Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

27-LE QUART D'HEURE CORREZIEN

16 mai 2025 · 15 min

Avec un compte, 15 Cœurs quand quelqu’un ouvre votre lien. Rejoindre la communauté
Le quart d'heure corrézien : C'est l'explosion dans les vignes de Branceilles. Les feuilles sont sorties, les branches se développent et même les grappes se dessinent ! Après deux années de gel consécutif, le général hiver a laissé les vignerons tranquilles cette année. Mais ce n'est qu'un obstacle qui vient d'être franchi. La cité de l'accordéon et des patrimoines accueille une sculpture exceptionnelle jusqu'au 13 juillet. Un prêt du musée d'Orsay à Paris. Le quart d'heure vous dit pourquoi il vous faut faire un détour par le musée pour la contempler !
Lire la transcription

Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce nouvel épisode du quart d'heure corrézien, quart d'heure qui file dans les vignes de Brançailles parce que depuis quelques jours, ça y est, les saints de glace sont passés et avec eux, c'est toute la pression et la crainte de voir s'abattre un épisode de gel qui disparaît. Alors oui, on souffle du côté des vignerons, même si vous l'entendrez, tout n'est pas encore gagné. En fin d'émission, nous retrouverons la prescription culturelle, prescription qui nous mènera à la cité de l'accordéon et des patrimoines à Tulle pour découvrir une sculpture exceptionnelle prêtée dans le musée d'Orsay, le quart d'heure corrézien. Vous avez le menu, c'est parti. Nous nous sommes donnés rendez-vous dans les vignes, entre les hameaux de la Bourdie et celui des Bory à Brançailles. Je sais qu'elle est là parce qu'une voiture est visible, mais elle, je ne l'aperçois pas. Alors en avançant entre les rangs, je jette un coup d'œil à gauche, à droite, sans trop savoir si je suis au bon endroit, jusqu'à distinguer cette silhouette svelte, tantôt debout, tantôt accroupie, au pied des ceps. Elle, c'est Laurence Barraud, une cinquantaine d'années, lunettes rondes sur le nez, chevelure rousse, gants aux mains, depuis le lever du jour, elle ébourgeonne chaque pied de vigne de cette parcelle d'un peu plus d'un hectare. Là, vous voyez, sur mes ceps, il y a peut-être une cinquantaine de pousses d'un mois ou 15 jours, voire deux jours. Et je vais sélectionner celles que je veux garder pour faire mes pousses de l'année prochaine. Donc j'enlève tout ce qui est petit et après je garde deux de chaque côté, ce qu'on appelle des courçons, pour faire du bois de l'année prochaine. Donc je vais en enlever 90 %. Tout l'enjeu de l'ébourgeonnage est de permettre à la plante de concentrer son énergie à des endroits voulus par la vigneronne. Si on laisse tout, ça va épuiser le cep. Le tout, c'est de garder un équilibre entre la production qu'on souhaite avec la qualité. Parce que s'il y a trop de raisins, on perd de la qualité. Donc il faut jauger celle-là, qu'il faut connaître ses ceps, ses parcelles. Et puis il faut respecter le cep. Si vous l'épuisez, il va vous donner tout de suite plein de raisins. Voir il ne va pas forcément les mener jusqu'au bout. Mais l'année d'après, il ne vous donnera plus rien. C'est donc tout un travail minutieux qui a débuté depuis le début du mois de mai et qui va se poursuivre durant un mois à peu près. Le travail, notamment sur le merlot, c'est un cépage qui est souple. Pour moi, il faut travailler très vite. Il continue à sortir, mais il est souple. Donc en fait, à la main, il s'en va très bien. Vous pouvez prendre une poignée entière, vous n'abîmez pas et c'est très pratique. Alors que le cabernet, moi ça y est, j'ai tout épampré parce que lui est plus raide. Et si vous attendez, on va dire, le joint par exemple, limite, il faudra prendre le sécateur. Et ce qui fera des plaies, chose qu'il ne faut pas faire. Parce que ces plaies peuvent être une porte d'entrée pour les parasites et donc les maladies. Aussi, l'analogie avec le corps humain est