Podcasts · Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin
01 - Neandertal : le premier Corrézien
31 août 2021 · 15 min
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Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin. C'est une histoire très ancienne, elle s'étend sur une période comprise entre 300 000 et 40 000 avant notre ère. C'est le paléolithique moyen. Pour être encore plus précis, on parle de l'âge du moustier qui renvoie à la période dite du moustérien. C'est à cette période que l'on croise l'homme de Néandertal. Il habita le Bas-Limousin, comme en témoigne une découverte exceptionnelle réalisée en 1908. La découverte du premier Corrézien. Roselyne Mons, vous êtes la directrice du musée de l'homme de Néandertal, implanté à la Chapelle-aux-Saints. Alors le 3 août 1908, les frères Buissoni découvrent un squelette dans une grotte appelée la Bouffia Bonneval. Dans quelles conditions se déroule cette découverte exactement ? Les frères Buissoni sont prêtres et professeurs à Brive. Donc ils sont professeurs à ce qu'est aujourd'hui le collège Bossuet, l'ensemble scolaire Édmond Michelet. Ils s'intéressent à la préhistoire, ils ont de la famille à la Chapelle-aux-Saints. Ils viennent à partir de 1905 et en 1908, ils trouvent ce squelette. Comment se déroule cette découverte et qu'est-ce qu'ils trouvent concrètement, véritablement, ce squelette avec ce qui compose par définition un squelette ? Ils sont obligés de gratter quelques minutes, quelques temps, quelques jours ? Quelques années, parce qu'ils commencent à partir de 1905. Il faut savoir que les frères Buissoni ont beaucoup fouillé autour de Brive. À Brive, on est sur un sol qui est du grès. Le grès, c'est acide. Donc, on ne retrouve pas de reste phonique ou anthropique. Ils retrouvaient beaucoup de silex. Et ils sont arrivés à la Chapelle-aux-Saints, ils ont été un petit peu surpris parce qu'ils ne s'attendaient pas forcément à trouver des restes d'animaux ou d'hommes. Ils avaient l'habitude de trouver, ce que je viens de dire, des outils. Et malheureusement, si on peut dire, ils ont trouvé le crâne au bout de leur pioche. Comment expliquer le bon état de conservation de ce squelette ? Parce qu'à la Chapelle-aux-Saints, c'est l'inverse de Brive. On est sur un sol argileux, donc ça veut dire que ce n'est pas acide, contrairement au grès. Et ça a protégé le squelette. Et l'autre chose, c'est que c'est une sépulture. Alors le paléoanthropologue, il s'appelle Jean-Louis Aimé, pour corriger si je me trompe, le paléoanthropologue, pour être plus précis, nous apprend que l'homme de la Chapelle-aux-Saints était grièvement handicapé. Il le sait de sa physionomie qu'il a étudiée ? Oui, alors Jean-Louis Aimé était aussi médecin de formation. Donc c'est comme ça qu'il a vu qu'il avait, de manière simple, une subluxation congénitale de la hanche. Ça veut dire qu'il boitait depuis son plus jeune âge. Et ça, c'est très important parce que le fait qu'il ait vécu aussi longtemps, l'homme de la Chapelle-aux-Saints est vieux. Chez nous, on l'appelle le vieillard de la Chapelle-aux-Saints. Ça veut dire qu'on s'est occupé de lui. On l'a aidé à marcher, à chasser, à trouver sa nourriture. Et ça, ça nous en dit vraiment très long sur les Néandertaliens. Est-ce que les scientifiques, Roselyne Mons, ont pu chiffrer l'âge de son décès ? Alors, jusqu'à présent, on disait entre 50 et 60 ans. Mais il faut savoir qu'il y a des études qui sont en cours qui vont peut-être changer un petit peu. Mais 50 ou 60 ans, c'est énorme pour l'époque. Ça veut dire qu'il a quasiment vécu deux ou trois fois plus longtemps que le commun des mortels de l'époque. Et ça, c'est impressionnant du coup. Alors, il avait certes un problème à sa hanche, vous nous l'avez dit. Je crois qu'il avait un orteil d'écrasé. Il était assez mal en point. Il avait plus de deux dents, me semble-t-il. Voilà ce qu'on a réussi à trouver. Il a un problème de cervicale aussi, me semble-t-il. Enfin, il n'était pas en très, très bonne santé. Il n'était pas en très bonne santé. Alors, pas en très bonne santé, mais il faut se remettre en contexte, déjà pour l'époque et pour son âge, il avait aussi de l'arthrose par exemple, typique de la vieillesse, mais je réinsiste