Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
35-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 5/06/26
5 juin 2026 · 15 min
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le quart d'heure corrézien. Ce mois de juin, je vous propose de découvrir un homme, Roland Gognot. C'est un Tulliste, ancien ingénieur électricien, retraité aujourd'hui. Il est le président du comité des martyrs de Tulle et avec lui, dès maintenant et pour les trois prochaines semaines, nous allons revenir sur les faits, sur les massacres commis le 9 juin 1944 à Tulle par la deuxième division nazie, la Das Reich, division sinistre et qui est fanatisée par l'idéologie nazie, a fait de l'horreur sa spécialité. La semaine prochaine, nous irons au-delà de ces effets pour découvrir toujours avec Roland Gognot les conséquences de ces événements dans sa vie personnelle. Et puis, dans un troisième temps, nous aborderons la question de la chape de plomb qui, durant des années, a pesé sur la ville avant de finir sur la question de la mémoire et donc de la transmission de cette dernière. Le quart d'heure corrézien avec Roland Gognot, c'est parti. Me voilà donc à Tulle, devant la médiathèque Éric Romère, médiathèque intercommunale, où je vais rencontrer donc aujourd'hui Roland Gognot, le président du comité des martyrs de Tulle, avec qui nous allons donc reparcourir un petit peu cette histoire qui a profondément marqué la ville de Tulle, et voir un petit peu les conséquences que ça a aujourd'hui encore. Bonjour Monsieur Gognot. Vous allez bien ? Très bien, et vous-même ? M. Gognot, j'ai une grande question pour commencer, c'est quel est votre âge d'abord ? Vous ne le répétez à personne ? Je ne le répéterai à personne, évidemment. 83 ans. 83 ans. Ça vous pose, entre guillemets, dans ce dont on va parler maintenant, puisque ce sont les événements de Tulle, les massacres du 9 juin. Oui. Vous étiez tout jeune, évidemment. J'avais très exactement 15 mois. Donc, concrètement, vous n'en avez pas de souvenirs ? Non. Non, je n'ai pas du tout de souvenirs des événements de juin 1944. Si ce n'est qu'en juin 1944, j'ai un souvenir très, très vague, mais d'une personne, mon oncle, qui a été pendu. Et je ne sais pas pourquoi. Est-ce qu'on peut à 15-16 mois se souvenir, en tout cas, moi j'ai le souvenir de cette personne qui me tenait dans ses bras, mais c'est extrêmement diffus et ça ne peut être que lui. Alors je me pose des questions, mais je pense qu'à 16 mois, on doit pouvoir se rappeler de quelque chose. En tout cas, je ne me rappelle que de ça. Ce 9 juin, il ne s'est pas fait en quelques minutes, quelque part. Est-ce qu'on peut revenir un petit peu ensemble sur ces faits ? Comment ça s'est déroulé ? Ce 9 juin, ce n'est pas fait par hasard, mais ça s'est fait aussi sur des propos, de faux propos. Pourquoi ? Parce que bon nombre de personnes considèrent ou disent que la division de Das Reich, c'est en remontant en Normandie qu'elle a commis les méfaits qu'on connaît. Il faut savoir que non, ce n'est pas comme ça que ça s'est passé. La Das Reich était programmée pour effectivement faire des exactions. Ce qu'elle a fait d'ailleurs, malheureusement, dans une bonne trentaine de petites villes villages du Grand Sud-Ouest, est preuve à l'appui, car c'est là où l'incompréhension, ou tout au moins le doute, c'est que bon nombre, et de Tulléens en particulier, considèrent que la Das Reich, les méfaits qu'elle a pu commettre, les exactions, sont de la faute des FTP du maquis, qui, la veille, le 8 au soir, après-midi, avait pu enfin déloger une compagnie de, non pas de SS, mais de soldats de la Wehrmacht dans l'ancienne école de jeunes filles de Tulle. Alors évidemment, c'était une semi-victoire puisque Tulle-Nord était pratiquement libéré. Sauf qu'effectivement, ce que ne savaient pas les FTP, ils n'avaient pas de téléphone portable à l'époque, c'est que la Das Reich arrivait sur Tulle, est arrivée d'ailleurs ce même soir du 8 juin. Mais la Das Reich était programmée, on a des écrits, des ordres du 5 juin, donc même avant le débarquement, où les ordres étaient donnés à la Das Reich d'attaquer et brifier