Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

22-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 7/03/2026

7 mars 2026 · 15 min

Avec un compte, 15 Cœurs quand quelqu’un ouvre votre lien. Rejoindre la communauté
Deuxième volet avec Baptiste Hayma. Cet éleveur de bovins et d'ovins installé sur le plateau de Millevaches va arrêter l'élevage de moutons. Trop compliqué et très chronophage, cet élevage voit aussi les attaques de loup se multiplier, alors l'éleveur préfère arrêter plutôt que de se faire du mal...
Lire la transcription

Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le quart d'heure corrézien. Depuis la semaine dernière, je vous fais découvrir le portrait de Baptiste Emma, 38 ans, éleveur installé avec son frère sur le plateau de Millevaches à Saint-Mère-les-Oussines, c'est au nord de Buja. Cet homme aujourd'hui est à un tournant de sa carrière après avoir développé l'élevage bovin puis ovins dans leur ferme. Les deux frères ont fait un choix, arrêter la production ovine. Trop de travail d'un côté mais aussi trop d'inquiétude vis-à-vis de potentielles attaques de loups dès lors que les animaux retournent dans les prés au printemps. Le quart d'heure corrézien avec Baptiste, deuxième volet, c'est parti. Vous avez quand même envie de continuer ce métier d'agriculteur ? On a envie et puis de l'autre côté, on n'a pas le choix parce qu'on ne va pas se raconter d'histoire. On est tenu par des emprunts, plus ou moins à long terme. Puis on a tout basé là-dessus. Moi, tout ce que j'avais, je l'ai mis dans l'agriculture. Donc c'est déjà compliqué pour la vie de famille, par exemple. Ça nous prend tous les jours, le samedi, le dimanche. L'être vivant, ça demande beaucoup de travail. Donc, puis je n'ai pas envie de faire autre chose, vraiment. C'est mon truc, et c'est pas marrant, mais enfin, on l'a choisi. Par contre, le loup, je n'ai pas choisi. Si ça avait été là dès le début, je pense qu'on n'aurait pas été là. Ça rajoute trop de pression. Alors, peut-être qu'il y a des endroits où il a sa place. Mais honnêtement, dans une zone d'élevage, je ne vois pas... Ce n'est pas compatible. Il n'y a pas de compromis, je ne pense pas. Mais vous, dans le fond, vous n'avez pas non plus envie de le chasser, ce loup ? Non, je n'ai pas envie de le chasser parce qu'on fait déjà bien assez de choses pour la biodiversité. Moi, je n'ai pas du tout envie d'aller réguler le loup. Ça ne m'intéresse pas. Je ne vais pas me lever la nuit en plus de la journée pour aller faire ça. Moi, je pense que c'est à l'État de s'en débrouiller. Ils n'avaient qu'à le gérer quand il était... Déjà, ceux qui étaient dans les montagnes étaient embêtés il y a une dizaine d'années. On les écoutait, mais on disait, ça reste loin, ça ne nous viendra jamais jusque chez nous. Maintenant qu'on l'a et qu'il y en a partout, moi, s'ils ne font rien là, je ne sais pas comment ils vont s'en dépêtrer. C'est facile, après, ils feront venir de la viande d'Amérique du Sud, mais le territoire, ce ne sont pas les Argentins qui vont venir l'entretenir. Donc après, il y a des gens qui sont pour, et qui sont vraiment pour. La plupart des gens s'en moquent, et nous on subit les conséquences, donc a fortiori on est contre. Mais si demain il y a des loups végétariens, comme dans la pub d'Intermarché, il n'y a pas de problème. Ils peuvent manger des légumes, mais dans les faits ils n'en mangent pas. Et dans les faits, c'est votre élevage, votre activité qui en pâtit ? Oui, notre élevage directement impacté par les prédations. Et sur le bovin, ça commence. Là, il y a eu trois veaux il n'y a pas longtemps, en 15 jours. Nous, on en avait eu un l'été dernier. Après, sur les vaches, c'est une autre