Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
01-SAISON 4 épisode 1 du 10/9/26 Quart d'heure Corrézien
10 septembre 2026 · 15 min
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le premier numéro de la quatrième saison du quart d'heure corrézien. Une nouvelle saison certes, mais une formule qui reste la même. Prendre le temps d'appréhender des sujets de société avec des témoignages de Corréziens et de Corrézienne. Pour ce nouveau numéro de la saison, j'ai donc choisi de traiter la question de la sécurité routière parce que la Corrèze doit faire face à des chiffres qui ne sont pas bons. Trop d'accidents de la route, mais surtout trop de victimes. Entre le 1er janvier et le 31 août dernier, 8 personnes sont mortes sur les routes du département. Alors, pour tenter de prendre conscience des dangers de la route, je vous propose d'écouter le témoignage de Daniel Dubuisson. Il a 60 ans, dont plus de 30 années passées au guidon d'une moto. Mais en 2023, un accident de la route va bouleverser sa vie. Ce témoignage, je l'ai enregistré en juin dernier lors des assises de la sécurité routière organisées par la préfecture de la Corrèze à Tulle. Le quart d'heure corrézien, saison 4, épisode 1. C'est parti. Avant mon accident, je travaillais dans un centre de formation pour des personnes en situation de handicap, des gens qui avaient une reconnaissance d'RQTH, des reconnaissances de la qualité des travailleurs handicapés. Et en fait, ça fait 20 ans que je travaille dans ce domaine, donc dans le médico-social. Donc je connais le monde du handicap depuis longtemps, je vois toutes les choses qui ont été faites, mais les choses qui ne sont pas faites correctement aussi. Et aujourd'hui, je le vis de l'autre côté, j'ai l'autre vision de la chose. Ce qui fait que ça modifie aussi certaines choses que j'ai pu voir et ça me permet de mieux comprendre aussi certaines situations. On va y revenir un petit peu, mais moi je voudrais savoir un petit peu quel conducteur vous étiez ou quel pilote vous étiez ? Sur la moto, j'ai toujours été prudent, ça fait 30 ans que je fais de la moto. Quand j'ai eu mon accident, les gens disent « mais c'est pas possible ». C'est quelqu'un de très prudent, qui fait attention. J'ai évité plein d'accidents pendant mon expérience de motard et puis ce jour-là, j'ai pas pu éviter. Vous faisiez de la moto depuis combien de temps ? 30 ans. Depuis l'âge de 26 ans, donc j'en ai 60, ça avait même plus de 30 ans. Mais la moto c'est une passion, c'était une passion et ça reste une passion. C'est aussi pour ça que j'ai créé l'association Caverme 19, qui est une cellule d'accompagnement des victimes de la route motorisée, notamment motard, mais aussi étendue sur les deux roues motorisées, les trottinettes, le vélo, voilà. Malheureusement, il y a beaucoup de choses autour de ça. Mais oui, j'étais plutôt un conducteur présent, équipé. Même mon fils, quand il a passé son BSR, s'il partait pas équipé, je lui piquais les clés. Donc voilà, j'ai toujours été très attaché à ça parce que je savais que c'était ma seule protection. Parce que vous travaillez dans le milieu du handicap ? Non, non, parce qu'avant de travailler dans le milieu du handicap, je faisais autre chose. Mais j'étais déjà motard, donc la notion de sécurité, ça a toujours été quelque chose d'important pour moi. Parce que quand vous êtes sur une moto, la seule carrosserie que vous avez, c'est votre équipement. Alors, c'est une carrosserie faible, mais quand vous avez un blouson en cuir, un pantalon, un casque, des gants, déjà, vous ne brûlez pas la peau, vous pouvez vous casser quelque chose, bien sûr, mais vous n'allez pas vous brûler. Et quand je vois les gens qui roulent en short, s'ils tombent, c'est une catastrophe, parce que c'est du papier de verre, le goudron, ça vous arrache tout. Donc, non, j'étais plutôt un motard prudent, ça m'est arrivé de rouler un peu vite, comme la plupart des motards, je ne suis pas non plus un exemple absolu. Ça m'est déjà arrivé de me retrouver dans le rétroviseur, deux phares, et c'était les motards qui me font arrêter parce que j'étais à 130 au lieu de 90. Ça m'est arrivé, mais il ne fallait pas. Mais généralement, j'étais plutôt prudent. J'ai eu des petits