Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
24-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 20/03/2026
20 mars 2026 · 15 min
Lire la transcription
Le quart d'heure corrézien, le magazine d'information hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM, réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce nouveau portrait du quart d'heure corrézien. Depuis janvier dernier, je vous propose d'aller à la rencontre de Corréziennes et de Corréziens. Rencontres qui me permettent de vous donner le temps d'entendre leur voix, leurs opinions aussi, mais surtout de comprendre les questions qu'ils et elles se posent dans leurs activités, qu'elles soient professionnelles ou associatives. Et dans cette nouvelle série que nous débutons aujourd'hui, je vous propose d'entendre une femme. Cette femme, c'est Pauline Vignal. Elle a fait le choix de vivre à la campagne et de défendre non seulement un mode de vie rural, mais sans pour autant oublier ou négliger le monde qui l'entoure. Le quart d'heure corrézien avec Pauline, c'est parti ! Et nous voilà donc de nouveau sur la route, des routes coréziennes évidemment. Et nous sommes en direction de Vigeois, et plus particulièrement du hameau de Bléja, où je vais rencontrer aujourd'hui Pauline, Pauline Vignal, qui est une jeune femme qui a une vingtaine d'années, qui était bouchère charcutière à Brive-la-Gaillarde, et qui a quitté son métier il y a quelques mois maintenant, pour revenir en fait à Vigeois, et reprendre la ferme familiale tout simplement. Et c'est ce portrait-là, donc, empli de questionnements, j'imagine, que je vais essayer de vous faire entendre cette fois-ci, dans le quart d'heure corrézien. Et donc, on arrive petit à petit dans ce hameau. On est sur de petites routes coréziennes, très sinueuses. Il pleut, encore une fois, aujourd'hui, c'est... Chaque fois que je viens en reportage, presque, il pleut. Mais ça reste toujours aussi magnifique, des petites routes, des prairies, donc, des paysages qui s'ouvrent, qui se referment aussi. On est en plein centre de la Corrèze, donc ce n'est pas du tout le même paysage que celui de la Haute-Corrèze et du plateau de Millevaches, évidemment. Mais ça reste donc toujours ces paysages ruraux, et on file donc à Bléja. Pauline, vous avez 25 ans, je vous connais parce qu'en fait vous étiez bouchère à Brive, à Brive-la-Gaillarde. Et maintenant, je vous retrouve ici à Vigeois, à Bléja. Où est-ce qu'on est ? Sur l'exploitation familiale, parce que moi, maintenant, j'ai laissé un peu la boucherie à côté et je vais m'installer sur l'exploitation familiale avec mes deux parents. C'est un rêve ? Non, ce n'est pas vraiment un rêve. Je dirais plutôt que c'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire depuis que j'étais petite. J'ai baigné dedans, je suis née presque dedans. Et c'est vrai que j'ai travaillé avant de faire ce choix sûr. Et c'est quelque chose que je ne regrette pas d'avoir travaillé avant parce que je pense que c'est très important. Et c'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire dans le fond. Et puis voilà, ça arrive à ce moment-là. Et je pense que c'est le bon moment même pour moi. J'ai eu pas mal d'expérience à côté au niveau boucherie et autres. Et ce coup-ci, je pense que c'est bon. Pauline, c'est assez étonnant, vous avez 25 ans donc, mais vous êtes lancée dans deux carrières qui sont très masculines. Une première qui était la boucherie et maintenant l'élevage. Oui, donc c'est vrai que j'ai fait le choix de deux métiers plutôt masculins. La boucherie donc, parce que mon papa était boucher de métier. J'ai toujours un peu vécu au milieu du commerce de bestiaux avec mon grand-père, de l'élevage avec ma grand-mère, ma mère et mon père. Et en fait, on a monté un atelier de vente directe à la ferme et je pense que c'était une continuité après mon BTS agricole de continuer sur quelque chose qui allait potentiellement pouvoir m'aider dans la suite de mon métier. Parce que je pense que la boucherie et l'agricole, ça se rejoint les deux. Ça se rejoint les deux dans le sens où je pense qu'il faut bien connaître l'anatomie et ensuite l'animal vivant, mais aussi après, derrière, voir ce qu'on peut travailler. Et je pense que c'est pour ça que les deux métiers se rejoignent. Donc oui, c'est des métiers un peu masculins, mais je pense qu'une femme a tout à voir là-dedans parce que je pense qu'on peut apporter un regard complètement différent, travailler complètement différemment. Ce n'est pas parce qu'on ne fait pas 1m80 et qu'on n'est pas carrés comme des armoires à glace qu'on ne peut pas y arriver. Je pense qu'on peut travailler