Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
36-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 12/6/26
12 juin 2026 · 15 min
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le quart d'heure corrézien. Dans l'épisode précédent, nous revenions sur les faits, les faits qui se sont déroulés le 9 juin 1944 à Tulle. Ainsi, Roland Gognon, 83 ans, président du comité des martyrs de Tulle, est revenu sur l'organisation de ces massacres commis par la 2e division d'Astraich. Des événements atroces, cruels, qui sont une véritable cicatrice, aujourd'hui encore pour nombre de familles du bassin tulliste. Et c'est justement les conséquences de cette barbarie sur les jeunes générations des années 50-60 que je souhaitais aborder dans ce numéro. Le quart d'heure corrézien avec Roland Gognon, c'est parti. Cette histoire, ce 9 juin, il vous percute directement, vous, puisque un de vos oncles a été pris et a été pendu. Comment cette histoire, dans votre famille, vous en avez parlé avec votre maman et peut-être avec vos grands-parents également ? Il me percute doublement. Pourquoi ? Parce que, comme vous venez de le dire, c'est mon oncle, c'était donc le frère de ma mère. Mais il faut savoir que la personne que j'ai épousée, elle a subi le même sort. Le frère de sa mère a été pendu également. Et il y a presque une similitude entre les deux. Alors que s'est-il passé ? Donc mon oncle Robert Bossavi, tel est son nom, était d'abord le fils de Léon Bossavi, mon grand-père, qui était artisan Avenue Victor Hugo, et il était parfaitement en règle. Il travaillait à Clermont, il était venu voir ses parents et son père. Donc Léon lui avait dit, mais tu sais, tu devrais partir. Non, non, papa, tout va très bien, je suis en règle. Et puis, effectivement, il s'est fait prendre comme bien d'autres. Et que s'est-il passé ? Eh bien, on a été impacté à plus d'un titre, parce que, pour la petite histoire, mon oncle a été pendu là. Ça ne s'appelait pas Avenue Winston Churchill, c'était Avenue de la Gare, où il y a à peu près le lobby actuellement. Il y a une grande maison, il a été pendu 14 martyres. Le lobby, c'est un café de thunes ? De thunes, juste là-bas. Et nous habitions juste en face. Moi, j'avais 16 mois, comme je vous l'ai dit. Mais il se trouvait que mon père, comme bon nombre de Tullistes, à travers les interstices des volets, regardait effectivement ce qui se passait. Ma mère était là, mais dans la pièce à côté. Alors, ce que je vous dis, c'est ce que m'a raconté mon père beaucoup plus tard, car c'était un secret de famille. Mon père a vu, à travers les interstices des volets, son beau-frère se faire pendre. Et son grand stress, c'était que ma mère voit ce supplice. Fort heureusement, si je puis dire, ma mère était dans la pièce à côté, mais à travers ce que m'avait dit mon père, elle était fatiguée, malade, je crois me souvenir, dans ses bras. Bref, elle n'a pas vu le martyr. Elle l'a su bien évidemment dans les heures qui ont suivi, mais elle n'a pas vu l'acte barbare. Et mon père, effectivement, il faut quand même vivre l'événement. Et mon père a attendu que ma mère soit décédée pour se livrer, me faire part de ce secret de famille. Et je l'ai senti complètement libéré. Voilà, et c'est vrai qu'il a fallu attendre ce secret, cet âge-là. Il avait trop peur, j'ai compris, il avait trop peur que, par mégarde, que je livre le secret sans le vouloir, ne soit au cours d'un entretien avec un ami ou avec un repas, je ne sais pas. Bref, il attendait et je reverrai toujours mon père me prendre dans ses bras et puis m'expliquer ce qui s'était passé. Vous aviez quel âge à ce moment-là ? Et j'avais 50 ans, un peu plus de 50 ans. Et je l'ai senti, mais au-delà de l'émotion qu'a été la nôtre, je l'ai senti complètement libéré. Parce que vraiment, il portait ce secret depuis le 9 juin 1944. Et