Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin

02 - Les Gaulois de Tintignac

6 septembre 2021 · 17 min

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<p>&nbsp;<strong>Du 2e siècle avant Jésus-Christ au 5e siècle après Jésus-Christ, Tintignac près de Naves s’impose comme un ensemble monumental à l’époque gauloise. Deux millénaires plus tard, des archéologues vont y mener des fouilles et y découvrir des objets uniques au monde… Une opportunité exceptionnelle pour mieux connaître la civilisation gauloise. Mais Tintignac a-t-il livré tous ses secrets ?</strong></p> <p>Le lieu-dit Tintignac est situé sur la commune de Naves, près de Tulle, en Corrèze. Il est connu depuis longtemps des Corréziens mais va connaître une renommée internationale, dès le début des années 2000, grâce à une campagne de fouilles qui va notamment mettre à jour des carnyx et ces casques zoomorphes.&nbsp;</p> <p>Tintignac a eu deux vies : la première sous l’impulsion des Lémovices gaulois, la seconde sous l’impulsion des Romains. Situé à proximité d’un chemin protohistorique, le site Tintignac s’est progressivement développé sur plusieurs hectares avant d’être abandonné à la suite d’un incendie qui sellera définitivement la fin de ce sanctuaire monumental.</p> <p><strong>Des arènes et des spectacles&nbsp;</strong></p> <p>La toponymie de Tintignac pourrait indiquer que ce lieu-dit appartenait à grand propriétaire terrien gallo-romain, probablement le domaine de Quintinus, terme qui a évolué par la suite à Tintignac.</p> <p>"<em>Les premières mentions de Tintignac remonte aux XIe et XIIe siècle</em>" précise Christophe Maniquet, archéologue à l’INRAP. On les doit à Geoffroy de Vigeois qui ne mentionne pas le lieu exact mais seulement l’intérêt archéologique du site. En 1633, Bertrand de Latour évoque les Arènes de Tintignac (les parcelles du site portent le nom des Arènes. Puis, Etienne Baluze évoque le site en lui donnant le nom des Arènes de Tintignac : "<em>un théâtre plutôt qu’un amphithéâtre</em>" précise l’archéologue : "<em>un édifice de spectacles</em>".&nbsp;</p> <p>Tintignac, implanté sur un point dominant, visible de très loin, se situe à proximité d’un grand itinéraire qui allait de la Narbonnaise à l’Armorique et qui traversait tous les districts miniers du Limousin. "<em>Cela deviendra la route des Métaux</em>" rappelle Christophe Maniquet.</p> <p><strong>Un lieu d’abord sacré</strong></p> <p>Le sanctuaire voit le jour au milieu du IIe siècle avant notre ère. Le site va évoluer, être modifié, agrandi et métamorphosé progressivement jusqu’à la fin du IIIe siècle de notre ère. Au début, ce sont les Gaulois qui développent Tintignac : "<em>Il est au cœur de la Corrèze actuelle. La Corrèze pouvait appartenir à un pagus c’est-à-dire à une subdivision de la tribu gauloise des Lémovices et cela (Tintignac) pouvait être le cœur vital de ce pagus</em>".</p> <p>Grâce aux découvertes de Christophe Maniquet et de son équipe, il est possible d’imaginer à quoi ressemblait la vie des Gaulois de Tintignac : "On sait que les pratiques essentielles étaient liées aux sacrifices d’animaux pour les divinités. Les hommes tenaient de grands banquets dans l’espace sacré. Et pour les armes retrouvées ? "<em>On peut imaginer que certaines appartenaient à des ancêtres prestigieux et ces objets étaient plus ou moins sacrés</em>".</p> <p><u>Les légendes</u> :</p> <p>FIG13</p> <p><em>À Tintignac, les archéologues vont notamment mettre au jour des carnyx gaulois : une trompe de guerre dans un remarquable état de conservation. Une découverte unique en Europe © INRAP</em></p> <p>Musique : Jonathan Marty-Wagner</p> <p>Production : Podcast&amp;Radio House</p>
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Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Du deuxième siècle avant Jésus-Christ au cinquième siècle après Jésus-Christ, Tintignac près de Naves s'impose comme un ensemble monumental à l'époque gauloise. Deux millénaires plus tard, des archéologues vont y mener des fouilles et y découvrir des objets uniques au monde. Une opportunité exceptionnelle pour mieux connaître la civilisation gauloise. Mais Tintignac a-t-il livré tous ses secrets ? Christophe Maniquet, vous êtes archéologue à l'INRAP. Que peut nous apprendre d'abord la toponymie de Tintignac ? Alors, Tintignac, en fait, c'est