différemment et avec beaucoup plus de minutie aussi. Et une femme a tout à voir dans ces deux métiers. Les mentalités, mine de rien, il faut qu'elles évoluent. Parce que quand vous étiez à la boucherie, vous avez vécu des moments qui étaient particulièrement blessants. Oui, c'est vrai que j'ai eu des moments un peu compliqués, on va dire, mais ça m'est toujours passé au-dessus. Je n'ai jamais vraiment fait cas de ces gens-là parce que c'est leur donner de l'importance et je n'avais vraiment pas envie d'en donner. On m'a souvent prise pour une vendeuse, pour une caissière ou pour la femme du patron, alors que pas du tout. En fait, j'ai mon CAP, j'ai mon BP boucher et je sais faire autant qu'un garçon ou qu'un boucher. Il n'y a aucun souci là-dessus, c'est que des préjugés. Et je pense que maintenant, il faut que ça évolue un petit peu parce qu'on est quand même dans une société en évolution constante. Et il faut s'ouvrir, il faut être ouvert d'esprit. Et je pense que c'est hyper important parce qu'il y a bien des hommes qui font peut-être des métiers, selon d'autres, qui vont être plus féminins et des femmes qui vont faire des métiers plutôt masculins. Et au contraire, c'est très bien. Un homme et une femme sont autant capables l'un que l'autre. Ce retour dans cette ferme à Bléja, il a énormément de sens aussi parce que c'est une ferme familiale qui a une histoire très, très longue. Oui, moi c'est une logique en fait, c'est une suite logique à ma vie parce que moi j'ai passé quand même beaucoup de temps ici. Je suis presque née dedans, au milieu des vaches, des veaux et des moutons aussi avec mon papa. Et c'est vrai que je pense qu'il y a un bel avenir qui m'attend, même si le métier est quand même compliqué. On travaille avec du vivant, c'est vrai que parfois on a des petites surprises, plus ou moins bonnes ou plus ou moins mauvaises, mais il faut s'adapter, il faut aussi s'adapter je pense au niveau du climat, au niveau des saisons, comme là on sort d'un moment où on avait quand même pas mal de pluie, on ne pouvait pas trop avancer dehors, l'été on a quand même pas mal de sécheresse, mais il faut s'adapter et je pense qu'on a quand même un très, très beau métier au niveau agricole. Après, on a aussi des nouvelles maladies, plein de petites choses comme ça qui peuvent avoir un impact plus ou moins fort sur nos exploitations. Et je pense qu'il faut également ici s'ouvrir l'esprit et voir d'autres choses, réfléchir et penser complètement différemment qu'il y a 50 ans. Ça ne vous fait pas peur, mine de rien, de passer d'un emploi salarié à devenir son propre patron ? Bonne question. Ça ne me fait pas peur dans le sens où moi, je pense que j'ai eu la chance de voir mes deux parents, chefs d'exploitation et donc patrons, ma grand-mère aussi, mon grand-père aussi. Donc en fait, je les ai vus travailler, je les ai vus faire en étant patrons. Mais salariés, c'est vrai que c'était complètement différent. On fait nos horaires, on travaille, on rentre chez soi, on nettoie. Le soir, on coupe. C'est vrai que là, en fait, la seule différence sur la ferme et en tant que chef d'exploitation, parce que je n'aime pas trop dire patron, j'ai un peu de mal. En tant que chef d'exploitation, je pense que le soir, on va voir une vache qui est malade ou qui veut véler ou quoi que ce soit. Oui, on va y repasser le soir à 21 heures. Si on voit qu'elle veut véler, on y repasse à 22 heures, 23 heures, la nuit. C'est ça, en fait, qui est, je pense, différent. Et beaucoup de responsabilités aussi, que ce soit financièrement parlant. C'est vrai que c'est une vie qui change, mais ce n'est pas pour autant que c'est triste. Au contraire, moi, je trouve que c'est une belle chose et il faut s'accrocher. Je pense qu'on n'est pas malheureux non plus en agricole en tant que patron. On a nos soucis, bien sûr, propres à notre métier, mais comme dans tous les métiers, j'ai envie de dire. Donc, il faut s'adapter. Pour vous, il y a cette forme de logique de reprendre l'affaire, mais vous en héritez entre guillemets de vos parents, mais vous les rejoignez aussi quelque part dans l'aventure, puisque vous allez prendre vos parts dans ce fameux GAEC. Vous pouvez m'expliquer d'ailleurs ce que c'est un GAEC ? Donc un GAEC, c'est un groupement d'agriculteurs d'exploitation en commun. Chacun va avoir sa spécificité. Ma maman, par exemple, va amener un hectare terrain, mon père va amener 25 vaches, et moi je vais amener un bâtiment, en fait, et on va tout mettre en commun. Après, il y a d'autres statuts, il y a les SARL, plein d'autres statuts différents. Mais c'est vrai qu'en fait, on a tous à peu près le même nombre de