Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

23-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 14/03/2026

14 mars 2026 · 15 min

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Le quart d'heure corrézien Troisième et dernier volet du portrait consacré à Baptiste Hayma. Eleveur de bovins et d'ovins avec son frère sur le plateau de Millevaches, les deux hommes ont choisi d'arrêter la production ovine. Parce que les attaques de loups ne leur permettent plus de vivre sereinement. Pourtant, il en est certain, l'agriculture en Corrèze a et aura toujours un avenir. Mais les consommateurs suivront-ils ce même idéal ?
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'information hebdomadaire de RGB, Bréniges FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM, réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce nouveau numéro du quart d'heure corrézien. Troisième et dernier numéro consacré à Baptiste Emma, cet éleveur installé sur le plateau de Millevaches au nord de Bugeat à Saint-Mère-les-Oussines. Éleveur directement touché par les attaques de loups sur ses troupeaux ces dernières années. Des attaques qui vous l'avez compris dans le précédent numéro du quart d'heure corrézien. Le pouce, lui et son frère, a arrêté l'élevage aux vins pour se consacrer pour l'instant à leurs vaches. Pour autant, l'homme de 38 ans garde espoir, espoir dans un métier qu'il chérit et qui reste indispensable aux êtres humains. Le quart d'heure corrézien avec Baptiste, épisode 3, c'est parti. C'est un peu la mort d'une lame que vous allez arrêter cette production au vin ? Ben oui, clairement. Parce que bon, c'était quand même un travail qu'on a mis en place il y a une petite vingtaine d'années maintenant. Mais on se rend compte que c'est du travail et tout ça pour quoi ? Pour se faire prélever du jour au lendemain à la moitié du troupeau. Et puis derrière, moi, je ne peux pas m'empêcher de penser que cette ligne de crédit, elle pourrait être affectée ailleurs à des trucs plus utiles pour les humains. L'éducation, la santé, ce serait quand même des budgets qui ne sont pas négligeables. Et ne pas subventionner les effets négatifs du loup. Après, la solution, c'est qu'il n'y ait pas de loups ou pas d'effets négatifs. Parce qu'on peut donner de l'argent, mais jusqu'au moment, ils n'en donneront plus, déjà, pour commencer. Puis ils nous diront, vous avez le tir de défense, maintenant, débrouillez-vous. Et ça rajoutera encore une contrainte pour ce métier qui est déjà difficile. On est déjà esclave la journée, on ne va pas être esclave la nuit, ce n'est pas possible. Puis c'est pareil, on a plusieurs troupeaux, on ne peut pas se dédoubler. En en protège un, il va voir l'autre, enfin c'est sans fin. Est-ce que leurs enclos sont situés à 2-3 km les uns des autres, c'est ça qu'on veut dire ? Sur la ferme, on a à peu près 3 troupeaux, et puis l'été, ils se déplacent, ils vont un petit peu plus loin. Donc d'un bout à l'autre, il faut un petit peu de temps, à pied ça ne se fait pas, il faut prendre des véhicules, mais le loup, il n'est pas con, s'il a du bruit à un endroit, il va à un autre. Et à côté de ça, on peut le voir, quand on va faire un chantier de clôture, on peut le voir. Mais moi, je ne me promène pas avec un fusil. Vous l'avez déjà vu ? Nous, on l'a vu une fois, de loin. Il passait au milieu des vaches. Donc, on est vite allé voir, mais il n'était plus là. Les vaches étaient à côté de leur veau. Après, elles étaient sur le qui-vive. On l'a dit à nos propriétaires, qui ont le terrain, juste à côté, ils ont un petit troupeau de brebis. On a dit, attention, on vient de voir passer le loup dans les vaches. Faites gaffe. Oui, oui. Et puis le lendemain, quand on a été les voir, il ne s'est pas passé une demi-heure, il avait mangé une brebis devant la maison. Donc, on n'avait pas rêvé. Et il peut être partout, à tout moment. C'est devenu son territoire de chasse. Et puis en plus, il sait très bien qu'il n'a pas de prédateur. Il n'a rien