histoire. Parce qu'on ne peut pas les protéger, les vaches. On peut bien mettre des clôtures électriques. Si elles ont envie de se sauver, elles se sauvent. Mais rien qui arrête un troupeau de vaches. Donc après, il y a les sympathisants du loup qui pensent qu'on devrait les surveiller plus longtemps dans la journée, mettre des bergers à titre d'exemple moi j'ai plusieurs troupeaux ça veut dire plusieurs bergers jour et nuit qui les payent quelles sont leurs formations parce que c'est bien beau de dire qu'on est berger mais s'occuper des animaux nous on a été à l'école, on a suivi une formation ça tombe pas du ciel donc voilà je pourrais vous dire je viens 2-3 nuits dans la semaine et je viens garder votre troupeau garder des moutons c'est une chose garder des vaches si elles sont enfolées, je vous souhaite bien du courage pour rester dans le champ voilà, parce qu'une vache c'est pas un mouton donc si le troupeau vous fonce dessus vous allez partir et puis c'est tout et vous auriez bien raison mais même un troupeau de moutons, mine de rien un troupeau de moutons, c'est moins dangereux pour l'homme mais quand ça subit la panique que ça se met en boule dans un coin et qu'il y a des bêtes qui meurent dans l'affolement c'est aussi compliqué et puis un berger peut-être qu'au début ça suffit à faire peur aux loups, j'ai envie de croire que oui mais on voit aussi que dans les montagnes ils ont des bergers, ils passent nuit et jour ils ont des chiens, ils ont quand même des prédations alors vu que c'est un animal très malin ouais non moi je pense qu'il n'y a pas de solution enfin si il y a une solution. Cette solution, ce que vous ne dites pas, c'est que les lieutenants de loup-vatterie qui sont désignés par l'État, c'est à eux d'aller chercher le loup. Oui, c'est malheureux, mais je pense que là, actuellement, vu qu'il n'y a pas d'autre solution qui marche vraiment, il faut qu'ils régulent la pression de ce prédateur. C'est toujours triste, mais là, je crois qu'il n'y a pas d'autre... Sauf si on se met d'accord et qu'on dit qu'on ne veut plus d'élevage, on se débrouille, il y aura des buissons et des friches sur tout le Massif central. Ah, il y aura moins de touristes. Sauf que, je vais me faire l'avocat du diable, un loup tué est très rapidement remplacé par un nouveau loup. On l'a vu en Corrèze dernièrement aussi. Ouais, probablement, mais si l'OFB veille au grain, un loup est remplacé, et puis ainsi de suite. C'est malheureux, mais actuellement, il n'y a pas de solution. Si demain, ils mettent des colis aux loups qui n'attaquent pas les bêtes d'élevage, pourquoi pas ? Donc il y aura d'autres impacts sur la faune sauvage, parce qu'il n'est pas végétarien, le loup. Il faut arrêter de croire à cette histoire. Il mange de la viande, et tous les jours. Et là, à l'allure où ça se développe, pas de prélevés l'année dernière, rien que sur notre territoire. Nous, on craint le printemps quand ils vont refaire des petits. Tout ce qu'ils ont tué l'année dernière, qu'est-ce qu'ils vont tuer encore plus ? Puis en parallèle de ça, les agriculteurs, ça décline. Sur le plateau, ça se voit vraiment. Les exploitations ne sont pas reprises. Alors, sur pareil, on reprend le plus beau et puis les fonds, on les laisse. Les champs, pentes, où il y a les pierres. Mais ça va devenir quoi tout ça ? De la friche, peut-être de la forêt. On sait que la monoculture de résineux, bon, c'est très bien, il y a un tissu local, ça fait plein de gens, c'est super. Mais bon, peut-être que là aussi, il y aurait à dire. Alors, ils replantent pas mal de feuillus, ce qui est intéressant. Et voilà, l'exploitation du bois, il y a moins d'humains qui vivent sur place. Donc là, vous êtes en train de me décrire