Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin

03 - Qui était l’abbé Poulbrière ?

15 septembre 2021 · 14 min

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<p><strong>Toponymie, géologie, archéologie, généalogie, patrimoine… Le chanoine Poulbrière naquit à Beaulieu-sur-Dordogne le 5 février 1842. Pendant 40 ans, Poulbrière sillonna la Corrèze et ses paroisses, ses villages et ses hameaux. Il collecta et compila l’histoire. Son Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle est une œuvre extraordinaire qui n’a jamais été égalée.</strong></p> <p>Poulbrière né le 5 février 1842 à Beaulieu-sur-Dordogne. La maison familiale se situe en face de la grande croix du foirail du chef-lieu. On évoqua chez lui "<em>une adolescence maladive</em>". Poulbrière fit ses études au Petit Séminaire de Servières puis au Grand Séminaire de Tulle. Il est ordonné prêtre le 9 octobre 1871 par Mgr Berteaud puis devient chanoine honoraire et historiographe diocésain, le 4 mai 1880. Supérieur du Petit Séminaire à partir de 1897 puis nommé chanoine titulaire le 20 février 1907, Poulbrière se retire dans la maison familiale de Beaulieu et poursuit inlassablement ses travaux d’histoires "<em>et où bientôt les soins dévoués de sa sœur lui furent nécessaires</em>". Voilà quelques dates dévoilées par Antoine Pélissier, historiographe diocésain, dans les premières pages du Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle.&nbsp;</p> <p>Son ami, le chanoine Chastrusse, fondateur de La Croix de la Corrèze, le décrit ainsi : "<em>Sa démarche toujours mesurée, sa tête un peu penchée, son habituel sourire, qui effaçait l’air un peu dédaigneux de sa lèvre inférieure, tout chez lui inspirait confiance et respect. Il était le plus obéi des maîtres, bien qu’il ne punît presque jamais</em>".&nbsp;</p> <p><em>Vita abit,</em></p> <p>L’âge te guette,</p> <p><em>Mors venit :</em></p> <p>La mort s’apprête :</p> <p><em>Fac cito quod voles,&nbsp;</em></p> <p>Fais au plus tôt ce que tu veux,</p> <p><em>Fac bene quod potes.&nbsp;</em></p> <p>Fais surtout bien ce que tu peux.</p> <p>"<em>J’avais depuis longtemps recueilli dans ma mémoire cette sage et antique épitaphe chrétienne, lorsque, voyant approcher ma cinquantaine, je me mis à rédiger le Dictionnaire</em> (…) <em>C’était l’heure propice, à mon avis : plus tard, j’aurais pu ne pas le faire</em>" écrit Poulbrière dans son <em>Avis au lecteur</em> de son Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle.</p> <p>Poulbrière dévoile les coulisses de son œuvre titanesque et surtout ses sources : les Vies de quelques saints, les cartulaires des abbayes, le Gallia, la Chronique de Geoffroy de Vigeois, celle de Saint-martial, le Pouillé de Nadaud, les recherches effectuées par des noms qui raisonnent encore : Baluze, Massénat, Champeval, Fage, Brunet, Bombal, Dom Boutrais…&nbsp;</p> <p>Poulbrière s’appuie aussi sur les curés corréziens qui lui transmettent les informations à caractère historique issus de leur paroisse : la superficie de la commune, le nombre d’habitants, les paysages, le patrimoine local et religieux, la liste exhaustive des hameaux, les petites et les grandes histoires, les grandes familles… À cela s’ajoutent les additions et les corrections. Trois tomes qui, d’Affieux à Yssandon, développent 1 500 pages : "<em>œuvre de vingt ans de publication et de plus de quarante ans de préparation</em>" indique son créateur.</p> <p>Poulbrière meurt le 20 janvier 1917.</p> <p>Musique : Jonathan Marty-Wagner</p> <p>Production : Podcast&amp;Radio House</p>