à craindre. S'il s'installe aussi sur le plateau de Millevaches, ce n'est pas un hasard ? Parce que c'est un espace qui est relativement peu habité par rapport au Midi-Corrézien, par exemple. Il y a beaucoup de couverts. Les fouillis, les jeunes, les sous-bois, il peut se cacher absolument partout et nous regarder pendant toute la journée sans qu'on le voit. Il y a du vallon, des puits, franchement le territoire s'y prête vraiment et la source de nourriture à disposition est sans limite. Parce qu'on dit, ils régulent le gibier. Ouais, mais ils régulent avant les animaux d'élevage. Et ça, on se passerait bien de cette attribution, quoi. Vous avez des enfants, Baptiste ? Oui. J'ai un petit garçon, une petite fille. Des fois, mon fils, il me dit qu'il veut faire agriculteur parmi tous ces métiers. Mais moi, je me dis, si c'est ça, tu feras autre chose. Quel âge a-t-il ? Il y a 7 ans, pour l'instant. Il est petit, mais bon, on y croit. Qu'il reprenne l'exploitation familiale, que moi j'ai repris à mon père. Bon, lui, il n'a pas repris au sien, mais son père était aussi agriculteur un peu plus loin. On y trouve notre compte, malgré les difficultés que ça engage. Mais ça nous plaît, quoi. Mais là, tout ça, en plus du reste, parce qu'il y a quand même le marché, les maladies. Il y a tout un tas de contraintes. Ça ne s'arrête jamais. Bon, après, tous les métiers ont des contraintes. Ça, je l'entends, on n'est pas les seuls à avoir des problèmes. Mais il y a quand même beaucoup de problèmes qu'on nous impose. C'est 24h sur 24 et on est aussi entrepreneur. Donc tout ce qu'on perd, ça sort de notre poche. Ce n'est pas de la poche de quelqu'un d'autre. C'est directement impacté sur notre revenu. Quand on perd une bête d'un vélage ou d'une maladie, ce n'est pas dans les charges que ça passe. C'est dans les pertes. Donc, c'est directement sur le bonus. Ça fait toujours mal. Alors, certains diront que la destination de ces animaux, c'est d'être abattus. Oui, mais pour être mangé. On ne les jette pas à la poubelle. Surtout que derrière, moi, je vois ça vraiment comme ça a sa place dans la chaîne. L'herbe pousse, la vache mange l'herbe, on mange la vache. Pour moi, il n'y a rien de choquant là-dedans. Après, de l'herbe à manger tous les jours et de l'herbe à manger une fois de temps en temps, raisonnablement, il y a quand même un juste milieu. Je pense que tout le monde est capable de trouver son juste milieu. De réfléchir ? Ben oui, de prendre un peu plus de recul et essayer de voir dans quel monde, dans lequel on vit. Là, pour votre fils ou votre fille, d'ailleurs, vous n'êtes pas très enclin à les motiver à continuer aujourd'hui. Mais imaginons qu'il y ait une nouvelle solution, que le loup soit un moindre problème. Qu'est-ce que vous leur diriez ? Il faut vraiment avoir le goût d'entreprendre et d'être passionné quand même par l'élevage. Ces deux traits sont quand même très importants dans ce métier. Et l'un va passer en l'autre. C'est-à-dire qu'on peut aimer l'élevage si on n'a pas le goût d'entreprendre, c'est quand même moins facile. Et pareil pour l'inverse, c'est bon d'entreprendre dans l'élevage, mais si on n'aime pas ça, c'est compliqué aussi. Et puis après, de bien réfléchir, parce que maintenant pour s'installer, c'est quand même un gros billet. C'est qu'on n'est pas sûr de retrouver à la fin. Par exemple, tout ce qui est bâtiment, il faut partir du principe que ça coûte cher à construire, mais à la fin, ça vaut zéro. Demain, j'arrête ma ferme, je peux vendre les vaches, je peux vendre les tracteurs, mais les bâtiments, si personne reprend la ferme, ça vaut zéro. Personne ne va venir acheter un bâtiment qui est au milieu de la cambrousse. Et tout ça, les gens ne s'en rendent pas forcément compte, mais il y a des choses mobiles qu'on peut vendre. Mais les choses immobiles, si c'est pas repris, et même quand c'est repris, moi je me dis tout le temps, si demain je dois céder ma ferme, je vais vendre mes vaches, je vais vendre mon matériel, soit