Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

31-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 8/05/26

8 mai 2026 · 15 min

Avec un compte, 15 Cœurs quand quelqu’un ouvre votre lien. Rejoindre la communauté
Épisode 2 : De retour dans l'atelier de Claire Morel à Meyssac. Claire qui, il y a une dizaine d'années, à opéré un virage professionnel à 180 degrès. Elle a quitté un travail de bureau pour se tourner vers un métier artisanal où elle peut exprimer toute sa créativité. C'est ce qu'on appelle une reconversion professionnelle. Un chemin pas forcément simple à emprunter, mais qui, à force de réflexion et donc d'écoute de soit, semble tout à fait carrossable...
Lire la transcription

Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce nouveau numéro du quart d'heure corrézien. Quart d'heure qui conserve cette ambition, aller à la rencontre de Corréziens et de Corréziennes afin de comprendre leur parcours personnel et professionnel. Depuis janvier dernier, je parcours le département en cherchant à illustrer une problématique de société par des portraits de celles et ceux qui habitent et animent notre territoire. Depuis la semaine dernière, nous sommes avec Claire. Claire qui a une quarantaine d'années et qui, il y a 10 ans, a opéré un virage à 180 degrés par rapport à sa carrière professionnelle pour mieux se tourner aujourd'hui vers un métier d'artisanat d'art. Elle est installée à Messac, au sud de la Corrèze, dans un atelier où elle fabrique des carcasses métalliques d'Ounesse, des luminaires. Et c'est donc de ce parcours de reconversion professionnelle, parcours semé de doutes, de réussites, d'échecs, de réflexions, mais surtout de solutions, au pluriel, que je vous propose aujourd'hui de parcourir en débutant par cette question. Comment réussir à quitter un secteur pour lequel on a étudié durant de longues années, sans jamais s'oublier soi ? Le quart d'heure corrézien, vous avez le menu, c'est parti ! Voir au-delà des apparences et avoir un espace suffisamment grand à l'intérieur de soi pour pouvoir tout absorber. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut tout subir, pas du tout. Mais c'est qu'on peut d'un côté dire non et de l'autre rester parfaitement calme. Et tout ça fait que petit à petit, vous tombez sur cet homme ou cet atelier en région parisienne de carcassier, c'est ça ? Oui, alors c'est vrai que dit comme ça, c'est difficile de faire le lien. Oui, parce qu'il y a une marche énorme entre les deux mondes. Exactement, on a l'impression même qu'on parle de choses complètement différentes. Et pourtant, pour moi, le lien, il est évident. Pourquoi ? Parce que le monde de l'intériorité, c'est aussi le monde de la créativité. Quand on se rebranche à l'intérieur de soi, il y a un univers entier qui s'ouvre et qui fait qu'on se positionne différemment dans la plupart des choses qu'on peut faire et on devient créateur, créateur des interactions qu'on a avec les gens, créateur des choix qu'on va faire et puis créateur potentiellement des objets qu'on pourrait fabriquer. Mais on peut créer plein de choses, c'est des objets mais c'est aussi des moments. Et le fait de poser ses limites, c'est une façon de reprendre un peu du pouvoir, en tout cas de prendre conscience du rôle de créateur qu'on a dans toutes les choses qu'on peut vivre. Et donc, l'évidence elle est là, c'est que quand on nous met un atelier entre les mains, et bien ok, mais qu'est-ce que moi j'ai envie d'offrir en fait ? Qu'est-ce qui a été déposé à l'intérieur de moi par la vie ? Et qu'est-ce que je peux rendre de ce qui a été déposé à l'intérieur de moi ? Et cet atelier-là, comment il arrive dans votre