Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
21-LE QUART DHEURE CORREZIEN WEEK-END du 27/02/2026
27 février 2026 · 15 min
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce nouveau portrait du quart d'heure corrézien. Portrait d'un éleveur corrézien installé à Saint-Mère-les-Oussines sur le plateau de Millevaches. Un éleveur qui, vous allez l'entendre, se pose beaucoup de questions sur l'avenir de son métier et donc de son entreprise. Alors sans plus attendre, je vous embarque dans ma voiture en direction du plateau à l'est de Bugeat. Le quart d'heure corrézien avec Baptiste, c'est parti. Et bien voilà, nous sommes le 2 février et nous avons rendez-vous aujourd'hui avec Baptiste Emma. Baptiste Emma, c'est un agriculteur, un éleveur que j'ai rencontré au mois de septembre dernier, en 2025 du coup, après une grosse mobilisation de la FDSEA et des jeunes agriculteurs qui appelaient à faire une battue contre le loup. Donc vous l'aurez compris, Baptiste Emma est éleveur de vaches mais aussi de moutons. Et c'est un petit peu pour comprendre un peu son engagement, comprendre sa vie, pourquoi il a voulu faire ce métier-là, que je me rends chez lui aujourd'hui. Il m'a profondément marqué, cet homme, parce qu'il n'avait pas de discours contre le loup assez féroce, contrairement à certains autres agriculteurs qui étaient présents. Et c'est pour ça que j'ai souhaité prendre un petit peu plus le temps, en tout cas, de discuter avec lui. Donc on se rend chez lui, à Saint-Mère-les-Oussines. On est en plein sur le plateau de Millevaches, le plateau où une meute de loup s'est installée il y a quelques années maintenant, et qui visiblement aussi fait pas mal de ravages, puisque selon les données de la préfecture de la Corrèze, alors elles étaient publiées en fin janvier, il y avait eu 87 attaques recensées par l'Office français de la biodiversité, sur ces 87 attaques, 50 sur lesquelles l'Office français de la biodiversité, l'OFB, a conclu que la responsabilité du loup n'était pas écartée. Et sur ces 50 attaques, il y a quand même eu 222 ovins qui ont été tués ou blessés. Pareil pour 6 bovins et un chien de protection qui lui a été blessé. Dans 400 mètres, on tourne à gauche. C'est assez rigolo parce que plus je m'approche de mon lieu de rendez-vous, plus les routes se raccourcissent, entre guillemets, ou s'étroitissent, en tout cas. Donc là, j'aperçois au loin cette ferme, j'ai l'impression, un grand bâtiment, avec une immense remorque de vent aussi. Je me doute que c'est par ici. Et me voilà donc arrivé avec vous. Et voilà, on est arrivé. Adieu. Bonjour monsieur, merci de me recevoir aujourd'hui. Vous allez bien ? Oui, aussi, ça va. Je vous remercie. Moi je voulais vous revoir quelque part, parce que vous m'aviez énormément touché en septembre dernier. D'accord, je vais me mettre à côté pour avoir le printemps, bien entendu. Je vais juste vous laisser vous présenter. Qui êtes-vous ? Baptiste Emma, je suis agriculteur sur Saint-Mère-les-Oussines depuis 2008. J'ai 38 ans, bientôt 39. J'ai suivi une formation agricole, un bac, BTS, et voilà, de l'élevage. Originaire d'ici. Pourquoi vous avez choisi cette formation-là ? J'avais commencé notre formation dans le bâtiment et le génie civil. Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas forcément fait pour moi, trop rigoureux. Mon père avait une ferme avec son frère et finalement, je souhaitais me réorienter. J'ai refait une première et j'ai fait un bac techno-agricole à Limoges, au Vazé. Et après, j'ai fait un BTS gestion comptabilité à Périgueux, agricole toujours. Et à la suite du BTS, je me suis installé en reprenant du terrain juste de l'autre côté de la commune. J'ai augmenté un peu les vaches, monté le troupeau de brebis. Parce qu'en fait, quand j'ai repris le terrain, j'avais un partenariat avec le conservatoire, les espaces naturels. C'est-à-dire que quand la ferme a été disponible, moi j'en ai pris une partie. Le conservatoire en a pris une partie, et un autre collègue qui en a pris une autre partie. Et le corps de ferme et quelques hectares ont été pris par encore une autre personne. Donc ça a commencé comme ça. C'était en quelle année ça ? Ça c'était 2007-2008. Donc de fait, 2007-2008, vous êtes trois agriculteurs en partenariat avec... En fait, ce n'est pas vraiment un partenariat, c'est que la ferme existante s'est disloquée, si vous voulez, comme beaucoup de fermes ici. Il y en a un qui a pris un bout, moi j'ai pris un bout, le conservatoire un morceau. Tout le monde y trouvait plus ou moins son compte et moi, ça me permettait de m'installer parce qu'il faut savoir que pour s'installer, à ce moment-là, il fallait une surface