facile à faire, note Laurence Barraud. Il y a un côté humain. Si vous vous égratignez, ce n'est pas grave. Si vous vous coupez, c'est plus gênant. Donc, il y a plein de choses qui sont assez comparables. Alors que le printemps est bel et bien lancé et que la végétation sort à grande vitesse, la vigneronne, à l'instar de ses collègues de la coopérative brançaillaise, est entrée dans un long marathon. C'est la course contre la montre, en fait. C'est ça la difficulté de l'ébourgeonnage, contrairement à la taille. Il faudrait être dans toutes les parcelles en même temps, pour faire un bon travail, et puis aussi la rapidité. Il y a que moi, généralement, je commence l'ébourgeonnage vers le 5 mai, et je mets un mois, un mois et demi. Entre le 5 mai et le 5 juin, je peux doubler le temps de travail, d'où la nécessité de faire vite. Or, si cette rapidité d'exécution est indispensable, celle qui n'est entrée dans la culture de la vigne que depuis une dizaine d'années maintenant, a dû affûter son regard et donc son œil pour prendre les meilleures décisions. En l'espace d'une demi-seconde, votre œil doit intégrer énormément de paramètres. C'est-à-dire, est-ce que votre latte est bien située ? Pas trop haut ? Pas trop basse ? Pas trop à l'extérieur ? Est-ce qu'elle est fructifère ? Combien il y a de raisins dessus ? Et donc il faut intégrer tout ça en l'espace d'un quart de seconde pour pas que le travail dure trop longtemps et puis qu'il ne se trompe pas bien sûr. Toujours dans l'objectif d'avoir le meilleur raisin à la fin quand même ? D'avoir la bonne quantité de raisin et puis d'anticiper le futur travail de la taille aussi. Donc c'est énormément de critères qui doivent s'intégrer. Moi j'ai réussi en gros à intégrer un critère par an et aujourd'hui j'en suis à 10 ans donc on va dire 10 critères. Aussi, pour que ces décisions n'engagent pas la qualité de la récolte, au-delà du travail de la vigne, Laurence Barraud a surtout appris à bien connaître ses ceps. Pour comprendre la vigne, il faut faire un cycle d'une année. Puisqu'on dit que c'est l'épampeur qui fait le tailleur. C'est logique, on ne peut pas tailler quelque chose qui a été enlevé. Donc, le travail le plus délicat et le plus déterminant, c'est l'ébourgeonnage. C'est-à-dire que vous choisissez vos lattes et c'est après, en hiver, que vous pourrez les tailler. Et les garder, si vous les avez enlevées, elles ne sont plus là et on ne peut pas y revenir, on ne peut pas les recoller. Voilà pour les branches, mais le feuillage aussi a son importance. Et tout au long de la saison, c'est-à-dire du printemps jusqu'aux vendanges. C'est les feuilles qui font la photosynthèse, donc c'est primordial. Donc c'est très important d'avoir un bon feuillage. Là, pour l'instant, il est magnifique. Ce que je fais, c'est que je laisse tout, on protège, parce qu'on a quand même, en général, des étés chauds sur Brançailles. Si on enlève les dernières années. Donc, le feuillage va protéger aussi les grappes. Et par contre, fin août, ou à peu près à partir de mi-août, on va s'approcher des vendanges, et éventuellement, on va effeuiller un petit peu pour voir les grappes, déjà pour continuer à les surveiller quand il y a vraiment un feuillage important. Et par contre, ce qu'on peut faire, enfin, ce que je fais sur cette grande parcelle-là, c'est qu'on va effeuiller du côté du soleil levant, pour toujours protéger du soleil, mais que les grappes aient la lumière. Qu'en clair, elles grossissent, qu'elles puissent prendre du sucre quelque part ? Voilà, exactement, prendre du sucre, mais ne pas brûler. C'est toujours un juste milieu. Et puis les feuillages, alors là, peuvent se faire aussi des fois au dernier moment, la veille, parce qu'il arrive qu'on vendange à la main, notamment pour le vin paillé. Et donc là, les feuillages permettent un meilleur travail de voir les grappes, notamment sur le chardonnay qui est blanc, et