le nom d'un village qui se trouve à 800 mètres du site archéologique et c'est un nom qu'on a très vite associé à ce site, même si on ne sait pas trop pourquoi. Le premier, c'est Étienne Balluse qui associe les découvertes archéologiques au village de Tintignac. C'est comme tout cet onyme limousin ou plus au sud qui se termine en aque qui indique la possession d'un terrain appartenant à un grand propriétaire terrien. Les premières mentions de ce nom remontent au XIe, XIIe siècle. On parle de Quintignac, donc peut-être le domaine de Quintinus, un riche propriétaire terrien peut-être gallo-romain. Ma question est peut-être malvenue, mais à l'époque, Christophe m'a indiqué, Tintignac s'appelait-il Tintignac ? Probablement pas. On a les premières mentions au XIIe siècle par Geoffroy de Vigeois, qui stipule la découverte de vestiges et de mobiliers archéologiques dans le secteur, mais il ne mentionne pas le nom du site. Les premières mentions, ça va être avec Bertrand de Latour en 1633, qui va parler des arènes, en fait. Il parle déjà à ce moment-là des arènes et c'est encore le micro-toponyme actuel. Les parcelles s'appellent les arènes. C'est avec Étienne Balluse au début du XVIIIe siècle qu'il va appeler ça Tintignac, qu'il va associer ça à Tintignac et on va appeler le site par extension les arènes de Tintignac. Pourquoi ce site a-t-il été choisi par les Gaulois ou alors avait-il été déjà choisi bien avant cette implantation gauloise ? Alors on connaît la présence de sites plus anciens, de la période néolithique, des choses comme ça. Mais à Saïpard, on sait qu'en particulier, on a un grand itinéraire qui traverse tout le Limousin, qui allait visiblement de Narbonnaise en Armorique, qui traversait tous les districts miniers du Limousin en particulier, qui deviendra ce qu'on appelle la route des métaux, qui est probablement un grand itinéraire commercial. Et c'est à proximité de cet itinéraire que le sanctuaire va s'installer sur un point dominant, il va être visible de très loin. Et on sait qu'en général, ces sanctuaires sont assez dominants dans le paysage. Alors, on va revenir dans quelques instants sur la position, Christophe Maniquet, du site de Tintignac, mais on s'y intéresse finalement depuis une histoire pas contemporaine, mais quand même depuis récemment, on s'y intéresse depuis le XVIIe siècle, avant peu ou pas d'informations, vous l'avez souligné, et effectivement, on parle des arènes de Tintignac, c'est-à-dire qu'il y avait une arène sur le site de Tintignac, un colisée, une sorte de colisée. Voilà, c'est ce qu'on a imaginé très longtemps, en fait, parce qu'il devait émerger encore des murs, des maçonneries, qui devaient prendre une forme elliptique. Et donc, on a considéré très tôt, dès le XVIIe siècle en tout cas, et peut-être même avant, comme des arènes. Il s'est avéré, après les fouilles, et surtout à partir d'Ernest Breton en 1840, qu'on avait affaire plutôt à un théâtre qu'à un amphithéâtre. Donc, on n'est pas dans un lieu où on a des combats de gladiateurs, tout ça, mais c'est vraiment un édifice de spectacle où on pouvait avoir toutes sortes de représentations scéniques. Peut-être des combats d'animaux, on ignore en fait ce qui s'y passait. Mais en tout cas ce théâtre s'intégrait vraiment dans un ensemble monumental à caractère religieux à l'époque romaine. Est-ce qu'on connaît, Christophe Maniquet, la date plus ou moins précise de l'implantation de ces Gaulois qui appartiennent à la tribu désormais fort connue en Limousin qui est la tribu des Lémovices ? Alors la date d'implantation, d'après ce qu'on a nous découvert sur le site de Tintignac, on peut faire remonter la première occupation ou la première construction du sanctuaire au milieu du IIe siècle avant notre ère. Ce sanctuaire gaulois qui est construit enterré en bois va évoluer jusqu'au tournant de notre ère et à partir de là, il va être modifié, métamorphosé, agrandi progressivement dès le début de notre ère jusqu'à la fin du IIIe siècle de notre ère, à l'époque romaine. Et donc, le premier temple, le premier sanctuaire va se doter d'un temple et d'autres édifices très importants qu'on est petit à petit en train de mettre en évidence. Parce que ce sanctuaire, Christophe m'a indiqué, est à proximité d'un gisement minier ? Parce que topographiquement, il offre en tous les cas un panorama