vie finalement ? Alors de façon, par un heureux hasard, mais de façon un peu troublante. Dans ce chemin-là où je commence à prendre conscience du pouvoir de créateur qu'on a à chaque instant, Dieu me dit, si j'ai des idées qui me viennent en tête, ce n'est pas pour rien. Et au fait, les idées, je considère que j'ai été aussi aidée par des amis qui m'ont ouvert à ces considérations-là. Mais les idées qu'on a, elles ne sont pas là pour rien. Si j'ai envie de manger du rôti de porc, je n'ai pas envie de manger du poulé rôti. Et ce n'est pas anodin, en fait. Pourquoi du rôti de porc et pas du poulé rôti ? Bref. Et donc, l'idée, c'est de dire... J'ai commencé à m'amuser à écouter toutes mes idées et à les suivre. Un peu comme en faisant un jeu, quoi. Tiens, j'ai cette idée-là. Allez, j'ouvre la porte. Qu'est-ce que ça me dit ? Et donc, l'atelier est arrivé par une succession d'idées que j'ai écoutées. De portes ouvertes. Et de portes que j'ai ouvertes, mais que j'aurais très bien pu ne pas ouvrir. Et ça s'est passé, je pourrais presque dater ce jour. J'habitais à Paris, au Batignolles, dans un quartier que j'aimais beaucoup. Et il y a un restaurant qui venait d'ouvrir dans le quartier. Et j'adorais la déco. Je trouvais que c'était une déco un peu éclectique et tout. Je trouvais ça sympa. Et donc, un dimanche midi, je me dis, tiens, si j'allais essayer le nouveau resto ? Mais tout de suite, il y a une autre voix qui est apparue dans ma tête et qui m'a dit, « Oh ben non, tu es toute seule, tu ne vas pas y aller. » Et là, puisque je savais que c'était important d'écouter ses idées, je lui ai dit « Non, j'ai eu l'idée, je vais aller dans ce restaurant pour le tester. » Et donc je me retrouve un dimanche midi, toute seule, attablée dans ce restaurant. Je regarde la déco, je me dis « Ah, c'est vraiment sympa. » Et là, il y a une idée qui est catapultée dans ma tête, je ne sais pas, mais ça a fait comme une espèce de pop. Et ça me dit, je ne peux pas dire autrement, contacte les décoratrices du restaurant et parle-leur de toi ce que tu fais. Alors moi, je fabriquais des abat-jour. L'atelier n'est pas venu de rien. Mais vu que je commençais à écouter toutes mes envies de création, j'avais commencé à fabriquer, à apprendre à fabriquer des abat-jour. Mais c'était du bricolage. C'était du bricolage le dimanche après-midi. Et donc, l'idée me dit, parle-leur de tes abat-jour, contacte les décoratrices, et voilà. Et donc, je m'exécute. Mais vraiment, je fais ça consciemment, comme un Sherlock Holmes qui s'amuse à dire, tiens, j'ai eu cette idée en tête, je vais m'amuser. Et donc, je vais sur Internet, je cherche le nom des décoratrices de ce restaurant, je le trouve, je leur écris, et je leur dis, bonjour, je fais des abat-jour dans mon salon le dimanche après-midi. J'aimerais bien vous rencontrer, je voudrais en savoir plus sur votre métier. Un peu comme une journaliste qui a envie de s'ouvrir un peu à d'autres choses. Et donc, ok, alors elle me répond. Elle me dit, ok, mais si vous voulez, on vous rencontre tel jour, telle heure. Très bien. Et donc, j'arrive, je leur montre des photos de mes abat-jour et je les questionne sur leur métier. Et elles me disent, mais vos abat-jour, vous achetez vos structures toutes faites dans le commerce ? Et bien, je fais oui, mais ce qui pourrait être génial, c'est de faire vous-même vos propres structures. Là, vous êtes comme ça, vous êtes libre. Je dis, ah oui, bonne idée. Et là, je me dis, si on m'a dit ça, ce n'est pas pour rien. Donc, je rentre chez moi, je cherche sur Google comment on fabrique des carcasses d'abat-jour. Et je tombe sur la vidéo YouTube d'un monsieur qui