à celui qui reprend, soit à peu importe, à n'importe qui. Et les bâtiments, je m'étais toujours dit, je vais pas lui vendre, je vais lui louer, pour lui donner une chance de pouvoir, et puis si un jour il va les acheter, pourquoi pas. Parce qu'en fait, c'est céder soi-même, c'est-à-dire que je t'aide à payer mes vaches. Enfin, moi, je le vois comme ça. Mais je ne suis pas encore au bout et peut-être que d'ici le bout, j'aurai changé d'avis. Mais pour l'instant, je le vois comme ça. Après... Non, mais là, vous êtes en train de me rendre compte que oui, en effet, des investissements sur l'immobilier valent zéro à la fin si jamais il n'y a pas de repreneur. Et on est en Corrèze ou même en France face à un énorme problème de reprise. Vous n'avez même pas 40 ans et que vous y pensez déjà. Ah oui, mais moi je sais que tous les bâtiments que je monte, donc il faut savoir que c'est à peu près entre 3 et 5 000 euros par vache, un bâtiment agricole, il n'y a rien de fou. Donc on avait une partie du photovoltaïque qui payait une partie de cet investissement, sans pour autant s'en mettre dans la poche. Je parle juste de payer le bâtiment, les tubulaires, la maçonnerie, la charpente, tout ça. Et aujourd'hui, ça, ça a baissé, donc ça rentre plus trop dans le calcul. Et on aurait plutôt tendance à rentrer plus nos bêtes, vu les problèmes qu'il y a dehors l'hiver. Ça avait du sens de se dire, on va rentrer les bêtes déjà au moins pendant 6 mois, on est tranquille. Mais c'est un coût énorme. Passer 50 ans, je ne ferai pas ça. Parce que là, on en prend pour une quinzaine d'années. Après, il y a le système de, est-ce qu'on met les vaches sur de la paille ou est-ce qu'on met les vaches sur du béton et on récupère le lisier, tout à un coût. La paille coûte très cher ici. Vu qu'on en produit peu, il faut qu'on en achète beaucoup. Et là aussi, c'est un poste à charge qui est important dans les élevages. Donc il y a quand même plein de choses qui gravitent autour de ce métier qui font qu'à la fin, si on veut s'installer, il faut vraiment être motivé. Et il y a des coûts énormes. La chance qu'on a, c'est que là, les cours du bovin sont quand même corrects. Après, jusqu'à quand ? Moi, je me suis installé, un bretard se vendait 750 euros. Aujourd'hui, ils vendent presque 2000. La bête, le veau de 8 mois. C'est une sacrée différence. Mais on a connu plus d'années où ça se vendait vraiment pas cher, et très peu où ça se vend, je vais pas dire cher, je vais dire que là, on arrive quand même à un point où on pourrait réussir à se débrouiller en vivre. Si on n'est pas trop chargé, ça peut passer comme ça. On sait très bien pourquoi on en est arrivé là. Si les prix ont monté, c'est qu'il y a moins de produits en face. C'est une règle d'économie assez simple. Plus il y a de produits, les prix baissent et quand il n'y en a pas, les prix montent. Donc ça, jusqu'à quand ? Jusqu'à quand les gens vont continuer de manger du bœuf malgré le prix ? Une côte de bœuf, ça coûte 38 ou 42, ça coûte quand même un bras. Voilà. Il a de l'avenir quand même ce métier, rassurez-moi. Oui, je pense, parce qu'il faut quand même qu'on mange. Et quoi qu'on en dise, la viande valorise de l'herbe que l'humain ne mange pas. Alors on pourrait dire on va faire pousser des légumes, oui, mais il y a des endroits où les légumes ne vont pas bien pousser. Là, l'herbe chez nous, alors on ne fait pas de l'herbe comme en Vendée, on est d'accord, mais elle suffit à faire naître nos animaux, les entretenir en bonne santé jusqu'à l'âge où on les sèvre. Les vaches, on arrive à faire 11, 12, 13, 14 veaux par vache, sans les forcer de fou, parce qu'en fait, c'est elles qui décident de prendre ou pas la saillie. Enfin, on est dans un système où, même si on optimise, des fois, elle se décale, parce que, voilà, elle prend plus de temps. C'est de l'élevage extensif. On respecte quand même beaucoup de choses sur l'environnement. On ne peut pas trop mettre d'engrais, pas trop près des cours d'eau. Pareil pour la