au-delà de m'avoir appris ça, et après donc s'être confié, il m'a aussi expliqué d'autres choses qu'il a pu voir. Ça a été pour moi, j'allais dire, le grand initiateur, tout ce que j'ai pu apprendre indépendamment des lectures et autres. Mais là, j'ai eu effectivement un témoin avec moi, donc, qui m'a expliqué beaucoup, beaucoup de choses. Et comme vous le savez peut-être aussi, il faut savoir que mon grand-père, donc le père de Robert Bossavi qui a été supplicié, était ou est devenu le fondateur du comité des martyrs. Alors j'en suis son petit-fils, c'est pas une dynastie, qu'on se comprenne bien, mais la boucle bouclée, c'est le fruit du hasard d'ailleurs, parce que je veux dire que mon grand-père président, il avait comme secrétaire à l'époque Antoine Soulier, qui est l'auteur du fameux livre Le drame de Tulle. Et c'est Antoine Soulier qui, un peu avant le décès de mon grand-père, est décédé en 1959. Et c'est Antoine Soulier qui est devenu président du comité des martyrs jusqu'à les années à peu près 70. Et après les années 70, il y a eu une mise en sommeil du comité des martyrs. Les municipalités qui se sont succédées ont assuré au moins les commémorations. Et je les ai remerciés chaque fois que j'ai pu. Et le comité des martyrs est reparti dans les années 2002-2003 avec un nouveau président, qui était d'ailleurs une présidente, Mme Mazot. Comment on peut l'expliquer, justement, cette mise en sommeil du comité ? Ou même l'impression, en tout cas, que la ville de Tulle est vécue avec une chape de plomb autour de cette histoire. Parce qu'au fond, même dans votre famille, vous ne saviez pas tous les éléments de cet événement-là. Oui, vous parlez. Il y a juste raison de chape de plomb. Ça a été effectivement une des caractéristiques majeures, si je puis dire, et consécutives à l'événement. Chape de plomb qui, d'ailleurs, existe toujours, de moins en moins, pour les raisons que je vais vous donner tout à l'heure. Mais c'est vrai que cette chape de plomb, dans ma famille, on n'en parlait pas. Et même en étant adolescent, je pouvais comprendre des choses, mais on n'en parlait pas. Moi, j'ai toujours vu mon grand-père et ma grand-mère vêtus de noirs et vivre dans une tristesse permanente. Alors, on n'en parlait pas. Et je me souviens très bien, à l'école de Souliac, en primaire, j'avais des copains sans le savoir dont le père avait été soit supplicié, soit déporté. Mais là aussi, je revois ces jeunes-là, ces copains d'école où les familles, ah oui, mais c'est un tel, mais tu sais, on t'expliquera, mais oui, mais on l'expliquait, sans l'expliquer de telle sorte que nous, en tant qu'enfants, on se faisait tout un tas de... On s'imaginait quelque chose d'extraordinaire, mais d'anormal, sans savoir ce qui se passait. Tout ça pour dire que la chape de plomb a toujours existé, aussi bien vis-à-vis de nous, les enfants, qu'entre adultes. Alors, comme je vous le disais... Comment on peut l'expliquer, justement, cette chape de plomb ? Une des raisons, c'est que je vous ai parlé qu'il y avait eu le tri, bien sûr, et dans ce tri, il y a eu fatalement pour certains, ne serait-ce que, quand je vous ai dit que pour sauvegarder l'économie de la ville, il avait été libéré environ 1800 personnes. Et là aussi, les Tullistes, tout au moins, les familles de ceux qui n'ont pas été libérés, s'en est, mais pourquoi lui a été libéré ? Parce que moi aussi, mon frère, mon mari, travaillait effectivement, soit à l'EDF, soit dans telle entreprise. Et pourquoi lui a été libéré ? Car c'était aussi... Qui c'est qui procédait là à la libération de ces personnes ? C'était leur chef de service, souvent. Mais ils ne pouvaient pas, évidemment, libérer tout le monde. Et là, s'est créé des injustices. Et à partir de là, ça a été mal vécu, bien sûr, à Tulle. Ces injustices ont fait naître des jalousies. Et ont fait naître