ressemble au Père Noël, Henri. Je vois son atelier, il est à Aulnay-sous-Bois. J'écris à cet homme et je lui dis, bonjour, je voudrais apprendre à fabriquer des carcasses. Comment je peux faire ? Je pensais en avoir pour 4-5 jours. Et Henri, l'atelier, me répond, me dit, écoutez, on va s'arrêter pour faire complètement autre chose. Si vous êtes intéressé pour reprendre l'entreprise, n'hésitez pas. Directement ? Directement. L'entreprise ou du matériel, n'hésitez pas. Et là, je me suis dit, mais c'est incroyable. Moi qui me suis un peu amusée à suivre mes idées, un peu comme si on avait mis des cailloux sur mon chemin. Et vraiment, je le faisais consciemment. Et j'ouvrais, je déballais tous ces petits cailloux. Et là, je me suis dit, ah non, mais là, c'est incroyable. Enfin, ce jeu est extraordinaire. Donc, vous quittez Paris, vous allez à Aulnay-sous-Bois pour découvrir cet atelier aussi. Exactement. Là, je me dis, à priori, je ne me vois pas trop reprendre une entreprise avec de la ferraille. Mais je vais quand même venir vous voir. Je ne voudrais pas mourir bête. J'étais curieuse. Et donc, j'ai pris le RER, je suis allée à Aulnay. Et là, je découvre un atelier qui était tellement beau. L'atelier travaille l'acier cuivré. Il y a très, très peu de cuivre dans cet acier, mais l'aspect est quand même cuivré. Et puis, c'était des tons chauds, il y avait une lumière orangée. Enfin, tout était beau. Il y avait des vieux bois usés, vernis, enfin bref, magnifiques. Et je comprends que cet atelier va partir à la ferraille et qu'il n'y a pas de repreneurs parce qu'Henri et Anne-Marie vont tirer leur révérence. C'est bientôt l'âge de la retraite. Et puis, voilà, ils ont de l'énergie, mais pour autre chose. Voilà, plus pour cet atelier-là. Et là, je comprends que ça va partir à la ferraille et que c'est un des derniers artisans à faire ça en France, quoi. Et je me dis, mais c'est pas possible. Donc, moi, je ne me voyais pas du tout faire de la ferraille. J'appelle un ami féru de métiers d'art. Il me dit, Claire, tu fonces, tu ne laisses pas ça partir à la ferraille. C'est pas possible, quoi. Mais là, vous avez quel âge ? Je devais avoir un peu plus de 30 ans. Oui, j'avais 32-33 ans. Donc il y a une dizaine d'années. Il y a une dizaine d'années. C'est vertigineux quand même de se dire, j'arrête tout, j'ai fait des longues études, j'ai fait des stages un peu impressionnants aussi pour repartir vers quelque chose de manuel, de poussiéreux qui sent mauvais quelque part. Qui salit les mains. Oui, oui, c'est vertigineux. Et en fait, tout ça s'est passé en quatre mois parce qu'entre le moment où j'ai découvert l'atelier et le moment où l'atelier a été déménagé d'Aulnay-sous-Bois en Corrèze, il y a eu quatre mois. Et je crois que j'étais complètement à côté de mes pompes pendant cette période-là parce que je sentais en même temps j'étais poussée par certaines personnes qui aimaient les métiers d'art, la Chambre des métiers de la Seine-Saint-Denis qui m'a dit mais écoutez, c'est un fleuron, il ne faut pas que ça parte, etc. Donc il y avait plein de gens qui m'encourageaient, d'autres gens qui me décourageaient beaucoup parce que c'est complètement inconscient. Mais mes parents aussi m'ont également soutenu dans la démarche parce qu'ils sont attendris par les métiers d'art, donc ils m'ont soutenu. Et merci à eux parce que c'était pas évident. Et en effet, je quittais un monde des études, un salaire qui tombait tous les mois pour aller vers un univers où je ne maîtrisais absolument rien. J'étais absolument pas une bonne candidate pour les banques parce que quand je disais que j'avais aucune expérience dans l'artisanat, autant