Tulle et de commettre les exactions qu'on connaît. Ce qui veut dire que c'est un concours de circonstances, effectivement, que les FTP aient partiellement délogé les Allemands de Tulle, mais ce n'est pas parce qu'il y a eu ce délogement ou cette semi-victoire que la Das Reich a commis, une fois de plus, les exactions dont on parle. Alors bien sûr que la Das Reich dit le contraire en disant qu'il faut punir les FTP, les maquis, qu'elle qualifie d'ailleurs de terroriste, mais ce n'est pas la vraie raison. Néanmoins, la Das Reich, elle est aussi connue pour avoir commis d'autres exactions, notamment avant la France dans l'Europe de l'Est. Bien sûr, c'était, j'allais dire, ses terrains de prédilection, puisque effectivement, elle a même été, elle a commis beaucoup plus d'actes barbares en Biélorussie, en Ukraine d'ailleurs, et c'est d'ailleurs pour ça que, malgré toutes les exactions qu'elle a pu commettre dans ces pays de l'Est, elle y a aussi, on va dire, laissé des plumes. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle a été rapatriée en France, dans la région de Montauban, pour reconstituer de l'armement et des hommes, car elle avait perdu beaucoup d'hommes dans les pays de l'Est. Et donc il fallait se reconstruire et pour repartir de nouveau. Et pourquoi d'ailleurs elle a été basée à Montauban ? C'est parce que les Allemands savaient ou se doutaient qu'il y aurait tôt ou tard un débarquement. Et pourquoi Montauban ? Parce que ne sachant pas à l'époque où pourrait être ce débarquement, Montauban était sensiblement à égale distance de l'Atlantique que de la Méditerranée. Voilà pourquoi elle a été momentanément stationnée à Montauban. Ce 8 juin, les maquis prennent Tulle ou une partie de Tulle ? L'ancienne école normale de jeunes filles qui se trouve, on va dire pour ceux qui ne connaissent pas, vers la préfecture de Tulle. Et c'est le soir même, en fait, que la division arrive, depuis Brive. Absolument. Les habitants de Tulle-Nord, puisque cette victoire partielle a eu lieu vers les 17h environ, et c'est vrai que les habitants du quartier d'Utrech et de Tulle-Nord étaient en liesse, effectivement, sauf que trois heures après, la Das Reich débarquait, si je puis dire, vers les 20h30, en venant et de la route de Brive, ancienne route de Brive, et de la route, effectivement, de Beaulieu également. Celle qui est juste à côté de la médiathèque. Ah ben là, on est en plein, oui, oui, absolument. Et c'est donc ici, en fait, dans ce quartier de la gare, que les premiers massacres ont lieu, les premiers combats, en tout cas ? Oui, alors, pas les premiers massacres, pas réellement le 8, si ce n'est qu'effectivement le 8, en arrivant, en pénétrant dans Tulle, en faisant, c'est vrai, feu de toutes parts, mais pour d'abord manifester son arrivée. Mais ce n'est pas pour autant que les Allemands se sont mis à commettre des exactions réellement le 8 au soir, puisque les Maquis, les FTP ont tout de suite compris qu'en voyant débarquer la Das Reich avec un armement important, automitrailleuse, tank, chars et autres, ont tout de suite compris qu'ils ont adopté une position de repli instantanée. Ils savaient très bien qu'ils ne pouvaient pas lutter. Donc ça veut dire que la Das Reich, en fait, a verrouillé la ville de Tulle. Toutes les entrées et sorties ont été verrouillées le 8 au soir. Et il ne se fait rien passer de particulier dans la nuit du 8. Ce n'est effectivement que dès le matin, à la première heure, à l'aube, où les soldats, les SS bien sûr, ont appréhendé dans les maisons, les appartements, les hommes valides, des lobes, pour effectivement les rassembler, comme on le sait, à la manufacture d'armes de Tulle. Parce qu'encore une fois, c'est l'une des spécialités de la Das Reich, c'est déjà de fermer les portes de la ville, fermer les communications et de terroriser la population. Bien sûr, d'abord, il est plus facile de terroriser la population, non seulement la terroriser, mais la culpabiliser. C'est plus facile de se battre, c'est même pas se battre, contre des innocents que contre, j'allais dire, ne serait-ce que des maquis. Et donc, quelle est la position