Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

38-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 26/06/26

26 juin 2026 · 15 min

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Saison 3 - Roland 4/4 Faire de l'histoire ! C'est désormais tout l'enjeu du Comité des martyrs de Tulle. Et pour y parvenir, ce comité espère trouver un local où son ambition de faire sauter définitivement la chape de plomb, pourrait s'exprimer. Par ailleurs, en bonus dans ce numéro, vous entendrez le témoignage de Georges Cueille. Il a 99 ans aujourd'hui. Il en avait 17 en 1944. Il a fait parti des millier d'hommes raflés le 9 juin 1944 à Tulle.
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le quart d'heure corrézien. Aujourd'hui, c'est le dernier épisode de cette troisième saison de l'émission. Un épisode dans lequel nous allons terminer notre conversation entamée début juin avec Roland Gognon, le président du comité des martyrs qui nous a reçus à la médiathèque de Tulle pour évoquer avec lui ce qu'il s'est passé dans cette ville le 9 juin 1944, mais aussi comprendre les conséquences de cette journée d'horreur pour les habitants de la ville. Et désormais, nous en parlions dans le précédent épisode, le temps est venu de faire de l'histoire. Et pour cela, le comité des martyrs de Tulle espère bien créer un espace mémoriel dédié à ces événements. Parce que pour le comité, l'enjeu est clair. Maintenant, la chape de plomb qui a couvert Tulle et sa région durant des années, cette chape de plomb se doit d'être définitivement levée. Le quart d'heure corrézien, quatrième et dernier numéro avec Roland Gognon. C'est parti. Maintenant, on en est à l'histoire. Il n'y a rien de mieux pour rendre hommage et respecter nos martyrs que de raconter leur histoire pour justement permettre aux nouvelles générations de comprendre ce qui s'est passé et que leurs martyrs ne deviennent pas inutiles. Au contraire, qu'ils servent effectivement et qui permettent aux gens de pouvoir se raisonner et de travailler sur toute la paix. Et c'est ce qu'on veut, la paix avant tout. Mais la paix déjà en interne, j'ai envie de dire dans Tulle, dans le sens où il ne faut plus arrêter les jalousies qui ont pu naître juste après. J'imagine qu'elles sont tues ces jalousies aujourd'hui. Il y a eu des jalousies, bien sûr, mais ces jalousies ont duré au moins deux générations. Comme je l'ai expliqué tout à l'heure, fort heureusement, ça a considérablement diminué. Plus que diminuer, je ne vais pas dire que c'est inexistant mais enfin on pourrait les retrouver sur quelques personnes de ma génération mais nos enfants et petits-enfants fort heureusement ont servi de filtre faisant que donc jalousie et chape de plomb sont presque anéantis quoi, et tant mieux c'est nécessaire pour pour pouvoir promouvoir la paix, la sérénité, si on commence effectivement à créer des conflits, une fois de plus le conflit, en fin de la guerre. Alors qu'on vient la subir et on se bat contre ça. Alors, pour moi, d'ailleurs, quand j'entends justement des gens tenir de tels propos je m'insure j'essaie de leur faire comprendre que non seulement c'est pas le but du comité des martyrs mais que de tels propos n'ont rien à voir, n'ont rien à faire au sein du comité des martyrs voilà si vous aviez une baguette magique j'imagine que cet espace mémoriel verrait le jour dès demain problème, vous n'avez pas cette baguette magique — Je n'ai pas cette baguette magique, effectivement, car la baguette magique, si je l'avais, effectivement, elle me donnerait les moyens financiers pour réaliser cet espace. C'est en bonne voie je peux dire que c'est en bonne voie on avait fait on avait commencé avec la municipalité précédente à travailler sérieusement sur ce projet à débroussailler donc comme vous le savez il y a eu une nouvelle élection à Tulle j'allais pas quand même le lendemain de l'élection aller voir le nouveau maire Mais nous avons eu un entretien très récent avec le maire actuel où nous avons reçu un très, très bon accueil. Et je dirais qu'une chose, c'est qu'effectivement, on a expliqué au nouveau maire ce qu'on voulait faire, pourquoi on voulait le faire, pourquoi et comment. Et pourquoi on choisit ? C'est d'abord ce bâtiment-là, qui est le bâtiment de direction, ancien bâtiment de direction de la manufacture, mais qui a surtout une symbolique. Car au début de notre entretien, on parlait du tri, mais ça s'est passé très exactement là et pas ailleurs. Et donc évidemment, notre maire a été sensible à nos arguments. Alors il pouvait nous dire deux choses. Écoutez, on va voir plus tard, on en reparlera dans deux ou trois