minimum d'installation, une SMI et en fonction des régions, il faut plus ou moins d'hectares et chez nous, c'était 34 hectares. Donc, moi, j'ai acheté 36 hectares, avec mon père et mon oncle et on a loué 56 hectares au conservatoire. Le but, c'était qu'il y avait une partie où je devais faire pâturer des génisses et une partie où je faisais pâturer les moutons. Donc réouverture de milieux naturels, landes, tourbières, etc. Le marché commun allait bien. Chacun y trouvait son compte. Je trouvais ça bien. En gros, vous participiez, vous aussi, à la création des paysages que l'on voit aujourd'hui. Clairement, les agriculteurs sur le plateau de Millevaches et même ceux de toute la France participent beaucoup au paysage qu'on a. D'autant plus chez nous, on a des milieux naturels assez présents et importants. Ce n'est pas tout plat. Il y a du vallon, des trous d'eau, des landes, des parcours, des forêts. Et on a notre place au milieu de tout ça. Et il y a ces fameuses tourbières. Et les fameuses tourbières, oui, qui sont très importantes. Les réserves en eau, mais sans pâturage, les réserves en eau, ça va devenir des forêts. Clairement, une tourbière, comment ça s'entretient ? On ne peut pas mettre de vaches dessus, j'imagine. Les vaches peuvent y aller, mais c'est-à-dire qu'elles n'y trouvent pas forcément leur compte. Elles ont plutôt tendance à faire un petit peu plus de dégâts parce qu'elles ont des plus grosses pattes. Alors que le petit ruminant, il est taillé pour ça. Il est petit, il ne pèse pas, il trouve son compte. Alors après, il ne va pas ressortir gros, mais il va réussir à trouver de quoi vivre. Donc là, en fait, en 2007-2008, vous avez ce projet-là, c'est vraiment de participer à l'économie locale, de faire venir aussi du tourisme ? En fait, à ce moment-là, pour moi, c'était une façon de m'installer. Donc il y avait un deal qui était avec le conservatoire. On s'est très bien entendu avec eux. On a augmenté significativement le nombre de moutons qu'on avait, puisqu'on en avait une poignée. Là on a commencé à développer l'affaire, à faire les parcs, et pour nous c'était une diversification de production, parce qu'à ce moment-là le bovin c'était pas fou, le mouton non plus, mais bon on n'avait pas tous les œufs dans le même panier, et si vous voulez le loyer que me demandait le conservatoire était dérisoire, donc l'un dans l'autre je mettais un peu de MAE, de mesures agro-environnementales, c'est-à-dire réouverture du milieu, etc. C'était des plans de plusieurs années. Ça me faisait un complément de revenu, ça me permettait d'entretenir les clôtures. Et voilà, je faisais pâturer mes moutons sur ma ferme, mais pas sur des prairies productives, on va dire. C'était une sorte d'estive. Et c'était gagnant-gagnant. C'était vraiment un bon compromis. Donc après, en parallèle, c'est sûr que ça participe à l'entretien de l'espace local. La brouillère sur le plateau de Millevaches, c'est quelque chose qui était là, bien avant les sapins, qui couvrait tout le territoire. Donc, qu'on en remette des zones par-ci, par-là, moi, je trouvais l'idée plutôt bonne. Surtout sur des terrains qui ne valent pas grand-chose. Donc, c'est aussi une façon de diversifier la production, de s'assurer également un revenu, très sincèrement. Oui, la diversification permettait aussi d'avoir un complément de revenu par rapport à l'atelier bovin. On vend des agneaux. Il y a des petites primes sur les moutons. Bon, ce n'est pas une fortune, mais enfin, c'est toujours ça. Et mis bout à bout, si on arrive à limiter les charges sur l'O20, on arrivait à gagner un petit quelque chose. Non, tout avait sa place. C'était censé. Tout ça, donc, c'est avec votre frère ? Alors, depuis, mon frère nous a rejoints en 2014. Il a pris la place à mon père. Donc, on a fait de 2014 à 2021 avec mon oncle. Donc, on était trois. Et depuis fin 2021, notre oncle a pris sa retraite. Donc, on n'est plus que deux. On s'était dit qu'on gardait le même nombre de bêtes et qu'on verrait si on s'en sort ou pas. Il se trouve qu'aujourd'hui on s'en sortait mais on a plusieurs problématiques sur l'atelier au vin. Même nombre de bêtes donc c'est quoi ? On a 250 mères vaches, donc 125 chacun à peu près. Et on avait les brebis, on est monté jusqu'à 250 brebis. Et maintenant on en a 80 et l'année prochaine je pense qu'on en aura plus que 15. parce que, alors ce n'est pas que les prédations du loup, mais on va dire que c'est la goutte d'eau, c'était déjà beaucoup de travail, et là en plus on nous rajoute ça, c'est vraiment en charge de travail, c'est quand même conséquent pour voir que ce n'est pas grand-chose cet atelier, mais c'est nous rajouter beaucoup de