Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

32-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 15/05/26

15 mai 2026 · 15 min

Avec un compte, 15 Cœurs quand quelqu’un ouvre votre lien. Rejoindre la communauté
ÉPISODE 3 Le quart d'heure corrézien Après avoir expliqué son parcours et les raisons qui l'ont conduite vers une reconversion professionnelle, Claire Morel nous montre son atelier et surtout ces machines qui l'entoure. Des machines à qui elle a donné des noms. Celui "des femmes de [sa] lignée". Des femmes qui, à l'entendre, la portent dans son processus de création, mais aussi dans ses doutes face à la complexité des pièces à qui Claire souhaite donner vie.
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bréniges FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le quart d'heure corrézien. Depuis deux semaines maintenant, je vous propose de découvrir le portrait de Claire Morel, une artisane messacoise qui fabrique notamment des carcasses d'abat-jour. Mais pas seulement. Ce métier, elle l'a appris alors qu'elle était encore en région parisienne et qu'elle souhaitait prendre un petit peu ses distances avec le métier de conseil aux collectivités publiques. Alors, après une longue réflexion, Claire Morel a sauté le pas, sauté dans ce monde de la reconversion professionnelle. Et elle a ainsi atterri à Messac, dans le Midi-Corrézien. Un retour aux sources pour cet enfant du pays que nous retrouvons donc aujourd'hui encore dans son atelier, le quart d'heure corrézien. Vous avez le menu, c'est parti. Cet atelier avant, qu'est-ce que c'était ici ? Ici c'était une marbrerie, parce qu'on est à côté du cimetière de Messac. On voit là, il y a encore un pan de mur qui est tout rose. C'est du parpaing normalement, mais ces parpaings là sont roses parce qu'il y a les projections. La scie était toute proche et donc le marbre s'est projeté sur le parpaing. Donc c'était une marbrerie et voilà maintenant c'est un local qui accueille de la lumière. Non mais vrai. Ouais c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. On m'avait dit, moi j'ai, mes prénoms c'est Claire, Lucienne, Madeleine. Lucienne c'était mon arrière-grand-mère et Madeleine aussi, c'est deux de mes arrière-grand-mères. Un jour, on m'a dit, mais Lucienne, c'est la lumière, c'est la lumière sur la mort. Et Claire, c'est un peu de la lumière aussi. Et c'est vrai que ce n'est pas anodin d'être à côté d'un cimetière et de fabriquer de la lumière. Et oui, je suis heureuse de ça, de cette symbolique. Vous l'avez intellectualisé presque ? Oui, oui, je l'ai intellectualisé probablement. Mais qu'est-ce qui vous plaît là-dedans, justement, concrètement ? Alors, c'est particulier. La mort fait partie de la vie. La mort fait partie de la vie, mais ça, pour pouvoir le dire, tout le monde ne le dit pas. La mort, moi personnellement, c'est quelque chose que j'ai dû apprivoiser. J'avais très peur de la mort. Et maintenant, oui, je le vois plus comme un passage, comme une transformation. Il y a des gens qui emploient des termes qui ne parlent pas d'enterrement, mais d'anciennement. Ils ne parlent pas de mort, mais de naissance au ciel. Et voilà, j'aime l'idée de ce passage. Ça ne veut pas dire qu'il n'est pas effrayant, mais en tout cas, l'idée de créer ce lien-là, la mort c'est un passage du visible vers l'invisible donc les liens avec nos défunts sont différents mais ne s'arrêtent pas pour autant et la lumière a aussi quelque chose de cette chose extraordinaire mais qu'on ne peut pas toucher donc pour moi tout ça est un peu lié et en plus de ça il y a derrière moi Aglaé, Sophie, Maria ce sont des machines qui ont failli mourir c'est vrai. Alors, mes machines portent les noms des femmes de ma lignée. Pourquoi ? Parce que quand l'électricien est venu installer le tableau électrique, il avait sa machine pour faire les étiquettes. Et il a commencé à donner des numéros. Et je dis, ah non, je veux les nommer. Et en fait, j'ai réuni toutes les femmes de ma lignée autour de moi. Donc, il y a mes grands-mères, il y a mes arrière-grand-mères. Et puis, il y a également, il y a certaines machines. Par exemple, Sophie Aglaé-Zoulma, c'est la même personne, c'est juste qu'elle avait trois prénoms différents. Et j'adore ses prénoms. Non, mais dans le sens où c'est intéressant aussi, parce que vous leur donnez des noms, elles ont failli partir à la