parts. Enfin, ça a un petit avantage aussi. Et vous, dans tout ça, vous allez vous inscrire aussi dans l'histoire de cette ferme ? Eh oui, moi, je vais prendre la continuité de ma mamie, mon papy, ma mémé, ma mère, mon père. C'est vrai que c'est une exploitation familiale et moi, je vais écrire une nouvelle page, on va dire, à cette histoire qui est déjà très longue. Sixième génération ? Oui, c'est ça. Nous, on est beaucoup de femmes. C'était une exploitation côté mère, côté grand-mère, côté grand-mère. Mais bon, on a aussi quand même nos hommes qui nous ont bien aidés. On ne va pas... C'est une exploitation qui a une histoire aussi, qui veut dire quelque chose. Oui, elle a une histoire dans le sens où, en fait, on y a tous vécu, on a tous grandi dedans, on a tous vécu de belles choses, on a tous des souvenirs, on a vu passer beaucoup de monde, parce que quand mon papi lui était marchand de bestiaux, on voyait tout un tas de gens passer, enfin, ça a été de réelles amitiés avec certains commerçants, c'est presque une famille, en fait, qu'on se crée au fur et à mesure du temps. On a grandi ici avec ma sœur, on a été élevés un petit peu par notre mamie et notre mémé. Et en fait, on va continuer cette belle chose et on va essayer de faire perdurer le plus longtemps possible ce patrimoine-là, cette ruralité, ces animaux, une vie simple et heureuse. Mais Pauline, à 25 ans, vous ne rêvez pas d'aller à Dubaï, d'être influenceuse sur les réseaux ? Sûrement pas. Ah non, pas du tout. Moi, ce n'est pas du tout mon rêve. Loin de là. En fait, je n'ai pas vraiment de rêve, parce que je pense que c'est surtout une réalité de reprendre cette ferme. Il faut avoir quand même les pieds sur terre et se rendre compte de certaines choses avant de vouloir s'installer. Des investissements, que ce soit physiques, matériels, financiers, tout ça, il faut en avoir quand même bien conscience. Moi, Dubaï, ça ne me fait pas du tout rêver. Je préfère rêver de Vigeois que de Dubaï, on va dire. Mais non, non, moi, j'ai travaillé à côté. J'ai fait un CAP, donc un BP boucher. Donc pendant trois ans, j'ai travaillé en boucherie à côté de la ferme. Ça m'a appris plein de choses, j'ai vu plein de choses. Et en fait, moi, je ne me vois pas forcément vivre ailleurs qu'à la campagne. À la campagne, on est heureux. Et puis nous, on est un lot de jeunes à Vigeois. Et c'est vrai qu'on s'entend tous très bien parce qu'on est attaché en fait à notre patrimoine, à notre terre, à notre ruralité et à notre vie surtout. Et à nos animaux aussi, à nos fermes parce qu'on est tous dans l'agricole. Et c'est vrai qu'on est tous heureux, que ce soit des jeunes, qu'on soit forcément dans l'élevage ou pas. Moi, je vois même ma grande sœur qui est ostéopathe, il n'y a rien à voir avec ça. Elle était très contente de revenir sur son point de départ parce qu'elle est partie pour ses études, mais elle est revenue et elle est très attachée chez elle et à notre patrimoine et à notre ruralité aussi. Cette ruralité, ce territoire, pour vous, il a évidemment une histoire, mais vous voulez le défendre aujourd'hui encore ? Oui, je pense qu'il faut le défendre parce que je pense aussi qu'on est de moins en moins de jeunes à rester dans nos villages natals, dans nos petites campagnes. Il y en a plein, bien sûr, qui vont faire des études en ville. Mais je vois aussi qu'il y a un retour quand même aux sources. Que ce soit à 25 ans ou à 30 ans, il y a une envie de retourner chez soi, le vrai chez soi. Moi, je ne suis jamais vraiment partie, je suis toujours restée en Corrèze. J'ai fait mes études à Tulle et à Naix. C'est la campagne aussi, donc on a toujours été quand même assez riches d'être à la campagne. Et je pense que la ruralité, maintenant, on en entend de plus en plus parler avec tous les problèmes qu'il y a eu dans le monde agricole, tous les conflits et tout ça. Et c'est vrai qu'il faut retourner à certaines bases. Et en fait, la base de tout, c'est la terre. Et la terre, nous, on y est forcément attachés. La terre, c'est ce qu'on travaille. La terre, c'est notre outil de travail, en fait. Donc, il faut bien lui rendre. Pour autant, Pauline Vignal n'est pas dupe. Elle sait que le métier qu'elle rejoint est difficile. On en a rapidement parlé dans cet épisode. Mais on approfondira cette question dès la semaine prochaine dans un nouvel épisode du Quart d'Heure Corrézien. Alors en attendant de vous retrouver, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le Quart d'Heure Corrézien en réécoute sur nos sites internet, mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.
Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.