accrochages, mais rien de méchant, sauf le dernier. On peut en parler justement, qu'est-ce qui s'est passé sur le dernier accrochage ? En fait, sur le dernier accrochage, j'étais parti travailler en moto, donc je rentre chez moi en moto et une personne âgée de 89 ans qui arrive en face de moi, qui s'arrête dans un premier temps et puis qui traverse. Il y a eu un moment d'absence parce que je l'ai rencontré après et elle ne m'a pas vu, elle ne m'a plus vu en fait. Et donc du coup, je n'avais pas pu l'éviter. Et quand je vois la voiture sur moi, j'essaie de braquer la moto mais je m'encastre derrière la roue et puis après, c'est tout ce que je me rappelle. Je sais que j'étais sur le dos à un moment donné. Mais comme je le dis souvent, c'est l'atterrissage qui a été compliqué. Mais oui, ça a été très très violent. Moi j'arrive à 90, sa voiture me coupe la route voilà et j'ai de la chance d'être vivant parce que quand je suis arrivé à Bordeaux j'ai été téléporté à Bordeaux, à Pellegrin on m'a remis 7 litres de sang donc il ne restait plus grand-chose au niveau du corps donc j'étais dans le coma je suis resté 6 jours en pronostic vital engagé je suis resté 6 semaines en réa, polytraumatisé on appelle ça comme ça et puis j'ai la chance d'être vivant. C'est pour ça aussi que je veux porter une parole pour les gens qui sont comme moi, qui sont victimes d'un accident. Il existe d'autres choses après, il y a des possibles. En tout cas, ouvrir le champ des possibles, quand on a un accident, soit par le sport, soit par l'associatif, soit retrouver un travail, parce qu'un jeune de 30 ans, il aura besoin de retravailler. Moi, j'ai 60 ans, donc je suis tout à fait dans la même configuration. Et du coup, comme je connais la réinsertion professionnelle des personnes handicapées, je peux aussi amener un éclairage sur ce genre de situation. Cet accident, il est véritablement accidentel dans le sens où personne ne pouvait le prévoir ? Non, personne ne pouvait le prévoir, mais c'est vraiment, comme la plupart des accidents, c'est le truc inattendu, soudain. Un enchaînement d'événements ? Alors, je ne sais pas si c'est un enchaînement d'événements, en tous les cas, c'est être là au mauvais endroit, au mauvais moment. En fait, parce qu'il faisait beau, la route était sèche, la personne n'avait pas le soleil dans les yeux, puisque ça a été vérifié par le procès-verbal de gendarmerie. C'est juste, il me l'a dit, quand il m'a vu après au tribunal, il pleurait, le pauvre monsieur, enfin bref, c'est dramatique pour lui aussi, parce qu'il sait qu'il a commis quelque chose de très grave, il sait que je ne marcherai plus, enfin voilà. Mais comme il m'a dit, il m'a dit, moment d'inattention, et pouf. En fait, c'est vrai qu'il avait 89 ans au moment de l'accident, mais des moments d'inattention, ça peut arriver à n'importe qui. Ça peut en arriver à moi, en partant tout à l'heure, ça peut vous arriver à vous, et quel que soit l'âge. Il y a toujours quelque chose qui peut, à un moment donné, pour un exemple, on a eu une journée de travail compliquée, difficile, et on repense à notre journée de travail, mais on est sur une route qu'on connaît par cœur, et donc on ne veut pas toujours faire attention comme il faudrait. Oh putain, j'ai eu chaud. Mais n'empêche que, des fois, on a eu plus que chaud, on a tapé. Donc le moment d'inattention, ce n'est pas propre à la personne âgée, c'est pour tout le monde. Ça peut être en ville, ça peut être en milieu rural, ça peut être n'importe où, sur l'autoroute. C'est malheureusement un des éléments les plus importants, je pense, sur les accidents. Vous vous souvenez de votre réveil ? Je me souviens de mon réveil, oui, mais c'est confus. C'est confus parce que je ne savais pas, à un moment donné, si j'étais dans mon réveil, dans le coma, dans la réalité, dans les rêves, dans les fantasmes. C'est très, très bizarre. Je sais que j'ai insulté tout le monde, parce que tout le monde me l'a dit. Ils étaient pour rien, les professeurs, mais j'ai insulté tout le monde. J'ai fait appeler ma sœur. Il y a eu quelqu'un qui a pu me parler pour me expliquer ce qui s'était passé, parce que je ne comprenais rien. Je ne comprenais absolument pas ce qui s'était passé. J'étais parti de