qui offre indirectement une relative protection ? C'est ça, et puis surtout une vision de très loin. Peut-être qu'il domine, en fait, il protège peut-être tous ceux qui ont une vision directe sur ce sanctuaire. Et en tout cas, il semble que d'un sanctuaire à l'autre, on est des co-visibilités, comme on appelle ça, et donc un point dominant à proximité d'un itinéraire et peut-être de plusieurs itinéraires importants, c'est probablement la raison principale de l'implantation de ce sanctuaire à cet emplacement-là. Il est au cœur de la Corrèze actuelle, la Corrèze qui pouvait appartenir à un pagus, c'est-à-dire une subdivision de la tribu gauloise des Lémovices, et ça pouvait être le cœur, en fait, peut-être le cœur vital de ce pagus. Lorsque vous parlez, Christophe Maniquet, de co-visibilité, ça permet d'envoyer des signaux visuels entre les différents sanctuaires ou pas ? Il pourrait y avoir des signaux visuels, il pourrait y avoir des signaux sonores, toutes sortes de choses qu'on ignore encore aujourd'hui et dont on aura du mal à faire la preuve. Il s'agit d'un sanctuaire, vous l'avez dit, mais quelle divinité est mise en avant sur ce sanctuaire ? Alors le problème des sanctuaires, que ce soit pour l'époque gauloise comme pour l'époque gallo-romaine, c'est qu'on n'a généralement pas de traces de ces divinités. Il faudrait trouver pour ça des inscriptions ou des représentations qui soient suffisamment parlantes et suffisamment caractéristiques. Des toponymes aussi peut-être à proximité ? Il pourrait y avoir des toponymes à proximité. On n'a rien, en fait, vraiment pour définir quelle était la divinité honorée sur le sanctuaire de Tintignac. On peut cependant, à partir du mobilier qu'on a pu découvrir, imaginez qu'on avait affaire à une divinité à caractère guerrier, caractère martial, qui pourrait être repris par la suite, lors de l'évolution du sanctuaire à l'époque romaine, à un temple dédié peut-être au dieu Mars, qui pourrait être associé lui-même à l'empereur romain. Il faut savoir que ces grands sanctuaires qu'on retrouve en milieu rural en Gaule sont souvent associés au culte impérial. Alors en 2001, Christophe Maniquet, une équipe de l'INRAP que vous dirigez, engage de nouvelles fouilles. Où et quoi cherchez-vous ? Et puis surtout, qu'allez-vous découvrir ? Alors surtout, on essaye de vérifier l'exactitude d'un plan qui a été dressé en 1884, à suite de plusieurs fouilles menées en 1842, 1846, 1847 et 1884. Et donc, un plan qui représente quatre édifices, mais ces vestiges ont été complètement rebouchés, remblayés après les fouilles. Et donc, ce plan était largement contesté et remis en question. Donc, on a commencé en janvier 2001 en faisant des sondages à l'appel mécanique pour vérifier l'exactitude de ce plan. Donc, on s'est aperçu que les quatre bâtiments découverts alors existaient réellement. Et donc, dès l'été 2001, on a commencé à se porter sur le bâtiment le plus à l'ouest, celui qu'on considérait être le temple qui a été appelé les boutiques au 19e siècle et sur lequel on semblait avoir plusieurs états d'occupation successifs. Vous allez y trouver des objets militaires et religieux à la fois ? C'est-à-dire que sous le temple romain, on a retrouvé les traces en creux d'un sanctuaire gaulois qui était cerné par une palissade de bois. Il y avait un bâtiment à l'intérieur de cet espace sacré. Et dans l'angle de cette plateforme sacrée de l'époque gauloise, on a retrouvé effectivement une petite fosse avec des objets extraordinaires dont la plupart ont un caractère guerrier. Comment ça se passe quand on est archéologue, une découverte d'une telle ampleur ? Alors déjà on ne s'y attend pas forcément, on sait qu'on est sur un site important, qu'on est sur un site cultuel, mais c'est vrai que quand on met au jour les premiers éléments métalliques, on sait que ça existe ce genre de dépôt, on n'en connaît pas mal, souvent trouvés au XIXe siècle dans des contextes mal cernés, et là c'était la première fois qu'après avoir reconnu le sanctuaire romain, puis dessous le sanctuaire gaulois, on a mieux compris dans quel contexte s'intégrait en fait cette petite fosse dans laquelle on a rejeté tous ces objets. Alors vous allez y trouver, pour être plus concret, des casques dits fabuleux, c'est en tous les cas le qualificatif que vous accrochez au mot casque, et puis