des fois qui peut se cacher. Mais dans le feuillage, on ne va pas voir la grappe de raisin blanc. Donc en ayant effeuillé la veille, ça permet de, quand on arrive avec les vendangettes, on voit bien le raisin. Alors des vendangettes, ce sont des petits sécateurs, tout fins, très coupants, qu'on utilise pour couper les grappes de raisin. En ce moment, vous l'aurez donc compris, la vigne est en pleine explosion. C'est-à-dire que les feuilles sont sorties, les premières grappes, elles aussi, sont en train de se former en clair. La période du stress du vigneron qui espère que le gel ne s'abatte pas est en train de passer. Un véritable soulagement pour Laurence Barrault et les autres vignerons coopérateurs de Brosseil. Enfin, pas de gel. A priori, on peut imaginer qu'on est sauvé. Après, on a tendance à dire que rien n'est gagné tant que le raisin n'est pas dans les cuves. Ce qui n'est évidemment pas le cas. On a vu sur Paris des épisodes de grêle ces derniers temps. Moi, je n'ai jamais connu la grêle, j'espère ne jamais la connaître. Après, l'avantage des parcelles de Brosseil, c'est qu'on a plein de petites parcelles. Donc la grêle étant relativement locale en général, on peut imaginer et espérer que si un jour on prend la grêle, ce ne sera pas tout le vignoble qui sera touché, mais que certaines parties. Donc voilà, on va croiser les doigts pour qu'on ait un été clément, qu'on ait de temps en temps un petit peu d'eau. Des bons petits orages, ça fait toujours du bien. On a quelques parcelles qui sont irrigables, mais pas toutes. Donc on a besoin de cette eau. Et puis pas trop d'eau non plus, parce qu'on a été touché par le mildiou depuis 2-3 ans. Et ça fait aussi beaucoup de dégâts, même si ça se voit moins. Il y a énormément de pertes. Et puis la qualité, elle est quand même un petit peu touchée, donc c'est dommage. Pour autant, ce n'est qu'un seul obstacle qui n'est actuellement franchi, reconnaît la vignerone. Jusqu'à fin août, il ne me semble pas me tromper, il y a deux ans on a commencé à vendanger le 25 août, l'année dernière ça devait être au tour de début septembre, donc jusque là on a une cause de stress en moins pour le moment. Maintenant, on ne peut pas se coucher avec le sourire. Il faut quand même attendre les cuves. De voir la machine avant danger arriver et se dire qu'on a du bon raisin, qu'on va pouvoir faire un excellent vin. Cette année, on a malheureusement pu faire que du rosé. Heureusement qu'on ne vend pas tous nos millésimes en même temps. Donc on a toujours tous nos vins à proposer, sauf des fois des ruptures de stock de succès. Mais voilà, tous nos vins sont à la vente tout au long de l'année. Et j'espère que cette année, on fera un vin excellent. Parce que j'en suis plutôt fier en général de nos vins. Et puis j'aime le Brosseil. Je reconnais qu'il a évolué depuis pas mal d'années et en bien. Voilà, je pense que ça fait partie des avantages de travailler avec les mêmes personnes qui ont appris le travail, qui ont évolué, qui ont progressé chaque jour, chaque année et qui savent bien transformer tous nos raisins en fait. Alors si vous souhaitez participer à cette aventure vignerone, vous pouvez aussi rejoindre l'équipe des coopérateurs de Brosseil. Ils cherchent des vignerons, de nouvelles paires de bras qui ont envie aussi de poursuivre cette aventure lancée il y a 35 ans cette année. Place à la prescription culturelle de ce quart d'heure corrézien. Prescription qui nous emmène à la cité de l'accordéon et des patrimoines de Tulle parce qu'ici, jusqu'à la mi-juillet, vous pourrez y admirer une sculpture exceptionnelle prêtée par le musée d'Orsay à Paris. Écoutez ce reportage d'Emeric Tudou de Bréniges FM. Aujourd'hui, nous retrouvons Eugénie, Eugénie Dezali, responsable du service des publics, qui nous présente, osons le dire, la star de cette exposition. L'œuvre d'aujourd'hui est donc cette statue, cette sculpture d'Antoine