chez moi le matin, je débauche. Je me réveillais dix jours après à l'hôpital, attaché de partout, des fils partout, des bips dans tous les sens. Sans savoir que dix jours s'étaient écoulés ? Non, je ne comprenais rien du tout de la situation. Et ça a été long pour que je comprenne, que je me rende compte. Je n'y arrivais pas en fait, je n'y arrivais pas. Et j'ai bien mis, je ne vais pas dire de bêtises, bien deux mois pour vraiment commencer à réaliser qu'il m'était arrivé un accident. Parce que même moi, je n'y croyais pas. Je voyais bien que j'étais abîmé, mais le cerveau, il protège en fait. Et du coup, non, non, j'étais très loin de penser. Et puis le jour où j'ai appris que j'étais paraplégique, bon, là, paraplégie incomplète, parce que je ne peux pas marcher quand même, ben là, ça a été compliqué, quoi. Ça a été compliqué. Pardon de vous poser la question, mais expliquez-moi un peu plus. Alors compliqué, parce que justement, on se dit, mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? Les premiers temps, il faut accuser le coup. Après, il faut se dire, bon, qu'est-ce que je fais ? Je reste au fond de mon lit ou je me bouge ? Et l'avantage, quand on est en centre de rééducation, c'est qu'il y a des soignants qui sont là, qui sont spécialisés et qui commencent à vous expliquer ce que vous allez pouvoir faire dans votre situation, qui vous montrent ce que vous pouvez faire, les soins, tout ce qui est rééducation fonctionnelle, kiné, ergothérapie, neuropsy aussi, parce que là, il y a besoin. Et puis petit à petit, vous vous rendez compte que malgré le handicap, une vie peut redémarrer. Donc c'est après ça que je me suis accroché. Et puis j'avais le souvenir de ce que je disais à mes stagiaires quand je les accompagnais, là où je travaille. On va regarder ce que tu peux encore faire. Et donc je me suis dit, bon, ce que tu disais aux autres, peut-être que tu t'appliques à toi. Et regarde ce que tu peux encore faire. Et comment tu peux le faire. Donc j'ai travaillé sur ça, beaucoup travaillé sur moi bien sûr. Et ce qui m'a permis d'avancer, de refaire du sport, de reconduire, de revivre, de retrouver une vie, de sortir, d'aller à tes concerts. Parce que c'est ça, il ne faut pas que... Il faut continuer à vivre. En gros, ce que vous êtes en train de me dire, c'est que vous travaillez sur la psychologie, justement. Oui, bien sûr. Est-ce que vous avez été accompagné par un psychologue ? Oui, je suis toujours. J'ai été accompagné par un psychiatre au départ, parce que je devenais fou. Et après, un neuropsy, parce que pour travailler la mémoire, travailler le trauma, travailler les choses comme ça, faire de l'EMDR. Parce que l'EMDR, c'est un outil très puissant qui vous permet de mieux gérer les choses qui vous arrivent comme ça en pleine face. Et je suis toujours suivi, parce que je suis suivi pendant longtemps, parce qu'il y a des jours où ça va très bien, il y a des jours où c'est compliqué, parce que le quotidien, mon quotidien n'est pas des plus faciles tous les jours. Il y a des jours, c'est génial. Il y a des jours, ça l'est moins. Mais comme tout le monde, je dirais. Sauf que ça peut avoir un impact beaucoup plus démultiplié, quelque part. Oui, c'est beaucoup plus démultiplié. Beaucoup plus. Mais bon, je suis quelqu'un. Je suis un battant. Du coup, quand je suis sorti de rééducation, on m'a dit qu'il faut tout de suite mettre en place des actions. Je me suis mis à faire du sport, trouver un club. C'est pareil, pour trouver un club... C'est quoi comme sport, justement ? Alors je fais du ping-pong fauteuil et du karaté fauteuil, voilà, et forcément de la salle de muscu parce qu'il y a besoin de se renforcer, parce que le fauteuil il n'avance pas tout seul, mais ça permet en attendant d'aller vers les autres, c'est vraiment un vecteur d'inclusion le sport, parce que ça vous re-socialise et ça c'est important, parce qu'il y a beaucoup de gens qui se renferment sur eux et qui ne font pas le pas d'aller vers les clubs de sport, ressortir, se montrer, parce qu'il y a toujours le regard de l'autre qui est impactant, mine de rien. Mais après, c'est un des éléments qui permet de retrouver une vie correcte. Mine de rien aussi, vous vous êtes engagé dans le secteur