casse, et en leur donnant des noms, on leur donne une identité quelque part. Enfin, elles revivent. Oui, elles revivent et elles créent encore. Mais c'est magnifique, non ? Ah oui, oui, c'est... Moi, je trouve ça magnifique. Oui, c'est vrai, c'est vrai. Et c'est en ça que je dis que le lien continue à être nourri, mais d'une façon différente. J'ai eu la chance de connaître mes grands-mères, certaines de mes arrière-grand-mères, mais d'autres que je n'ai pas connues. Et j'ai eu besoin d'aller revisiter à un moment mon arbre généalogique pour aussi honorer ces femmes-là et honorer ces vies. Alors là, on rentre dans un chapitre un peu particulier, mais on porte, certains partent des liens transgénérationnels. Il y a eu des vies qui nous ont précédées, qui ont été parfois heureuses, parfois malheureuses. Il y a eu des rêves non assouvis, des vies non vécues. Et moi, j'ai eu besoin, au moment, d'aller honorer toutes ces femmes-là, de créer un lien avec elles, aussi de leur dire que leur vie, c'était la leur, que je n'avais pas, moi, apporté des choses qui ne m'appartenaient pas, mais que j'avais beaucoup d'amour pour elles. Et donc, elles fonctionnent, et donc, elles vous permettent de travailler aussi aujourd'hui ? Exactement, oui. On peut les faire marcher ? On va nous dire en gros comment ça marche tout ça. Alors, oui, on peut. Il y a un bruit extraordinaire. Ben oui, je l'imagine. Donc là c'est Suzanne, là c'est Suzanne, c'est ma grand-mère maternelle et Suzanne c'est une, qu'est-ce que c'est ça tape, j'ai l'impression, Suzanne c'est la soudeuse sur laquelle je travaille le plus, donc Suzanne c'est ma, c'est ma compagne au quotidien. Alors Suzanne, il y a plusieurs soudeuses ici parce qu'elles ont des fonctions différentes. Suzanne elle va souder en croix donc je superpose deux fils et que je place entre deux électrodes et ensuite j'appuie sur... Suzanne elle fonctionne avec l'air comprimé ce qui n'est pas le cas de toutes les autres soudeuses. Donc je mets mes deux fils à souder entre les électrodes, j'appuie sur une pédale. Alors le principe de Suzanne c'est que j'exerce une première pression sur la pédale qui va faire que les électrodes vont se, se réunir, vont serrer les fils que je souhaite souder, mais pour autant la soudure n'est pas encore faite. Ça me permet de bloquer les fils et de le repositionner pour bien m'assurer là, je veux essayer d'avoir un angle droit, voilà, je repositionne et une fois que mon fil est bien positionné, hop, je finis, je termine la pression sur la pédale et voilà, petite étincelle et un petit bruit, un petit clic, ti, voilà que j'aime beaucoup et qui est plus ou moins long en fonction de l'intensité qu'on souhaite donner à la soudure. Si j'avais voulu... Là, mes deux fils sont superposés et il reste les deux épaisseurs. On voit bien que ce sont deux fils superposés, mais j'aurais très bien pu écraser mes fils et donc là, le temps de soudure aurait été beaucoup plus long et donc le cliquetis aurait été plus... Ça n'aurait pas été un petit point, ça aurait été un trait d'union. Donc ça, c'est... En fait, ce sont toutes des soudeuses. Je pensais que c'était ça martelait ? Non, ça ne martèle pas, ce sont des soudeuses et après, elles ont des fonctions différentes. On a Aglaé ici qui, elle, va souder en T, c'est-à-dire je ne vais pas superposer mes fils je vais les faire se toucher par la pointe et ça donc, ça vous permet de créer des formes ? Voilà, alors dans ce savoir-faire-là, il y a vraiment deux on marche sur deux jambes la première jambe, c'est la formation du fil parce qu'on part de tiges droites et souvent on a besoin d'avoir des angles, on a besoin d'avoir des arrondis donc il y a toute une technique pour former le fil c'est pas facile parce que le fil a un effet ressort en fonction du diamètre du fil que je travaille plus le diamètre de mon fil est fin plus l'effet ressort est grand et donc si je veux contraindre mon fil, il faut que je le contraigne encore plus quand l'effet ressort est grand. Donc par exemple si je veux un arrondi et obtenir un arrondi l'équivalent d'un diamètre de, j'en sais rien 12 cm si je travaille avec un fil fin, je vais devoir utiliser un diamètre de 6 cm par exemple pour espérer avoir au final un diamètre de 12 cm au moment où il va se détendre au moment où il va se détendre et si le fil est fort Si je travaille avec des diamètres 4, 5, 