des jalousies, incontestablement, et plus que des jalousies. Et on arrivait presque à ce paradoxe, c'est qu'on recréait un conflit interne. Et comme on était dans un conflit de guerre, c'est devenu, on se taisait, on se taisait. Voilà la chape. Alors, évidemment, cette chape, pourquoi elle est diminuée ? Parce que, d'abord, les gens de ma génération, il y en a de moins en moins. Il y en a de moins en moins. Et ceux de ma génération ne sont pas tous pour autant des gens, des personnes, comment dirais-je, qui ont subi ça. On l'a subi, mais comme on n'en parlait pas, on n'a pas pu avoir de jugement réel, authentique. Et nos enfants et petits-enfants ne savent pas du tout ce qui s'est passé. Donc on ne peut pas... Ce qui permet de dire ou de confirmer pourquoi cette chape de plomb se délite. Et fort heureusement d'ailleurs, parce que... Et ajoutons à cela ce délitement dû aux générations qui suivent. Mais comme vous le savez peut-être, au niveau du comité des martyrs, nous, dans la dynamique qui est la nôtre, on fait beaucoup de conférences. Et justement, ces conférences, on explique effectivement ce qui s'est passé. Mais ça permet là aussi de fragmenter cette chape de plomb, puisqu'en expliquant quand même ce qui s'est passé. Au moins, on parle, les gens nous écoutent, et dans toute conférence, il y a toujours des questions, et les auditeurs étant très intéressés, on explique ce qui s'est passé, et c'est vrai que la chape de plomb, fort heureusement, c'est l'histoire maintenant. Comme je le disais souvent, il était temps de quitter le temps du deuil pour le remplacer par celui de l'histoire, et c'est ce qu'on fait. Je voudrais juste revenir un tout petit peu en arrière, vous-même, avec votre épouse, quand vous étiez adolescent, comment vous avez vécu aussi 15-20 ans après les événements ? Est-ce que vous en parliez entre vous ? Non, alors vous me posez une question. Comment on se construit en tant qu'humain ? Vous voyez ce que je veux dire après une telle catastrophe, un tel massacre ? Je vais vous dire que nous, je pense, ma génération, par le biais de cette chape de plomb, elle a eu peut-être au moins une vertu. On n'a pas été impacté puisqu'on n'en parlait pas, on savait qu'eux, mais on n'en parlait pas. Donc on a vécu notre jeunesse avec, comment dirais-je, avec... Insouciance presque. Avec presque une forme d'insouciance, bien sûr. Ne sachant pas réellement, et peut-être tant mieux, tout ce qui s'était passé, ça n'a pas impacté réellement notre joie de vivre. 20 ans, et puis après, en ce qui me concerne, et d'autres personnes de ma génération, chacun s'est retrouvé à avoir un emploi, des études et autres. Et en ce qui me concerne, et avec mon épouse, il s'est trouvé que moi, j'ai commencé réellement une carrière à Clermont-Ferrand. Donc en plus, bien sûr que nous revenions dans notre famille régulièrement. Mais pendant 30 ans, j'étais à Clermont-Ferrand. Vous n'étiez plus ici. Ça ne m'empêchait pas de dire régulièrement le 9 juin à Tulle. Mais je veux dire que j'étais à Clermont-Ferrand. Donc loin de cette chape de plomb. Loin de cette chape de plomb. Mais une fois de plus, mes copains et amis n'ont pas été impactés parce qu'effectivement, leur jeunesse n'a pas eu à souffrir de ça. Ne pas parler, mais continuer à vivre malgré l'horreur. Mais ce tabou, Roland Gognon l'admet, est en train de se lever parce que le temps de faire de l'histoire est arrivé. C'est l'horizon du prochain épisode. Alors, je vous donne rendez-vous dans une semaine pour ce nouveau numéro du Quart d'heure corrézien. En attendant de vous retrouver, n'hésitez pas à m'écrire à cette adresse info-radio-grandbrive.fr et je vous souhaite aussi de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. 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Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.