ans. C'était une option. Alors qu'il a eu une réaction tout à fait différente en disant, bon, écoutez, il faut que moi je m'en réimprègne, mais d'ores et déjà, nous rouvrons le dossier et on va se faire les réunions qui s'imposent. Donc, pour moi, c'est ô combien positif. Voilà. Ouf. Ouf. Enfin, je dirais complètement ouf quand les travaux auront au moins commencé. Mais déjà, j'ai... On avance. On avance. Positivement. Et vous l'avez compris, pour moi, c'est vrai que cet espace mémoriel, et je n'ai pas de gêne à le dire, au contraire, parce qu'une certaine fierté aussi... Enfin, j'allais dire, en plaisantant un petit peu, c'est mon bébé, c'est mon bâton de maréchal. Comme disait, je ne me rappelle plus qui, le commentateur de football, quand la France avait gagné en 98, il avait tiré Roland. Il disait, maintenant, je peux mourir tranquille. J'aurais presque la même expression. En ayant, et c'est vrai, en ayant cet espace mémoriel, pour nos martyrs, pour mon grand-père fondateur et pour tout le monde, et bien je crois qu'on aura fait une très très grande part. Merci beaucoup M. Gognon. Merci à vous. C'est donc ainsi que se referme ce quatrième et dernier épisode consacré à Roland, passeur de mémoire, mais je voulais aussi vous donner à entendre quelqu'un d'autre. Cet homme, c'est Georges Cueil et justement c'est Roland Gognon qui m'a permis de le rencontrer. Georges Cueil, c'est un Corrézien, il est originaire de Bassignac-le-Haut et cet homme de 99 ans aujourd'hui est l'un des derniers rescapés vivants de cette journée du 9 juin 1944. Je l'ai lui aussi rencontré à la médiathèque de Tulle parce que Georges Cueil est un artiste peintre notamment et en juin dernier, il exposait encore une partie de ses œuvres à Tulle. J'étais au pont de Souillac, et c'est là où j'ai vu pendre six jeunes gens, dont un qui a pu se délivrer, tapait sur la tête d'un Allemand, tombait dans la Corrèze, et j'ai vu les gens défiler, et j'ai même vu, tout à fait par chance d'ailleurs, par hasard, j'ai regardé ces gens défiler, Et il y a un monsieur qui s'est projeté sur le groupe, il a retiré une jeune personne, il a pris sa place. C'était son fils. C'est un père qui a pris la place du fils. Ça, j'ai vu. C'est authentique, j'ai vécu. Ça, pour le jeune homme de 17 ans que vous étiez, c'est plus que bouleversant. Sur le moment, non. Sur le moment, j'ai vu ça. Ce qui m'avait frappé, c'est que j'étais au quai Condamine. J'étais chez des gens qui m'avaient recueilli parce que les hôtels étaient pris. Je pense que c'était le concours de l'école normale d'institutrices. Et en descendant de la rue, on tombe sur l'angle du Victoriau, il y avait des cordes qui pendaient sous des balcons. Je trouvais ça bizarre, ça ne m'a pas frappé, je trouvais ça bizarre. Et c'est après que je me rends compte que ça servait à quelque chose. Sinon, on était parqué dans la grande cour, en quelque sorte, de la... Mais le monsieur, l'Allemand, il choisissait des gens plutôt bizarres, plutôt barbus comme ça, en pensant que c'était peut-être... Alors que moi j'étais bien habillé, il est passé devant moi plusieurs fois, il ne m'a même pas regardé. Moi je ne le regardais pas surtout. Et à ce moment-là, on ne se doutait pas que c'était pour prendre des gens, on savait que c'était pour... Ce massacre, ces journées d'horreur, est-ce qu'elles ont eu un impact dans votre vie ? Non, non, non. J'en ai parlé à personne, mes parents le savaient évidemment, et les amis, j'en ai parlé à personne après. Pourquoi vous n'en avez pas parlé ? Parce que je ne sais pas, c'était une époque de ma vie, c'est tout. C'était passé ? Oui, oui. Et vous ne vouliez pas en revenir ? Non, non, non. Ma grande question, c'était de savoir si l'art vous avait permis de vous échapper justement de ces horreurs. Ah oui, c'est-à-dire que sur le coup, ça ne m'a rien fait. Et c'est après, quelques années après, où j'ai eu une réaction, où j'étais très fatigué. Je suis resté une année chez mes parents, fatigué. Puis après, j'ai repris le cours des choses, je me suis marié, et puis voilà. Quand vous me dites fatigué, c'est que vous étiez percuté ? C'était un choc, oui, un choc qui n'avait pas été sur le moment. Sur le moment, ça n'était… les choses, je ne sais pas, ne passaient pas comme ça. C'est après qu'on s'est rendu compte de ce qui s'était fait. Et est-ce que vous avez eu besoin, justement, dans l'art, d'exprimer la violence que vous aviez eue ? Pas du tout, non. Je ne suis pas violent et même, j'ai eu la chance, quand j'ai fait mon service militaire, j'étais objecteur, évidemment, en 25 ans, de pouvoir, par relation, faire en sorte que je ne