des carnyx qui sont donc des sortes de grandes trompettes verticales qui sont en bon état lorsque vous les découvrez ou pas ? Alors il faut savoir qu'il y a une pratique qui se fait régulièrement chez les sanctuaires gaulois et même plus tardivement, c'est le sacrifice des objets. C'est-à-dire que ces objets appartiennent visiblement à la divinité et on les mutile, on les abîme, on les casse volontairement, on les écrase, on leur met des coups d'outils, on les fond, on les transperce dans tous les sens pour enlever leurs valeurs matérielles et laisser ces objets-là sur le territoire dédié à la divinité. Les mois passent, mais est-ce que vous arrivez à reproduire le son typique d'un carnyx gaulois ? Est-ce que vous y arrivez ? Alors, ça a été un travail de longue haleine. En fait, il a fallu déjà sur le terrain dégager les près de 500 fragments d'objets qu'on avait dans cette petite fosse, les dégager un à un comme un Mikado. Heureusement, on était aidé d'une restauratrice d'un laboratoire de Toulouse. Et donc, on avait des objets en fer, pas mal d'armes, des objets en bronze, vous l'avez dit, des casques, des carnyx on a également des fragments d'animaux en tôle de bronze dont un petit cheval presque complet on a des cuirasses des pectoraux et dorsaux qui sont assez étonnants parce que tout ça c'est des objets qui ne sont pas forcément contemporains dans le temps, on peut avoir des objets qui peuvent remonter au 5e, 6e siècle avant notre ère et pour en revenir aux carnyx en fait il a fallu déjà dégager tous ces objets les restaurer, et après avoir restauré ces objets, pouvoir assembler les différents fragments pour essayer de reconstituer un carnyx depuis une extrémité jusqu'à l'autre, c'est-à-dire depuis l'embouchure où on soufflait dans la trompette, jusqu'au pavillon, et la caractéristique du carnyx, c'est de se terminer au niveau du pavillon par une gueule d'animal grande ouverte. Donc après avoir reconstitué l'un des carnyx les plus complets et les mieux conservés, on s'est rapproché de Jean Boissery, qui est un dinandier corrézien et qui a refait pour nous un carnyx au plus près des mesures qu'on a pu repérer sur l'objet original et donc c'est seulement à partir de ce moment là qu'on a pu tenter de faire de nouveaux tests au niveau acoustique et les capacités sonores d'un tel instrument. Vous écoutez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. Christophe Maniquet, je rappelle que vous êtes archéologue à l'INRAP. Que nous apprennent ces objets sur la vie des Gaulois sur le site de Tintignac ? Est-ce qu'on peut imaginer des scènes de vie avec le recul grâce à vos découvertes ? Alors on peut imaginer effectivement certaines scènes qui ont été réalisées sur le sanctuaire de Tintignac lui-même. On sait que les pratiques essentielles c'était le sacrifice d'animaux pour la divinité et ces animaux sacrifiés étaient partagés entre les hommes et les divinités et que les hommes pratiquaient de grands banquets dans l'espace sacré en fait et partageaient ces animaux sacrifiés, ces portions d'animaux sacrifiés avec les divinités. Donc ça c'est une première partie. Ensuite ce qui est intéressant c'est que par rapport aux carnyx qu'on a pu retrouver et toutes les armes, on peut imaginer qu'elles étaient stockées sur le sanctuaire, certaines étant beaucoup plus anciennes que d'autres, on peut imaginer que certaines appartenaient à des ancêtres prestigieux et ces objets étaient plus ou moins sacrés, on les transportait avec soi, on les a amenés jusque sur le sanctuaire. Donc il y a toute une pratique comme ça qu'on cerne difficilement, qu'on a du mal à comprendre, ça ne nous permet pas de comprendre forcément la vie quotidienne des gens aux alentours, même si on commence à avoir une vision un peu partielle de l'occupation à proximité du sanctuaire. Mais voilà, ça amène pas mal d'informations par rapport au carnyx. On a la preuve en fait que ces trompes sont bien des trompes de guerre, telles qu'elles sont décrites par Polybe et Diodore de Sicile, qui nous les mentionnent sans nous les décrire et qui nous disent qu'elles font un son impressionnant et qu'elles sont censées impressionner l'ennemi lors de l'assaut guerrier. On n'en avait jamais trouvé auparavant ? Alors on en connaissait quelques fragments seulement en Europe. On en connaît en Allemagne, en Angleterre, en