le fait qu'on est sur une ligne de crête, quelque part, et que c'est tout un équilibre qui est en train de se déséquilibrer aussi ? Ça, ça reste mon point de vue à moi. Mais la ligne de crête, on y était déjà depuis un moment avec le peu de renouvellement des générations. Là, aujourd'hui, si on rajoute cet élément dans la machine, nous ici, on ne peut pas faire de culture. Il n'y a que l'élevage, l'herbe. Les sols ici sont très acides, c'est le premier truc, peu profond. Ils sont plutôt sableux, sableux. Donc après, quand on les travaille trop, l'érosion s'y plaît bien, la bonne terre s'en va. Et ensuite, on a des hivers jusqu'à présent qui étaient un peu compliqués. Ils gèlent tôt et après ils gèlent tard au printemps, ce qui limite quand même pas mal de choses. Et au bout de tout ça, on a des rendements, parce qu'on en fait quand même malgré tout un petit peu de céréales à paille pour essayer d'être autonome. On a des rendements qui sont entre 4 et 5 tonnes à l'hectare, ce qui est déjà bien. Mais on ne va pas aller concurrencer les Bercerons ou qui sait, je ne sais pas qui d'autre. Donc chacun avait son truc. Le Massif Central, c'était l'élevage. Et d'autres, sans doute. Il y a des régions d'engraissement. Nous, on fait naître. Et ça marchait très bien comme ça. Alors après, on peut toujours se remettre en cause, c'est intéressant de se remettre en cause. Mais il y a quand même des choses qui sont immuables et qu'on ne peut pas bouger. L'élevage a sa place sur le Massif Central, quoi qu'on en dise. Sinon, la nature reprend vite sa place et ça commence par tout un tas d'espèces invasives, les genêts, les fougères. Après, c'est le fouillis. Vous vous souvenez de la première fois où vous avez découvert des pouilles de vos brebis dans votre champ ? Ça remonte à un sacré moment, c'est-à-dire qu'au début on ne savait pas trop, des bêtes qui meurent, on l'a toujours trouvé, mais on avait des charognards, le renard, les blaireaux, les trucs comme ça qui venaient prélever. Puis on était habitués, on a toujours eu des pertes dehors, parce qu'ici l'élevage est plutôt extensif et il est dehors l'hiver. Donc on connaissait les veaux qui meurent à la naissance, qui se font manger, ça a toujours existé. Mais des veaux qui étaient attaqués vivants, c'était très, très rare, parce qu'on dit les chiens errants, mais il n'y a pas de chiens errants, c'est une légende, les chiens errants, moi je n'ai jamais vu de chiens errants, puis les chiens errants, s'ils attaquent tes bêtes, t'as le droit de te défendre, et là t'as pas de problème. Le loup par contre, c'était plus compliqué. Et on a toujours eu des morts inexpliquées, et il a fallu se bagarrer un moment pour que l'OFB reconnaisse que c'était bien le loup. Mais parce qu'on en a eu un, il y a 4-5 ans maintenant, je ne me rappelle plus trop, qui était venu et qui avait tapé fort. C'est là qu'on avait perdu une vingtaine, nous. Les voisins, ça a tapé dans tous les sens. Et bien l'OFB était venu, ils avaient constaté, ils s'étaient mis en poste et ils avaient fait leur job. Le problème était réglé, on a été tranquilles pendant au moins deux ans. Et après, c'est vrai, un autre est venu. Enfin, un autre, trois autres. Alors, est-ce qu'ils sont tous venus en même temps ? Je ne sais pas. Ça a vite été trois, et puis sept. Au moins sept. Sauf qu'on se retrouve, et c'est le problème de l'OFB, donc de l'Office français de la biodiversité, c'est que c'est une espèce qui, en Europe, est protégée, très protégée, parce qu'elle a été probablement aussi trop prédatée à une certaine période. Aujourd'hui, vous demandez de faire un petit peu machine arrière, que vous puissiez, enfin, qu'il y ait moyen de pouvoir retirer certains animaux, donc