porte pas d'armes, je ne touche pas d'armes. Je n'ai jamais touché une arme. Je suis un des rares. Dans l'art, qu'est-ce que vous avez retrouvé dans votre vie ? Qu'est-ce que c'est, l'art et la peinture particulièrement ? La peinture, c'est-à-dire que moi j'ai d'abord fait les arts déco de Limoges, puis après je suis allé à Paris dans une académie qui était une académie qui préparait aux arts ou aux arts déco. C'était un très, très bon atelier et c'est là où j'ai connu ma femme. Donc l'art vous a permis de grandir ? De grandir, oui. Puis à ce moment-là, on a eu la chance aussi de pouvoir aller à Aubusson. On a fait de la céramique. Et vous avez rencontré des... Ah ben j'ai connu Picasso évidemment. Et à Saint-Saury, j'ai connu Lurçat. Jean-Lurçat, oui. Oui, oui, Lurçat. Et sa femme était notre bien amie, quand Lurçat est mort. Ces gens-là, Jean-Lurçat, Picasso, qu'est-ce que vous en retenez de ces rencontres-là ? C'est-à-dire, des rencontres... Picasso, on le rencontrait pas personnellement, c'est-à-dire que moi j'ai rencontré. Dans des expositions, il venait voir, il me parlait en deux secondes, il allait plus loin. Je n'ai pas de relation. Lurçat, c'est différent, je l'ai connu dans son château et je le voyais souvent, avant sa mort. Et ça, ça vous a aidé dans votre travail de peintre aussi ? Non, non, non, c'est-à-dire que c'était des cadres tout à fait différents. Lurçat, bon, c'était un maître tapissier, c'était un grand, grand, grand, c'était le grand. C'est d'ailleurs lui qui, avec Marcel Gromaire, ont redonné vie à la tapisserie, à Aubusson en 39, à Aubusson, et Picasso, c'est un être extraordinaire. Mais avec qui vous n'aviez pas vu profondément discuter ? Ah non, personne ne pouvait discuter avec lui. On ne le voyait que pour son anniversaire ou pour le vernissage des expositions communes. À Aubusson. Mine de rien, cette exposition, elle est très lumineuse. Il y a énormément de paysages. C'est lumineux, c'est-à-dire que c'est une peinture qui est gaie. C'est gaie, c'est très coloré en quelque sorte. Et quand ça fait tache dans un appartement, dans un salon, ça fait une tache. Ça tire, oui. Mais enfin, vous savez, il ne faut pas se faire d'illusions. Dans ce métier-là, on est toujours un apprenti. C'est vrai ? Des éternels apprentis. Et plus on vieillit, plus on se rend compte que ce qu'on fait, c'est nul. C'est beaucoup dire. Mais en fait, on aurait beaucoup de choses à retoucher. C'est vrai, quand vous les voyez, aujourd'hui, vous aimeriez retoucher encore ? Oui, oui, beaucoup. Pourquoi ? Parce que c'est toujours imparfait ce qu'on fait. Toujours imparfait. Mais pourtant... En fait, la consolation, ça ne fait pas d'illusion. J'ai fait une peinture honnête, certes, mais ce n'est pas génial. Ce n'est pas génial. Vous, non, ne soyez pas humble comme ça. Non, non, il faut être modeste dans la vie. J'entends. Il faut être modeste et être modeste envers ce qu'on fait. Par contre, être modeste envers les gens que l'on fréquente aussi. Il ne faut pas se prendre pour des génies. Nous sommes tous des êtres humains et il faut avoir parfois beaucoup plus de respect pour des gens. Très modeste, pour des gens richissimes et qui exploitent le peuple. Vous êtes un homme de conviction, visiblement. De conviction, un homme de gauche. Je vois. Qu'est-ce que ça veut dire pour vous, être de gauche ? Être de gauche, c'est d'abord le social. Dans le socialisme, il y a social. Social, ça veut dire aider les gens qui sont en dessous de vous. Et surtout, mon père m'avait dit que c'était un vieux socialiste aussi. Il m'a dit surtout, donner c'est bien, mais partager c'est beaucoup mieux. J'ai du plaisir à offrir, et ça me fait plaisir d'offrir, et je rends service à quelqu'un. Et après peut-être qu'il me rendra service, on ne sait jamais. Mais ce n'est pas de l'intention de recevoir des services, c'est de se faire plaisir d'aider quelqu'un. Donc c'est ça, être de gauche, c'est partager ? Partager, partager, partager et faire que les gens riches puissent participer quand même. Beaucoup plus qu'ils le font maintenant. Et c'est donc sur ces paroles de partage que se referme cette troisième saison du Quart d'Heure Corrézien. Je vais faire une pause durant l'été, mais je vous donne rendez-vous dès la première semaine de septembre pour de nouveaux portraits de Corréziens et de Corréziennnes. N'hésitez pas à me laisser vos messages, commentaires, suggestions à cette adresse : info.radiohousebrief.fr. En attendant de vous retrouver en septembre, je vous souhaite de passer un excellent été en Corrèze ou ailleurs. 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