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Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Toponymie, géologie, archéologie, généalogie, patrimoine. L'abbé Poulbrière naquit à Beaulieu-sur-Dordogne. Le 5 février 1842, pendant 40 ans, Poulbrière sillonna la Corrèze et ses paroisses, ses villages et ses hameaux. Il collecta et compila l'histoire. Son dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle est une œuvre extraordinaire qui n'a jamais été égalée. Marguerite Guéli, vous êtes la présidente de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze. Jean-Baptiste Poulbrière aura incontestablement marqué son temps, mais finalement davantage devant que derrière les autels des églises coréziennes, c'est le moins que l'on puisse dire. Ah, il aurait probablement été très confus d'entendre ça. En principe, il était supérieur du petit séminaire de Servière pendant pratiquement toute son existence. Et je pense que sa tâche de professeur, en tout cas, il l'a prise à cœur. En revanche, effectivement, je ne pense pas qu'on lui ait demandé d'assurer le service d'une paroisse. Ça m'étonnerait. Ensuite, d'ailleurs, il a été chanoine. Et à partir de ce moment-là, il n'a plus eu de raison de s'occuper d'une paroisse. Qu'est-ce qui a prédestiné, qu'est-ce qui prédestine cet enfant de Beaulieu-sur-Dordogne à se lancer dans cette œuvre dantesque qu'est le dictionnaire des paroisses de Tulle ? Oui, c'est une œuvre dantesque, mais c'est surtout une œuvre en commun. En principe, l'abbé Poulbrière a consulté tous les curés de toutes les paroisses de la Corrèze et il leur a demandé d'envoyer le plus de renseignements possibles sur chaque paroisse. Il est évident qu'un historien ne peut pas se permettre de consulter tous les maires et tous les curés de toutes les paroisses pour avoir des renseignements. Comment est construit ce dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle ? Il se décline, me semble-t-il, en trois tomes. Oui. Alors, le premier tome est paru assez rapidement. Le premier tome est en ordre alphabétique. Autrement dit, c'est de 1... je ne sais pas quel même. Le second aussi. Ces deux-là sont parus très rapidement. Et le troisième tome n'est pas paru du vivant de l'abbé Poulbrière. C'est celui qui concerne toutes les paroisses, qui commence par ça. Il y en a énormément en Corrèze. Et donc ce troisième tome a été publié par la Société archéologique de la Corrèze, c'est-à-dire notre société, seulement en 1984. Quelles ont été les sources de Poulbrière, hormis... Les sources de Poulbrière, nous les avons, parce qu'il a déposé chez nous ses papiers. Ce sont des tout petits morceaux de papier, très fins, parce qu'à cette époque, on utilisait dans des enveloppes ce genre de papier. On économisait. On économisait, voilà. Et tous ces curés lui envoyaient des renseignements. Alors lui, il les découpait. En somme, si vous voulez, c'était un précurseur de l'ordinateur. Il découpait chaque renseignement et il les collait ou il les mettait dans des petites enveloppes. Et ça correspondait à un siècle ou à une période, vous voyez, ou à un seigneur ou à un curé. Et chacun de ces petits papiers, donc, il les réutilisait ensuite dans le dictionnaire. Combien de paroisses au total apparaissent, Marguerite Guéli, dans ce dictionnaire de Poulbrière ? Autant de paroisses qu'en Corrèze. Je ne suis pas du tout bonne pour les chiffres. Sur quoi Jean-Baptiste Poulbrière met-il prioritairement l'accent : le bâti sacré, les personnalités issues de la paroisse, son histoire, les légendes, les traditions ? Où est-ce qu'il reste davantage dans le cœur de son métier, le religieux, le patrimoine sacré ? Il reste dans le religieux. Il reste dans le religieux et d'autre part, il est à une époque où l'Église catholique est fortement attaquée par la Troisième République. Et il a donc un peu la tâche de défendre un patrimoine qu'il juge menacé. Surtout quand il s'agit de couvents ou quand il s'agit d'ordres religieux enseignants. Marguerite Guéli, je cite tome 1, page 94, la paroisse de Bassignac-le-Bas. Deux points, où on voit les guillemets. « Petites paroisses, petits bourgs, bonnes gens, bon renan. Quelques villages se distribuent au bord de la Dordogne-Rive-Gauche. Quelques autres s'aventurent sur les hauteurs, au risque d'y rencontrer l'argent et les brouillères. Bassignac fait suite à Altillac, mais avec moins de vallées, moins de soleil, moins d'horizon. C'est la suite au nord et la suite à l'étroit. » Poulbrière a aussi un don, c'est celui de l'observation incontestablement. Oui, pour cette région-là. C'est-à-dire qu'il connaissait très bien la contrée. Il passait les vacances scolaires en visitant les