travail, le fait de déplacer les parcs électriques, les rentrer, les sortir, enfin bon, puis dormir la nuit c'est compliqué, déjà que sur le bovin on l'a, mais là les moutons se faisaient taper à chaque fois. On a eu 10 brebis de tuées en 2025. Donc c'est moins que 30, mais c'est toujours 10 de trop. Donc ça, plus ça, plus ça, ça a fait qu'aujourd'hui, j'ai préféré voir... On s'arrange avec le conservatoire parce que par rapport au conservatoire, il faut savoir que j'avais quand même des obligations d'entretien du territoire avec ce petit ruminant. Et vu que le nombre diminuant j'avais du mal à respecter mes engagements on a trouvé un compromis c'est qu'ils reprennent une partie du terrain où je faisais pâturer les moutons et ils vont essayer de trouver quelqu'un d'autre mais comme ils m'ont dit ça reste difficile parce que c'est vraiment dans la zone impactée par le loup. Aujourd'hui vous m'avez dit 10 c'est moins que 30, bah oui parce qu'il y a deux, trois ans, en une attaque, on en avait eu 22. Bon, on n'avait pas de moyens de protection à cette époque-là. Parce que les moyens de protection limitent, mais il y a quand même des pertes. Des pertes significatives, même si ça limite. C'est vrai que sur le coup, ça limite. Au lieu de 30, on en a moins. Moyen de protection, ça veut donc dire... Eh bien, on a une gamme de protection, donc le filet, le patou. Et après, en dernier cas, il peut y avoir aussi un berger. Donc après, sur chacun de ces moyens, il y a des moyens de subvention. Donc plus ou moins en fonction de ce qu'on engage. Nous, on s'était dit, vu que c'était de la diversification, qu'on allait commencer par les... Enfin, on n'a pas vraiment eu le choix. On nous a fait comprendre que si on voulait continuer d'être indemnisés, il fallait mettre en place des moyens de protection. Donc on a mis les filets. Et le deuxième moyen de protection qui est retenu par la DDT, c'est la visite hebdomadaire. Donc ça, on le faisait quand même même deux fois par jour. Donc on avait nos deux trucs de protection. Et à la fin, ça ne suffisait plus. Il fallait mettre les brebis toute la journée dans les parcs électriques. On ne peut pas électrifier 40 hectares avec du filet de 1,20 m de haut. Enfin, à un moment donné, il faut quand même être raisonnable. Un filet, ça doit coûter 150 euros. Ça paraissait peu judicieux, on va dire. Et nous, on a la chance d'avoir un autre atelier à côté, le bovin qui marche plutôt bien en ce moment donc la question elle a été vite vite réglée quoi ça fait plus de peine à mon frère qui est très attaché à la production de brebis fin des ovins mais faut savoir être pragmatique parfois et c'est vraiment dommage mais aujourd'hui on va pas se dédoubler pour aller faire une production qui va se faire attaquer avec des impacts économiques économique important. Moi, je ne vois pas l'intérêt. Vous, ce loup, vous n'avez rien contre lui quelque part ? Moi, le loup, j'ai grandi comme la plupart de mes voisins, j'imagine, et de ma génération. C'est beau, ça reste un prédateur, mais c'est quand même un prédateur super intelligent. Il y a une gestion du groupe qui est incroyable. Et tant qu'on n'est pas mis devant le loup, on trouve ça chouette, c'est beau un loup. Moi, je l'ai trouvé bien, à Chabrière, en Creuse, c'était très bien, mais dans un parc fermé. Quand on est confronté à ces dégâts, ce n'est pas la même, je ne sais pas quoi dire de plus. C'est juste que de loin, c'est beau, de près, on s'en passe. Et de près, vous, c'est vraiment dans votre activité économique, celle qui vous fait vivre aussi ? Voilà, exactement. C'est que ces prédations nuisent directement à notre chiffre, parce qu'on va le perdre sur notre revenu. Alors c'est bien beau de donner des subventions et des compensations à tout, mais enfin, pour un problème qui n'était pas là il y a cinq ans, c'est trouver une ligne de budget supplémentaire pour quelque chose qu'on se passait très bien et tout allait très bien. Enfin, il n'y avait pas de problème là-dessus. C'est un vrai problème. Aujourd'hui, moi, je n'y vois pas vraiment de solution, à part que l'État se débrouille à nous en protéger. Moi, c'est vraiment une problématique incroyable. C'est donc sur cette question que se pose Baptiste-Emma que je vous laisse aujourd'hui. Une question qui a des conséquences pour son métier et son avenir. C'est la perspective du prochain numéro à retrouver la semaine prochaine. En attendant, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le Quart d'heure corrézien Henri Écoute sur nos sites internet, mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast. Sous-titrage ST' 501
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