6, là, je suis à peu près certaine que la forme que je vais donner à mon fil va être assez proche du résultat que je vais obtenir. Dès le départ. Dès le départ. Ok. Tout ça, évidemment, ça s'apprend. Oui. J'imagine que ça a été long, que ça a été difficile, parce que ça doit varier aussi en fonction de la température, de l'hygrométrie dans l'atelier. Oui, le fil va se comporter de façon différente et c'est toujours lui qui gagne. Et j'adore constater ça, c'est-à-dire que je pense que les gens qui travaillent la matière finissent par se dire que c'est toujours elle qui décide, en fait. Et pour moi, c'est vraiment un chemin d'humilité qui est vraiment fascinant. Parce qu'il faut se dire, oui, vous ne réussissez pas tout le temps ? Non, alors là, loin de là, parce qu'il y a beaucoup de tâtonnements. Et puis, ces métiers-là, c'est une foule de petites choses, c'est des choses qu'on va finir par sentir dans les doigts, c'est une foule de petites choses qui se déposent au fil du temps. Et donc, ouais, on tâtonne énormément, on échoue beaucoup, mais ça permet de renforcer les choses par la suite, parce que c'est de ces erreurs qu'on apprend. Et puis après, on se plante énormément. Ça aussi, je pense que c'est le propre de tous ceux qui travaillent, c'est qu'on ne voit que les défauts. Et quand on a le nez dessus, c'est terrible. On se dit, mais ce n'est pas possible, je ne peux pas expédier une pièce comme ça. Et puis quand on laisse passer une nuit dessus, on se dit, ah non, finalement, ce n'est pas si mal. Et puis quand quelqu'un vient de l'extérieur et ne connaît absolument pas le métier, il est où le problème, mais je ne vois pas du tout de quoi tu parles mais ça c'est parce que vous êtes exigeante et que vous n'êtes jamais satisfaite de ce que vous faites ça c'est sûr je ne sais pas c'est très difficile d'être satisfait parce que c'est pas facile c'est vraiment pas des exercices faciles et en plus le fil en l'occurrence que je travaille je ne peux pas le travailler à la main rarement le travailler à la pince donc il faut toujours que j'utilise des outils pour le contraindre et ouais ouais c'est pas simple Même à la main ils sont difficilement tordables c'est ça ? Alors je peux le tordre mais le résultat va être pas harmonieux du tout par exemple si je veux faire un angle droit à la main avec le fil que j'ai entre les mains voilà ça va me donner un arrondi complètement moche où on va voir l'endroit où le fil a été tordu je ne vais pas être forcément sur le même plan donc il va y avoir une torsion du fil qui va faire que mon fil ne va pas être sur le même plan alors que si j'utilise un outil je vais avoir ce genre d'angle d'accord et ça se fait avec quel outil ? c'est une pince ? Henri a appelé ça une coudeuse qui est ici Donc c'est un cercle qui est actionné par un manche et je peux changer les embouts qui sont au milieu. Et en fonction du résultat que je souhaite avoir, là je peux contraindre mon fil, avoir un angle. Et je vais positionner des butées différemment en fonction de l'angle que je souhaite avoir. donc rien que pour ça on tâtonne en fait parce que là j'ai un fil de 2,2 mm donc il faut que je tienne compte de l'effet ressort donc il faut que mon angle il soit un peu plus fermé qu'un angle à 90 degrés et que ma butée fasse en sorte que voilà, alors là je suis allée trop loin mais voilà et en gros quand on fabrique une pièce énormément de temps qui est consacré au réglage au pointage de tout ça et c'est aussi la raison pour laquelle quand on fait une pièce qu'on fasse une pièce ou dix pièces c'est quasiment pareil Et si vous entendez la passion dans la voix de Claire Morel, vous entendrez aussi son envie de voir le monde du travail évoluer, évoluer pour pouvoir passer d'un métier à l'autre sans jamais se perdre au fond de soi C'est l'horizon du prochain épisode, épisode que vous retrouverez dès vendredi prochain. En attendant, n'hésitez pas à m'écrire à cette adresse, info@radiograndbrive.fr. Faites-moi part de vos envies de portraits à découvrir, de ce qui vous plaît ou de ce qui ne vous plaît pas dans Le Quart d'heure corrézien. Mais avant de vous retrouver la semaine prochaine, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez Le Quart d'heure corrézien en réécoute sur nos sites internet mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.

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