greniers et en demandant aux gens de lui donner des documents. Alors, il a ramassé dans la poussière une quantité incroyable de documents, effectivement. Si vous voulez, il connaît très bien la contrée. C'est son coin parce que Servière est en Saint-Yrieix et toute cette région à l'est de la Dordogne, il la connaît très bien. En revanche, la région de Brive, ce n'est pas du tout son domaine. Vous avez appris des choses en lisant le dictionnaire de Poulbrière ? Bien sûr, j'ai surtout appris des choses en lisant ses notes parce qu'il est loin d'avoir mis tous les renseignements que ses curés lui donnaient. Oppidum, le podcast. Vous écoutez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. L'abbé Poulbrière, Marguerite Guéli, s'éteint le 20 janvier 1917 à Beaulieu-sur-Dordogne. Y a-t-il eu dans le Bas-Limousin d'autres Poulbrière, j'allais dire, qui lui ont naturellement succédé après sa mort ? Et qu'est-ce que son œuvre a laissé aujourd'hui ? Alors il s'est occupé, lui, nettement de l'histoire religieuse de la Corrèze. Il a écrit un livre qui s'appelle « L'histoire du diocèse de Tulle ». Le diocèse de Tulle, Brive, n'en fait partie qu'à partir de la Révolution et même de la Restauration. En fait, il est très branché sur l'histoire religieuse de la région de Tulle. Il s'y connaît beaucoup moins pour tout ce qui est Brive, disons tout l'arrondissement de Brive. Il a des concurrents, d'abord des concurrents qui sont beaucoup plus ferrés que lui au point de vue féodal, au point de vue de l'histoire médiévale, et en particulier un sieur Champval, Jean-Baptiste d'ailleurs, comme lui, Jean-Baptiste Champval, qui le déteste vraiment franchement, tous les deux, il ne s'aime pas du tout, et qui s'occupe, lui, comme il sait lire les textes anciens, et en particulier les parchemins en latin, ce que Poulbrière ne sait pas trop faire, ce n'est pas son domaine. Champval est beaucoup plus branché sur ce qui est l'histoire féodale, l'histoire du Moyen-Âge, en somme, l'histoire féodale du Limousin. Marguerite Guéli, le travail dantesque, je le répète, effectué par l'abbé Poulbrière, reste aujourd'hui inégalé. Aucun historien, professionnel ou amateur ne s'est lancé dans cette aventure ? — C'est impossible de faire un dictionnaire de toutes les paroisses de la Corrèze. C'est pas possible. On a trop de renseignements. Ça ferait des volumes. Chaque paroisse mérite à être toute seule un volume de 500 pages. Donc il est hors de question d'essayer de faire ce que d'ailleurs un de nos anciens présidents avait essayé de faire, c'est-à-dire de compléter en donnant d'autres renseignements sur chacune de ces paroisses. C'est complètement impossible vu les techniques actuelles qu'on a et puis aussi les documents qu'on a qui sont maintenant accessibles sur Internet et qui étaient totalement impossibles pour l'abbé Poulbrière. Donc, si vous voulez, on peut faire l'histoire de chacune des communes de la Corrèze, parce que maintenant c'est des communes, c'est plus des paroisses, mais ça suppose un travail colossal. Marguerite Guéli, en 1964, la société savante que vous présidez aujourd'hui, la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, décide de rééditer les trois tomes de ce dictionnaire. Alors c'est un succès. Les ouvrages sont aujourd'hui quasi introuvables. Est-ce que l'œuvre de Poulbrière bénéficiera un jour d'une troisième édition sous le patronage de la société que vous présidez ? J'ai peur que non, parce que nous ferions à la rigueur des éditions sur Internet, mais pas imprimées. Parce que la tâche est trop importante, trop coûteuse aussi peut-être ? C'est beaucoup trop coûteux et actuellement les gens n'achètent plus de livres. Comprenez-vous que les trois tomes de ce dictionnaire des paroisses du diocèse de Tulle atteignent aujourd'hui des prix de vente à l'unité qui sont parfois particulièrement élevés ? Plus de 150 euros, parfois 200 euros, un des trois tomes de ce dictionnaire Poulbrière, et notamment cette série qui avait été rééditée en Corrèze en 1964 par la Société savante dont je faisais référence. Oui, c'était essentiellement le troisième