Italie un peu. On va dire une dizaine de fragments, alors que dans le dépôt de Tintignac, on a cette trompette presque complète. Même si elles ont été sacrifiées ou cassées, on avait peu d'éléments. Donc en fait, c'est la première fois qu'à l'échelle européenne, on a une telle découverte. Qu'est-ce qui provoque, Christophe Maniquet, l'abandon brutal ou alors progressif du site de Tintignac ? Alors, il y a deux abandons, on va dire, successifs. Je vous le disais, le sanctuaire gaulois a été mis en place, on va dire, vers le milieu du deuxième siècle avant notre ère. Et au tournant de notre ère, il y a une grosse modification du sanctuaire, c'est-à-dire qu'il semble qu'on sache que le sanctuaire va être complètement transformé, que les anciens objets cultuels deviennent obsolètes et c'est peut-être à ce moment-là qu'on va les enterrer dans le sanctuaire et il va être construit sous une forme différente dès le début de la période romaine. Et donc le sanctuaire va continuer à vivre sous une autre forme avec des bâtiments construits, des bâtiments maçonnés, des toitures de tuiles. On a quatre édifices au moins, dont un théâtre et deux autres édifices qui sont plus difficiles à interpréter. On a même découvert en 2018 des thermes à l'entrée du sanctuaire romain. Et donc à la fin du IIIe siècle de notre ère, au moins trois des quatre bâtiments identifiés en 1884 seront détruits par un incendie et le site ne sera jamais réoccupé. Parfois on a des réinstallations sur les sanctuaires gallo-romains d'églises ou d'édifices religieux chrétiens. Là, pas du tout. Dès la fin du IIIe siècle, une grande partie du site est abandonnée et ne sera jamais réoccupée. Où peut-on découvrir aujourd'hui les objets que vous avez trouvés sur le site de Tintignac ? Alors, ils ont été, après une longue période de restauration et d'études, livrés au musée de Saran, en Corrèze, en attendant un espace de dévolution définitif, qu'on espère au plus près du site archéologique. Qu'est-ce qu'il reste à fouiller ou à trouver sur le sanctuaire de Tintignac ? Autrement dit, est-ce que Tintignac, Christophe Maniquet a livré tous ses secrets ? Oh, loin de là, loin de là. C'est vrai que pour la période gauloise, on a cerné une bonne partie du sanctuaire gaulois. Pour la période gallo-romaine, c'est encore pire dans la mesure où on n'a que le plan de 1884 avec les techniques de l'époque. Donc, il y a toute une partie des connaissances archéologiques actuelles qu'on n'a pas acquises à l'époque. Et puis, on a, comme je vous le disais, les thermes qui ont été découverts récemment, tout ça. Donc, il y a au moins les bâtiments qu'on visualise. Donc, notre nouvelle façon de procéder actuellement, c'est plus de creuser et d'ouvrir, parce qu'on a arrêté les fouilles en 2012. C'est de procéder avec de nouvelles méthodes, méthodes actuelles, c'est-à-dire le géoradar principalement, qui permet de voir les vestiges en sous-sol sans creuser. Donc, bien sûr, on n'a pas toutes les informations, on n'a pas le mobilier archéologique, on n'a pas les datations, on n'a pas les différentes phases d'évolution du sanctuaire. Mais on commence à cerner toute l'occupation en périphérie, en tout cas pour la période romaine, en périphérie du sanctuaire gaulois et gallo-romains. Et c'est une périphérie qui est vaste géographiquement, elle s'étend sur une soixantaine d'hectares ? Alors voilà, on est passé par toutes les étapes, effectivement, parce qu'il y a une occupation qui est assez dense, on va dire, autour du sanctuaire, mais qui est adaptée à la topographie. On a très vite associé des points assez distants dans une même entité dont on a fait une agglomération. Certains parlent de 60 hectares, d'autres de 15 hectares, pour l'instant moi je serais beaucoup plus limité à quelques hectares seulement, 3, 4, 5 hectares, et en faire une agglomération effectivement qui évolue principalement à l'époque romaine, sachant qu'à l'époque gauloise, on a ce sanctuaire et des fermes qui sont dispersées sur les bons versants alentours. Retrouvez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin, sur toutes les plateformes de podcast. Et sur oppidum-podcast.fr, réécoutez l'ensemble des podcasts. Découvrez des articles exclusifs, l'iconographie des thèmes abordés et les bibliographies.

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