d'Asraich ? C'est de dire aux habitants, écoutez, vos terroristes, en parlant une fois de plus des FTP, nous ont attaqué. Donc ne soyez pas complices de ces gens-là et aidez-nous, sinon on va être obligés de prendre des sanctions. Et les sanctions, on va être obligés, c'était plus qu'une obligation, puisque les sanctions dans la tête de Général Heinz Bernard Lammertink étaient déjà prises. Il savait qu'effectivement que le 9 juin, Tulle allait plus que souffrir. Donc de fait, ça veut dire que tous ces hommes valides sont réunis sur la place de Souillac. Il y a environ 2500 à 3000 hommes qui sont réunis sur la place de Souillac. Il y a d'abord eu un premier tri parce que dans ces 2500 personnes étaient avec elles les autorités de la ville et même le secrétaire de préfecture, le directeur de la Croix-Rouge, enfin ce qu'on va appeler les autorités, et ces autorités ont tout de suite dialogué avec la direction de la SS pour leur faire remarquer que, d'accord, c'est 3000 personnes, mais pourquoi faire ? Ça veut dire qu'en bloquant 3000 personnes, on bloquait aussi partiellement l'économie de la ville. Donc tout de suite est entré en discussion de libérer, au nom de la sauvegarde de l'économie de la ville, de libérer bon nombre de personnes, que ce soit le personnel administratif, que ce soit la préfecture, la santé, les hôpitaux, et les métiers de bouche, tout ce qui est artisanat, bref, pour ne garder, si je puis dire, 700 personnes. Ce qui veut dire qu'il a été libéré environ tout de suite dans les 1800 personnes qui ont été libérées avant que ne commence effectivement ce fameux tri, le deuxième, de fait. Voilà, ce tri qui a démarré, évidemment, dans le milieu de matinée, vers les 10 heures. Ce tri hautement arbitraire, fait par le finistre Walter Schmalt, et qui, effectivement, a commencé à créer deux colonnes dans les centrales de la Manu. Et puis, ces deux colonnes, on va dire une à droite, une à gauche, il a tout de suite, en prenant au hasard de ses envies, mais complètement illogiques, créé une troisième colonne. Et les hommes qui constituaient cette troisième colonne ont été aussi, au gré de ses humeurs, ont été remis dans la colonne de droite, dans la colonne de gauche. Et ça a été, comment dirais-je, un mouvement incessant de transfert d'une colonne à l'autre, pour finalement arriver à cette colonne qui était constituée d'une centaine, de cent à cent cinquante personnes et qui était effectivement la colonne fatale. Fatale parce que donc ces hommes dont les familles sont à côté quelque part ? Alors les familles ne pouvaient pas rentrer dans la Manu. Il y a eu bien sûr les 1800 personnes qui ont été libérées, mais les 700 qui restaient, personne ne connaissait encore leur sort. On se doutait bien qu'il allait se passer quelque chose, mais on pouvait soit pessimiser, soit optimiser. En tout cas, on attendait. Et dans la fin de matinée, début d'après-midi, la sentence fatale tombe en annonçant qu'il allait y avoir 120 personnes de pendu, tout simplement. Et pour concrétiser tout ça, il a été édité une affiche, un citoyen de Tulle, disant qu'effectivement il n'y aurait que 120 personnes, 120 terroristes, pour reprendre la terminologie des SS, 120 terroristes subiraient le supplice de la pendaison et seraient jetés dans le fleuve. Enfin, le fleuve, en l'espèce, c'était la Corrèze. Et c'est à partir de là que ces 120 personnes ont encore une négociation âpre, une négociation entre les autorités et la direction des SS pour arriver à 99. 99 hommes pendus, 311 autres prennent la direction de Limoges en train, dont 149 seront ensuite transférés vers les camps de concentration allemands, et notamment celui de Dachau. Seuls 48 en reviendront vivants. Ce massacre de Tulle a profondément bouleversé la cité, mais aussi ses habitants, et c'est d'ailleurs ce que l'on abordera dès la semaine prochaine avec Roland Gognon dans le Quart d'heure Corrézien. Alors, merci pour votre fidélité à cette émission. On se retrouve dans une semaine, et d'ici là, je vous souhaite de passer d'excellents moments, en Corrèze ou ailleurs.
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