dessus, ça veut dire qu'on s'est occupé de lui, et c'est peut-être le fait qu'il était handicapé, qu'il l'a protégé aussi, parce qu'il ne partait pas chasser, donc il faut savoir qu'à cette époque-là, le taux de perte, si je peux dire, à la chasse, c'était assez important, donc le fait qu'il n'ait pas pu chasser, c'est peut-être aussi ce qui l'a protégé du coup. Alors on va revenir sur cette notion de sociabilité parce que vous avez raison, elle est extrêmement importante. Mais est-ce qu'on est parvenu à dater précisément l'époque durant laquelle il a vécu au sud de Brive ? Ce que vous avez dit à peu près tout à l'heure, 50-60 000 à peu près. Donc vous me parlez de sociabilité. C'est très important parce qu'il faut savoir qu'au moment de la découverte, on cherchait ce que l'on appelle aujourd'hui le chaînon manquant. On ne l'a jamais trouvé. Mais pour Marcellin Boule, qui a étudié le squelette en 1909, il avait trouvé à la Chapelle-aux-Saints le chaînon manquant entre le singe et l'homme. Et si vous vous rappelez les représentations que l'on faisait de cet homme de Néandertal pendant une partie du XXe siècle, cette image que l'on avait, c'était un homme hirsute, chimiesque. C'est une sorte de pithécanthrope poilu. C'est ça, il était forcément inférieur à nous. En plus, il faut imaginer qu'au moment de la découverte, on était dans une période aussi coloniale. Donc, on avait aussi une vision caricaturée, on va dire, des autres espèces différentes de nous. Ça veut dire, Roselyne Mons, que cette découverte va, par voie de conséquence, provoquer une sorte de face à face entre ceux qui soutiennent la théorie de l'évolution, les darwinistes, et ceux qui se rapprochent et s'appuient sur des textes, on va dire, un peu plus bibliques. Oui, ça a été compliqué parce que les découvreurs sont des prêtres en plus. Donc, vous l'avez dit, Darwin, 19e siècle. Là, en plus, 1905, séparation de l'Église et de l'État. On est en 1908, donc un contexte relativement particulier. Et c'est vrai que ces hommes ont eu du mérite, parce que pour eux, ça ne l'a jamais posé de problème. Mais il faut penser qu'ils parlaient de choses qui étaient taboues à l'époque. Notamment au sein de l'Église. Au sein de l'Église. Et nous, ce que l'on dit un petit peu au musée, on insiste là-dessus, c'est que malheureusement, aujourd'hui, on revient un petit peu en arrière. On voit beaucoup de pays où il y a une recrudescence de tous ces mouvements créationnistes. Et donc ils ont vraiment eu du mérite pour leur époque du coup. Alors que sait-on précisément de cet homme de Néandertal, de ses mœurs, de sa vie quotidienne, de son espérance de vie ? Vous l'avez dit, pour celui-ci, pour l'homme de Néandertal, de la Chapelle-aux-Saints, cette espérance était quand même relativement élevée. C'était un chasseur-cueilleur avant l'heure où il avait d'autres modes de vie. En tous les cas, il avait dans sa ligne de mire la sépulture comme point final à toute vie. Apparemment, il avait compris déjà cette formulation. J'espère que je la formule bien, justement, cette formulation. Beaucoup de questions. Je vais essayer de répondre à tout. Oui, Néandertal était vraiment typiquement un chasseur-cueilleur. On est en plein dedans. On a aussi souvent caricaturé Néandertal. On vit dans un climat froid. Donc, on a pensé pendant très longtemps qu'il avait une nourriture hyper carnée, hyper protéinée. Aujourd'hui, on est un petit peu revenu là-dessus. Du coup, il y a des nouvelles recherches qui montrent qu'il mangeait aussi beaucoup de végétaux, contrairement à ce que l'on pensait avant. Et oui, vous avez mentionné les sépultures. C'est vraiment très important parce que... D'ailleurs, pardonnez-moi, mais est-on sûr qu'à la Chapelle-aux-Seins, il s'agisse d'une fosse sépulcrale ou alors tout simplement d'une grotte qui sert de maison d'habitation ? Alors oui, on en est sûr et là je peux l'affirmer catégoriquement, tout simplement parce qu'on a repris des fouilles entre 2007 et 2012 environ et l'équipe de fouilles a prouvé de manière irréfutable que c'était une sépulture. Il y a un article qui est paru dans le PNAS et qui a prouvé ça et là on est vraiment très fiers parce qu'jusqu'à présent, la Bouffia à Bonneval et beaucoup de