vous dire que dans les notations, j'étais pas du tout dans les bons tableaux. Mais quelque chose nous pousse et je dirais que c'est vraiment, il ne faut pas penser au sommet de la montagne, mais je dis ça après coup, mais vraiment à vivre au jour le jour et à faire les choses au jour le jour, étape par étape. Mais vous dire que j'ai fait ça sereinement, pas du tout. Je ne savais pas du tout où j'allais. Et pourtant, ça n'a pris que 4 mois. Donc ça veut dire quelque part que votre projet était construit. Ça n'a pris que 4 mois parce qu'on n'avait pas le choix, parce qu'Henri et Anne-Marie avaient mis les murs de leur maison et de leur atelier en vente. Donc on était pris dans le délai de ce déménagement-là. Et donc quelque part, oui, ça a accéléré les choses. Et là encore, je remercie mes parents parce que quand moi, j'étais à Aulnay en train d'être formée par Henri, mes parents s'activaient en Corrèze pour me chercher un local, pour me chercher une maison, puisque je quittais tout. Je quittais en même temps ma vie parisienne et me trouvais une voiture. Je n'avais pas de voiture. Et oui, ça a été. Ensuite, il y a eu le temps du déménagement. Et puis après, tout le temps des démarches pour créer l'entreprise, demander des financements, etc. Mais je dis que c'est vertigineux aussi parce que vous quittez la vie parisienne pour revenir en Corrèze. On est aussi avant le Covid. Le Covid a fait que beaucoup de gens ont réfléchi sur les reconversions professionnelles. C'est maintenant quasiment normal, il y a une forme de logique de se reconvertir. Mais il y a dix ans, ce n'était pas totalement ça quand même. Oui, c'est vrai. Alors là, ce qui m'a porté, c'est vrai que je suis passée d'un quartier parisien à un petit village. Mais je sais que je sentais profondément l'envie depuis quelques temps de revenir à la nature. Et donc j'étais portée par ça. Après, je peux être assez solitaire, et donc ça, ça ne me faisait pas peur. Grâce à vos parents, vous vous retrouvez ici, cet atelier avant, qu'est-ce que c'était ici ? Ici, c'était une marbrerie, parce qu'on est à côté du cimetière de Messac, et donc on voit là, il y a encore un pan de mur qui est tout rose, c'est du parpaing normalement, mais ces parpaings-là sont roses, parce qu'il y a les projections, la scie était toute proche, et donc le marbre s'est projeté sur le parpaing. Donc c'était une marbrerie, et voilà, maintenant c'est un local qui accueille de la lumière. Non, mais vrai. Oui, c'est vrai. C'est vrai, c'est vrai. On m'avait dit, moi, mes prénoms, c'est Claire, Lucienne, Madeleine. Lucienne, c'était mon arrière-grand-mère. Et Madeleine aussi, c'est deux de mes arrière-grand-mères. Et un jour, on m'a dit, mais Lucienne, c'est la lumière. Oui, c'est la lumière sur la mort. Et Claire, c'est un peu de la lumière aussi. Et c'est vrai que ce n'est pas anodin d'être à côté d'un cimetière et de fabriquer de la lumière. Reste que c'est un atelier qui vit aujourd'hui, qui donne naissance à des créations uniques et nous entendrons comment il fonctionne et comment Claire Morel lui donne vie dans le prochain épisode. Il sera disponible dès vendredi prochain. En attendant de vous retrouver, n'hésitez pas à m'écrire à cette adresse info@radiogrambrief.fr. Faites-moi part de vos réactions, de vos émotions, de ce qui vous plaît dans ce format ou de ce qui ne vous plaît pas. Mais surtout, surtout, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le Quart d'heure corrézien en réécoute sur nos sites internet mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.

Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.

95.6 FMBréniges FM
La Corrèze dans vos oreilles