associatif ? Oui, oui. En fait, on s'est dit, il y a beaucoup de copains motards qui se restent à figure. Moi, j'ai eu la chance d'être soutenu par ma famille, par les copains aussi, par les collègues. Il y a des gars peut-être qui ne sont pas du coin et qui se plantent ici et qui n'ont personne autour d'eux pour les aider, pour les écouter, pour venir les voir. Donc j'ai dit qu'il faut qu'on fasse un truc. Et puis montrer qu'il y a des choses après l'accident. Il y a une vie après. Il y a une vie après. Et aussi accompagner les gens au retour à la maison, parce que le retour à la maison, ça se prépare. Quand on est à l'hôpital, on est entouré. On est dans un cocon, on a les infirmiers, on a les aide-soignants. Quand vous rentrez à la maison, moi, c'est posé la question du logement. C'est pour ça que je suis allé vivre chez ma sœur. Ce logement que j'avais n'était pas du tout adapté, donc ce n'était pas possible. Mais les gens qui rentrent chez eux, compagnes, compagnons, la journée, ils sont au boulot. Qu'est-ce qu'il fait la journée ? Le gars, il est blessé, il ne peut pas trop sortir. Il y a aussi cette partie-là à regarder et à leur dire... C'est le côté lion qui tourne en cage quelque part. C'est ça, c'est ça. Et puis on commence à ruminer. Et quand on n'est pas bien, parce que ce jour-là, ça ne se passe pas bien, on est fatigué, on n'a pas le moral, on peut être tenté de partir vers la bouteille d'alcool. Donc c'est aussi ces choses-là que je veux prévenir. En tout cas, en leur expliquant, « Mais écoute, si tu as un truc qui n'a pas, tu m'appelles. » Et puis on en discute. C'est facile de tomber, vous êtes en train de me dire. C'est très facile de tomber. C'est très facile de tomber. Et il faut vraiment être accompagné et soutenu pour remonter. Donc ça, c'est... Quand on est tout seul, on ne peut pas. Parce qu'à un moment donné, on baisse les bras. On baisse les bras. Et je vois même par rapport aux assurances, ça fait trois ans que j'ai eu l'accident, je suis toujours pandémisé. Les procédures sont longues. J'ai eu en un an et demi cinq expertises médicales. Donc à un moment donné, tu te dis, mais stop, arrêtez, foutez-moi la paix. Le sentiment qu'on ne vous croit pas ? Ce n'est pas le sentiment qu'on ne vous croit pas, c'est le sentiment qu'on essaye de minimiser ce que vous avez. Donc à un moment donné, tu te dis, mais stop, ça va, je fous-moi la paix, je ne veux plus entendre parler. Et c'est là où c'est difficile. Et donc si on n'est pas là pour aider les copains, pour les soutenir, ils peuvent baisser les bras et moi je ne veux pas. Moi je ne les baisserai pas, je me battrai jusqu'au bout, mais je veux aussi que mes copains à qui ça va arriver, qu'on soit là à côté d'eux pour leur dire non, non, te laisse pas faire, bats-toi, c'est pas facile, ok, mais on y est passé, on sait ce que c'est. Donc ça peut aider en tous les cas, c'est mon souhait. On donne juste des idées, on donne juste ce qui peut se faire. Voilà, donner des informations sur les possibles. C'est aussi thérapeutique pour moi. Ça fait du bien pour soi parce que ça permet de prendre du recul et de voir où j'en suis aujourd'hui. Et comme je dis souvent, je me lève tous les jours parce que j'ai un objectif de me lever. Même si c'est des fois des petits objectifs, même si c'est qu'une demi-heure. Mais on a fait l'effort de se lever pour aller faire notre truc d'une demi-heure. Et ça, c'est important. La vie est belle ? Oui, bien sûr qu'elle est belle. Je ne peux pas dire si elle serait plus belle si je n'avais pas eu l'accident. Je n'en sais rien. Mais aujourd'hui, je suis content de vivre ce que je fais en tous les cas et je vais continuer à vivre. Et nous poursuivrons la semaine prochaine avec d'autres témoignages toujours liés à la sécurité routière. Ceux de primo-intervenants, c'est-à-dire des pompiers et des forces de l'ordre qui, de jour ou de nuit, quelle que soit l'heure, se déplacent sur ces accidents de la route afin de prendre en charge les victimes. En attendant de vous retrouver, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN en réécoute sur nos sites internet, mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.
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