à Brive, alors qu'elle foisonne dans le département de la Corrèze. Et puis, Époulidore et Alain Mimoun. Ces deux gloires sportives viennent enraciner en terre limousine et même en terre corrézienne, puisque le champion olympique du marathon, Mimoun, repose au cimetière de Bouja. Aucun geste de mémoire envers eux, alors que d'autres sportifs ont droit de cité, tels Julia Doumèges, Georges Carpentier ou un autre boxeur, Marcel Serdant.
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