Bourdelle, qui s'appelle le Bélier Rétif, qui a été réalisée en 1909 par l'artiste et qui nous est donc prêtée par le musée d'Orsay. Et c'est autour de cette œuvre finalement que nous avons bâti cette exposition, Vivant ce que l'art nous dit, puisque cette œuvre nous permet de questionner le rapport de l'homme et de l'animal, je devrais plutôt dire des humains et des autres animaux, puisque cette œuvre nous présente, comme son nom l'indique, un bélier qui est rétif, c'est-à-dire rebelle. Il est présenté dans une posture fière, puissante, saisi dans un moment où finalement il s'élance, un moment de ruade, on le voit, le regard braqué au sol, les cornes en avant, les pattes avant qui sont déjà dans le vide, il fend l'air et il a cet air déterminé de l'animal qui finalement se rebelle et se révolte. Notre bélier n'est pas seul, il est accompagné de la bergère qui est à ses côtés, qui tente d'une main de le retenir. Elle est là, bien encapuchonnée, drapée dans son manteau. Cette bergère est bien campée sur ses appuis, comme ancrée dans le sol. Finalement, Antoine Bourdelle nous propose, à travers ces deux personnages et à travers la composition, même en X, en croix, de cette sculpture, deux mondes qui s'opposent, avec le bélier qui était lancé, la bergère qui le retient et finalement là, une vision avec l'homme d'un côté, l'animal de l'autre et vraiment un affrontement qui se passe sous nos yeux comme si on avait d'ailleurs la raison d'un côté et le sauvage de l'autre. Le bélier est un animal très important pour lui. Il a rencontré un bélier et il y a toute une histoire d'amour avec un bélier d'amitié à l'été 1908. Ils se rendent dans le Vercors, dans une ferme où il y a ce bélier qu'ils représentent dans cette sculpture. Et ce bélier, eh bien, ils tombent en amour devant ce bélier. Ils sont fascinés l'un l'autre et ils développent une relation avec ce bélier qui l'accompagne dans ses balades, dans les paysages magnifiques du Vercors qui vont essayer de l'inspirer pour renouveler un petit peu son art. Le bélier mange à leur table, il devient le modèle de Bourdelle. Et Bourdelle, pendant ces quelques mois dans le Vercors, n'aura de cesse que de vivre avec le bélier, de le dessiner. On a beaucoup de croquis pris sur le vif du bélier dans différentes postures, saisis dans des moments du quotidien. Et de cette rencontre et de ce lien fort entre l'homme et l'animal, naîtront trois sculptures. Le Bélier Rétif, qui est devant nos yeux, ce moment d'affrontement, mais aussi le Bélier aux Rochers, où cette fois la bergère n'est plus présente, il n'y a que le bélier qui est sur son rocher et regarde un peu fièrement ce qui se passe autour, il est majestueux, il trône et c'est le personnage principal vraiment de la sculpture. Et le troisième bélier, c'est le bélier couché, où là c'est toujours le même animal mais qui est tout simplement couché, lové sur lui-même dans un moment de tendresse, de vulnérabilité et donc ces trois facettes d'un même animal que nous représente Bourdelle. Au-delà de la pièce que nous avons, qui est le moment un peu critique, il y a finalement un puzzle à reconstituer et qui est le puzzle d'une relation complexe entre ici un homme et un animal, mais comme on a des relations complexes entre humains de la même espèce. L'exposition temporaire « Vivant ce que nous dit l'art » est visible jusqu'au 13 juillet prochain à Tulle, à la Cité de l'Accordéon et des Patrimoines. C'est la fin de cet épisode du Quart d'heure corrézien. Merci à toutes et tous pour votre fidélité. Je vous propose de vous retrouver dans une semaine maintenant pour un nouveau numéro, mais d'ici là, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le Quart d'heure corrézien en réécoute, sur nos sites internet, mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.

Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.

95.6 FMBréniges FM
La Corrèze dans vos oreilles