chimie. Moi, j'estime qu'on a quand même vraiment notre place, et j'y crois, parce que la viande, il faut en manger. Alors, pas en abuser, mais en manger... Et tant qu'à faire de qualité, quoi. Exactement. Parce que c'est toujours pareil, il y aurait beaucoup à redire sur les méthodes de production en France, que ce soit le poulet, le porc, mais au moins c'est chez nous, on a un œil dessus, et on peut faire évoluer les pratiques. Quand ça vient d'ailleurs, ils nous vendent ce qu'ils ne veulent pas. Il ne faut pas croire qu'ils nous vendent le top du top, ce n'est pas vrai. Mais quand on aura perdu les petites structures de 50-60 vaches et qu'on se refuse à monter des plus gros projets comme tous les autres pays d'Europe, c'est-à-dire 1 000, 2 000, 3 000 vaches, en Allemagne, il n'y a pas de ferme avec 50 vaches. Pareil en Espagne. Moi, j'étais persuadé que dans notre pays, il y avait la place pour tout le monde. Le petit qui veut en faire un peu, celui qui veut faire son fromage, et il y a aussi la place pour le gros qui veut faire du volume, parce que les gens, ils sont en droit d'aller acheter du lait pas trop cher, s'ils n'ont pas trop de moyens, on ne va pas les priver de lait. Et là, on est en train de trier. Et on va faire venir ça, d'ailleurs, sans pourtant connaître les méthodes d'élevage. Je trouve ça incroyable. Donc en fait, vous me dites que oui, il y a de l'espoir, il y a de l'espoir mais il faut aussi que la société qui s'est détachée du monde agricole par la force des choses, c'est à dire qu'avant tout le monde avait un pépé qui avait grandi à la ferme, le savoir se transmettait et ce bon sens agricole se passait de génération en génération. Aujourd'hui les gens s'en sont éloignés parce que les zones de travail, et puis quand ton papy il a travaillé en ville t'es plus loin. Alors moi je ne jette pas la pierre, par contre je pense que ce serait bien qu'il s'en rapproche parce que manger c'est important. Et nous, en fait, on est là pour répondre à une demande de notre société. On a des idéaux actuels qu'on garde parce que c'est ceux d'avant et qu'on ne remet pas en cause. Mais si demain, il faut modifier des choses, on s'adaptera. Je ne dis pas que ça se fera toujours facilement et rapidement. Moi, je ne fais pas ce que faisait mon père, mon père ne faisait pas ce que faisait son père, ainsi de suite. Enfin, on s'adapte à ce qu'on nous demande. Par contre, ce qu'on n'accepterait pas, c'est que ce soit des gens qui n'ont pas les cartes en main, qui décident. Et c'est là que moi, je dis souvent, ce serait bien qu'on remette dans l'éducation, qu'est-ce qu'on mange, où c'est fait, comment c'est fait, à quoi ça sert de manger ça. Que les gens, ils remettent un pied dans ce qu'ils veulent manger. Sinon, ça finirait avec des pilules. Ceux qui n'ont pas de sous, ils ont des pilules. On veut des poulets qui gambadent dehors, bon ben c'est très bien. Mais au lieu d'en produire 2 millions, on n'en produit qu'un million. Et au lieu de le vendre 5 euros, il est à 10. Ça c'est à la société de savoir ce qu'elle veut manger. Il ne faut pas croire que parce qu'en France on a plein de normes et que les poulets courent dans les champs, que les nuggets sont faits avec ces poulets-là. Parce que ce n'est pas vrai. Donc, voilà, qu'est-ce que veulent les gens et comment ils veulent qu'on le fasse. C'est sur cette question teintée d'espoir que nous quittons Baptiste et Saint-Mère-les-Houssines. Merci énormément à lui de m'avoir ouvert ses portes et son cœur aussi pour parler de son métier et de ses nombreuses questions qu'il se pose. La semaine prochaine, nous continuerons de parler agriculture avec une femme. Elle s'appelle Pauline et c'est une ancienne bouchère qui a décidé de reprendre la ferme familiale à Vigeois. Mais en attendant de vous retrouver dès vendredi prochain, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs.

Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.

95.6 FMBréniges FM
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