de tuer certains animaux, pour que votre... C'est-à-dire qu'il la protège, c'est très bien, mais quand ça nuit à une activité toute entière, là aussi, il faut peut-être se remettre en cause. Ils se sont remis en cause en disant, on en remet parce qu'il n'y en a plus. Maintenant qu'il y en a et qu'ils font beaucoup de dégâts, peut-être qu'il faut aussi se remettre en cause et dire, on va essayer de gérer la population pour que tout le monde y trouve son compte. Je ne dis pas d'éradiquer les loups, mais qu'on puisse nous laisser travailler. Je ne vois pas pourquoi. Nous, on paierait le prix de la biodiversité. Comme à chaque fois, les agriculteurs, c'est eux qui payent pour tout le monde. Donc les gens, ils consomment, et puis nous, on paie la biodiversité. Comme ça, la balance, elle est bonne. Oui, mais c'est facile de faire ça. Donc c'est compliqué à vivre pour pas mal de mes collègues parce que c'est à nous de payer la note. Vous allez reconnaître très vite le citadin que je suis. C'est que ces loups ont une particularité ou quelque chose qui est assez intéressant. C'est qu'ils seraient issus aussi de deux lignées. Une autrichienne et une autre italienne. Donc on pourrait se dire qu'en Corrèze, en tout cas, ou que sur le plateau, il y ait une nouvelle lignée presque limousine. D'un point de vue purement, comment dire, environnementaliste, ça peut être intéressant. D'accord, ça par exemple, ça ne me touche pas du tout. C'est bien, moi je vois que les loups bouffent les bêtes d'élevage. Donc après qu'ils viennent de Chine ou de peu importe, le résultat est le même. Après cet aspect-là, biodiversité, génétique, oui, mais encore une fois, on subit les conséquences de ce fameux croisement, quoi. Voilà, il faudrait qu'ils se croisent avec des bêtes, avec des chevreuils, comme ça, ils ne mangent pas de viande. Est-ce que vous voyez ça aussi, moins d'animaux sauvages, entre guillemets, dans le secteur ? Est-ce que le loup est un bon chasseur aussi pour réguler les chevreuils, les sangliers, etc. ? On le voit que la population de chevreuils diminue, il y a de moins en moins. Et la population de cerfs change, c'est-à-dire qu'ils ont tendance à se déplacer. Il y a des secteurs, ils en avaient beaucoup, mais ils n'en ont plus parce que le loup n'est pas loin. Donc est-ce qu'ils les chassent, proprement dit, je ne sais pas, mais ils doivent bien prendre quelques fangs de temps en temps. Et sur les sangliers, je dirais que c'est pareil. Les sangliers ont tendance à se regrouper maintenant en petits troupeaux, parce que c'est pour se rendre plus fort, mais ils se font prendre aussi des petits cochons. Ça ne me choquerait pas. Donc là aussi, c'est un impact. Alors bon, moi, je ne vais pas me plaindre qu'il mange des sangliers, si vous voulez. Mais on pourrait dire qu'il y a de la place pour tout le monde. Moi, comme je dis souvent, le loup mangerait une brebis par an. Allez, on serait prêt à l'accepter. Mais ça ne marche pas comme ça. C'est une bête qui arrive, il va en tuer dix, il ne va en manger même pas une. Et il se barre, il fait pareil chez le voisin. C'est pas possible, c'est un truc pareil. Compromis, je n'en vois pas. C'est donc la mort dans l'âme que les deux frères arrêtent l'élevage au vin. Un arrêt qui est aussi synonyme de nouvelles réflexions afin de pouvoir diversifier les sources de revenus. C'est l'horizon du prochain épisode. Alors en espérant vous retrouver dès vendredi prochain, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le quart d'heure corrézien en réécoute sur nos sites Internet, mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.

Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.

95.6 FMBréniges FM
La Corrèze dans vos oreilles