sites avaient été fouillés avec des méthodes d'il y a 100 ans. Là, on a fouillé avec des méthodes modernes et on a prouvé que c'était vraiment une sépulture. Et ça, donc, ils ont réussi à prouver que la fosse était une fosse intentionnelle. Ça aurait pu être une bouge à ours ou n'importe. Donc, c'était une fosse intentionnelle. Ils ont prouvé aussi que le squelette était en connexion anatomique. Ça aussi, c'est important. La seule chose que l'on ne sait pas à la Chapelle-aux-Seins, c'est s'il y avait du matériel autour. Les abbés Buissonnié ont décrit du matériel. On a notamment décrit des restes de bovidés et des outils. Malheureusement, fouiller, c'est détruire. Aujourd'hui, on ne peut plus prouver qu'on était sur le même niveau archéologique. Mais il y a plusieurs sites qui ont été fouillés. Notamment, vous avez parlé tout à l'heure du Moustier. La Ferrassie et le Moustier ont été fouillés récemment. Pareil qu'à la Chapelle-aux-Seins, avec des méthodes modernes. Là aussi, on a prouvé que c'était des sépultures. Et même si on ne le trouve pas à la Chapelle-aux-Seins, sur toutes les sépultures d'à peu près la même époque, on voit des choses récurrentes : la position fœtale, la fosse, du pollen, de l'ocre, des outils. Même s'il n'y a pas tout ça à la Chapelle-aux-Seins, il y a quelques paramètres et qui nous permettent de prouver que c'est vraiment une sépulture. Un mot sur ce toponyme bouffia que l'on rencontre assez régulièrement. On peut le traduire par grotte, c'est ça ? C'est un toponyme occitan ou pas ? Donc nos locaux diraient une bouffia. C'est vraiment du patois local, ça veut dire un trou de renard. Parce que quand les abbés Buissonnié sont venus à la Chapelle-aux-Seins, c'était comme un terrier, c'était tout petit. Alors cette Bouffia Bonneval, à proximité de cette Bouffia Bonneval, on va y découvrir des silex. Et ce qui est intéressant d'après leur analyse, c'est qu'on en déduit qu'ils sont originaires de plusieurs sites coréziens, parfois même au-delà. J'ai noté par exemple que certains silex venaient d'un gisement à Puy-d'Arnaque, par exemple. Donc cet homme de Néandertal, il était aussi mobile, j'imagine, où il avait déjà instauré des échanges, peut-être pas commerciaux, mais en tous les cas des échanges avec ses homologues. On va dire échanges culturels, oui. Puy-d'Arnaque, vous avez raison, le silex est vraiment très particulier, il est très beau, on a justement quelques petits spécimens à la Chapelle-aux-Seins. Puy-d'Arnaque, c'est local, parce que justement, on a retrouvé des silex qui arrivaient de bien plus loin, notamment quasiment de Bordeaux et du Périgord. On a trouvé du silex du Bergeracois, par exemple. Effectivement, ces hommes étaient nomades. On parle, certains scientifiques ont travaillé sur la saisonnalité. On va dire qu'il faut imaginer, vous avez parlé de la Dordogne tout à l'heure, il faut imaginer que cet homme, il longeait la Dordogne pour aller, je le caricature de Bordeaux jusqu'au massif central. Pendant la belle période, on peut aller vers le massif central, vers la Corrèze. Et pendant les périodes de froid, donc quand il fait beaucoup plus froid, ça serait quasiment invivable dans cette partie-là. Donc on se rapproche de Bordeaux. Donc voilà, on va dire qu'ils suivaient déjà à l'époque la Dordogne. Et récupérer du matériel sur son chemin, par exemple. Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui, Roselyne Mons, que l'homme de Néandertal avait un comportement social qui était identique à Homo sapiens ? Ou alors, est-ce que c'est toujours la source de débats qui sont plutôt vifs sur ce thème ? Les débats, ils sont un petit peu moins vifs parce que depuis quelques années, justement, il y a eu beaucoup d'articles, de recherches, d'expositions qui ont tenté de réhabiliter l'homme de Néandertal, justement. Et aujourd'hui, c'est ce qu'on essaie de prouver dans le musée, justement, avec cette visite. C'est qu'on ne peut pas dire que Néandertal était inférieur à nous. Certes, il a évolué différemment, mais c'était quelqu'un qui était hyper adapté à son environnement. Donc, il n'était pas comme Sapiens, mais il n'avait pas forcément besoin de tout ce dont Sapiens avait besoin. Un petit exemple, par exemple, Sapiens a inventé