tome, parce que lui, il n'avait pas du tout été édité. Autrement dit, c'était quand même une nouveauté. Oui, c'est très cher. Mais effectivement, tout ce qui est littérature régionale, régionaliste, tout ce qui est histoire régionale, ça a atteint des prix incroyables. Je suppose qu'on n'avait pas dû faire un tirage extraordinaire. Comment faut-il lire ce dictionnaire ? Il faut papillonner au fil des pages ou alors le livre dans son intégralité, le découvrir dans son intégralité ? Parce qu'il y a une somme d'informations qui est juste colossale sur la Corrèze. Oui, absolument. Vous avez le même type dans tous les départements. À la même époque, vous avez à peu près le même type de dictionnaire. À peu près tous les curés ou tous les évêques ont nommé un chanoine qui était, lui, justement, l'historiographe du diocèse et qui, en général, fait des œuvres aussi considérables. Alors évidemment, on peut papillonner et on peut aussi simplement le consulter. Comment expliquer qu'à cette époque, Marguerite Guéli, les curés des paroisses, notamment au monde rural, étaient des gens qui étaient curieux de nature, s'intéressaient à une profusion de choses, l'archéologie, notamment les plantes, les légumes. Je fais référence ici au célèbre jardin de curés dans lesquels on trouvait des fleurs que l'on ne trouve plus aujourd'hui, notamment dans les jardins des presbytères ou ailleurs, comment expliquer cette soif de connaissances que ces gens-là avaient dans les paroisses qui étaient parfois très reculées au plus profond de la campagne ? Alors ça se passe quand ? Ça se passe au début de la Troisième République. Ça se passe à une époque où l'Église se sent franchement menacée par les députés, enfin disons le gouvernement, étant donné qu'à partir de 1877, c'est carrément un gouvernement assez anticlérical. Il y a donc dans chaque village, il y a deux personnalités dans chaque commune. Il y a le curé et il y a l'instituteur. Et tous les deux, ils vont essayer de faire la même chose, c'est-à-dire essayer de faire l'histoire de leur paroisse ou de leur commune et dans un but qui est visiblement un but quand même de propagande. Il s'agit de montrer soit que l'Église a été puissante et riche et que c'était beaucoup mieux dans le bon vieux temps, soit si vous êtes un instituteur, de montrer le contraire, que les pauvres malheureux étaient obligés de taper dans les fossés des seigneurs parce qu'il fallait arrêter les grenouilles de chanter, et ainsi de suite. Donc dans chaque commune, il y avait le curé et l'instituteur qui faisaient chacun leur histoire. Le curé a un avantage, c'est le latin. Tandis, il peut utiliser les textes du Moyen-Âge. Tandis que l'instituteur, lui, est plus gêné de ce côté-là. Je vous ai posé précédemment la question de savoir s'il y avait d'autres Poulbrière en Corrèze. Vous parlez de Champval. Ah ben oui, Champval, c'était vraiment un érudit. Alors lui, il a écrit d'une façon épouvantable. Il a écrit une sorte de dictionnaire des familles nobles et notables, et d'autre part, une sorte de dictionnaire aussi des paroisses. Mais alors tout en résumé, parce que lui, il ne voulait pas que l'édition lui coûte trop cher. Donc c'est incompréhensible pour le lecteur moyen. Est-ce que, dans le cadre de vos pérégrinations au sein de la société savante corrézienne, vous évoquez souvent la vie et l'œuvre de Poulbrière ? Est-ce que ça reste un sujet d'actualité plus de 100 ans après ? On l'a fêté en 2017. Il y avait d'ailleurs sa famille, enfin pas lui, mais il avait des frères et sœurs, donc il y a des descendants. On l'a fêté donc en 2017. C'était l'anniversaire de son décès. Donc il reste encore bien présent bien entendu et puis beaucoup de gens commencent par lui quand on veut étudier l'histoire d'une commune il faut commencer par lui retrouvez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin sur toutes les plateformes de podcast et sur oppidum-podcast.fr réécoutez l'ensemble des podcasts, découvrez des articles exclusifs l'iconographie des thèmes abordés et les bibliographies oppidum-podcast.fr

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