le propulseur. Néandertal ne l'a jamais inventé. Ce n'est pas qu'il n'était pas capable, mais c'est tout simplement qu'il n'en avait pas besoin. Parce que sa morphologie lui permettait de chasser son propulseur, par exemple. Alors vous avez raison de souligner que depuis quelques années maintenant, on s'est beaucoup intéressé à cet homme de Néandertal. D'aucuns cherchent même la raison de sa disparition. Peut-être que vous avez des suspicions, des pistes. Pourquoi Néandertal disparaît-il apparemment assez brutalement pour certains, assez lentement pour d'autres ou, j'allais dire, normalement finalement ? Oui, alors entre brutalement, longuement ou pas, ça dépend. Il faut se remettre aussi à l'échelle de la préhistoire. Aucun scientifique n'a la réponse, donc moi je ne l'aurai pas plus qu'eux. On a beaucoup d'hypothèses qui changent régulièrement aussi en fonction de l'avancée des découvertes. Il y a des hypothèses dont on parlait beaucoup avant, dont on ne parle plus beaucoup aujourd'hui. Par exemple, c'est d'actualité les maladies. Pendant très longtemps, on avait parlé de maladies. Sapiens serait arrivée d'Afrique avec des maladies qu'il avait importées en Europe aujourd'hui. Donc là, ce n'est plus du tout accepté. D'autres hypothèses, oui, mais je vous laisse venir au musée pour en savoir plus. On peut toujours rêver, finalement, ou imaginer des potentielles découvertes, mais est-ce que c'est peut-être votre cas, Roselyne Mons ? Est-ce que vous pensez que d'autres grottes à la Chapelle-aux-Saints ou autour de cette zone qui est très touristique, autour de la rivière Dordogne, est-ce qu'on pourrait encore découvrir d'autres grottes qui pourraient abriter d'autres sépultures néandertaliennes ? Alors, des grottes ou pas, parce qu'il n'y a pas que dans les grottes qu'on trouve des restes. Nous, quand on a repris les fouilles entre 2007 et 2012, on a retrouvé des restes, d'autres individus. Alors, quand on dit reste, il ne faut pas imaginer qu'on a retrouvé un squelette. C'était principalement des dents, mais ça, c'était très important. Ça veut dire qu'il y avait d'autres personnes qui ont vécu aussi à ce moment-là, avant ou après, quand je dis à ce moment-là, à peu près la même période. Ça, c'est très important. Il faut savoir que des fouilles, ça coûte très cher, que quand on fouille, on fouille des parties très, très, très, très petites. Effectivement, oui, si on creusait rien qu'à peut-être 50 mètres de là, on trouverait autre chose. Mais voilà, on ne peut pas fouiller partout. Lorsque le visiteur Roselyne Mons entre dans ce musée de la Chapelle-aux-Saints, qu'est-ce qui l'interpelle prioritairement ? À la Chapelle-aux-Saints, le choix de la muséographie a été que toutes les visites sont guidées. Et c'est vraiment un choix. On privilégie vraiment la pédagogie, la vulgarisation, et vulgarisation au sens normes du terme. Et les gens qui viennent à la Chapelle-aux-Saints, on leur explique de manière très claire l'évolution humaine, la découverte. Et ils nous remercient souvent pour ça. On le fait de manière simple, je me répète. Mais dans beaucoup de musées, vous avez... Donc aujourd'hui, pour l'évolution, on parle de buissonnement, on parle d'arbres avec des branches un peu partout. Et nous, volontairement, la frise que l'on montre, elle a juste deux branches, Néandertal et Sapiens. On le fait de manière très simple pour qu'à la fin, les gens partent avec quelque chose. Et ils nous remercient pour ça. Et l'autre chose peut-être flagrante, là c'est plutôt pour les enfants, c'est qu'on voit la sépulture et elle n'est pas fermée par une vitre. On pourrait, en se penchant, quasiment la toucher. On a aussi des crânes sur une table que l'on peut toucher. Et les enfants aiment bien, parce que souvent on a l'idée du musée avec des vitrines, on n'a pas le droit de toucher. Et chez nous, sauf période de Covid, on a le droit de toucher et ils aiment bien aussi du coup. Retrouvez Oppidum, le podcast de l'histoire du Bas-Limousin, sur toutes les plateformes de podcast. Et sur oppidum-podcast.fr, réécoutez l'ensemble des podcasts. Découvrez des articles exclusifs, l'iconographie des thèmes abordés et les bibliographies.
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