Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
20-LE QUART D'HEURE CORREZIEN Week-End du 20/02/2026
20 février 2026 · 15 min
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce nouveau numéro du quart d'heure corrézien. Un quart d'heure particulier parce que c'est le quatrième et dernier numéro consacré à Georgette. Cette corrézienne de combat au pluriel que je vous fais découvrir depuis maintenant un mois. Vous pouvez d'ailleurs retrouver tous les épisodes sur les sites internet de nos radios mais aussi sur les plateformes d'écoute. Et pour ce quatrième et dernier volet avec Georgette, je vous propose de comprendre combien son engagement contre les violences conjugales officiellement depuis 16 ans, et bien comment cet engagement tourne à l'épuisement. Le quart d'heure corrézien avec Georgette Chastanet, c'est parti. Ce que tu as vécu dans les années 80 avec ton mari, tu n'en as jamais parlé clairement. Non. Il t'a fallu attendre longtemps avant de pouvoir le faire et tu l'as fait à un moment très particulier qui est ce Grenelle de lutte contre les violences faites aux femmes. Mais je pense qu'il faut être prêt aussi. En fait, j'avais un préfet, il me convoque et il me dit « Madame la Présidente, il faudrait qu'une victime veuille bien parler de la violence. » Il dit « J'aimerais bien. » Mais j'ai dit « Monsieur le Préfet, vous ne pouvez pas me demander ça, ce n'est pas possible. » J'ai dit « Il faut quand même savoir que si le concubin ou le mari est encore vivant, cette dame va être mise en danger. » Moi, je ne peux pas, en tant que président, je ne peux pas répondre favorablement. Je ne peux pas demander à une dame de venir vous parler de la violence, en fait. Puis je lui ai dit, ben voilà, moi, monsieur le préfet, je vais le faire à leur place. Et jusque-là, il n'avait pas pensé que j'avais vécu ça, en fait. Et ce monsieur, il est resté blanc. Vraiment, il est resté, mais heureusement qu'il était assis, je crois, parce que je pense qu'il se sera assis. Et c'est de là que j'ai décidé de... Mais je me suis sentie forte, en fait, quand je l'ai fait. Parce que le moment était venu, je crois, de parler de ça. Et après, le lendemain, je vais faire mes courses à mes sacs, dans le journal La Montagne, point par point, ce que j'avais dit était donné, les noms étaient donnés aussi. Là, c'était chaud, par contre. Là, c'était chaud. Je n'avais pas compris que j'aurais un retour comme ça. Et les gens qui me voyaient, ils me disaient, ouais, c'est bien ce que vous faites, bravo. Mais il y avait des instits de mes enfants qui ne savaient pas ce qui se passait à la maison et qui l'ont appris là, quoi. Et c'est ce jour-là que j'ai compris que la honte avait changé de camp. Quand ça a paru dans le journal La Montagne, parce que je me suis dit, il y a des personnes de la belle-famille qui vont quand même lire ça, ça ne va pas leur faire plaisir, ce n'est pas grave, mais ce n'est plus moi la fautive, c'est de l'autre côté que ça se passe. Et tu n'as jamais été fautive quelque part ? Non, non, mais je le croyais vraiment, de ce qui était arrivé et tout. Mais toutes les femmes, elles pensent ça. Tu sais, j'ai même pensé à me détruire à un moment donné, puis j'ai dit, mais non, il y a les enfants, je ne peux pas laisser mes enfants, c'est abruti, ce n'est pas possible. Pour moi, ce n'était pas possible. Mais j'arrive à comprendre qu'une femme ou un homme arrive à se détruire à force d'être maltraitée chez soi. Parce que justement, comme on n'en parle pas, ça s'empile. C'est terrible. Mine de rien, cette présidence, elle est lourde. Oui, elle est lourde. Elle est tellement lourde que, tu vois, j'ai vécu 15 ans de violence, Olivier. J'aurais fait 16 ans de présidence et je pense que maintenant il faut que j'en parte de cette association je pense que j'ai fait mon chemin pourquoi ? parce que ça maintenant ça ne me ça ne me motive plus ça me ça me peine ça me pèse d'aller non ça ne me motive plus je pense que mon combat je l'ai mené je pense que ça sera à quelqu'un d'autre de le mener maintenant à ma place. Enfin, à ma place, non, pas à ma place, mais quelqu'un d'autre qui poursuit, en fait, finalement. Parce que c'est épuisant comme rôle. Oui, c'est épuisant comme rôle. J'ai eu affaire à des personnes, j'ai eu des salariés formidables, des bénévoles pareils. Il y a eu toujours une équipe derrière moi, conseil d'administration, aucun problème. En fait, il faut être un peu le moteur dans ça. Mais je ne pouvais être le moteur que parce que je l'avais vécu, moi, personnellement. Oui, d'autres personnes verront peut-être les choses autrement, mais moi, je... Non. L'épuisement, c'est quoi ? C'est le poids administratif des choses ? Il y a le poids administratif, oui. Il y a la représentation. Si tu n'aimes pas faire de la représentation, c'est un peu embêtant. Ça a été mon cas pendant longtemps. Alors, les journalistes savaient que je n'aimais pas les photos. Ceux qui faisaient la télé savaient que je n'aimais pas la caméra. Après tout, là, maintenant, je me suis dit qu'il fallait quand même que je le fasse, malgré moi. Mais ce n'est pas ça que j'adore le plus, en fait, finalement. Je préfère le travail de l'ombre, qui ne se voit pas, et ça, c'est moi, ça. Mais je comprends, mais c'est important, évidemment, de porter la parole, de dire ce qui se passe dans l'association, pourquoi elle bosse, pourquoi... — Mais sur le point administratif, c'est que c'est clairement... En fait, c'est une association qui vit de subventions. — Oui. — Ces subventions, il faut continuellement, continuellement... — Les redemander, tous les ans. — Il faut continuellement monter des dossiers. Il n'y a pas de subvention pérenne. C'est usant. — On rencontre des préfets qui restent ou des secrétaires généraux ou des directrices de cabinet qui restent 24 mois. Et après, une fois qu'ils ont compris, ils partent. C'est un peu compliqué. C'est un peu compliqué parce que chaque fois qu'il y a un nouveau préfet, chaque fois qu'il y a une nouvelle directrice de cabinet, chaque fois qu'il y a un nouveau secrétaire général, il faut aller les rencontrer, leur expliquer ce qu'on fait. — C'est dragué. — Oui, un peu, ça. Je sais pas si je draguais beaucoup. Non, mais draguer dans le sens où on veut montrer une belle image de soi, de son association, ne nous oubliez pas. Oui, mais comme je le disais dans mon mot le 23 novembre, j'espère que les enveloppes d'État ne vont pas recevoir des cures d'amaigrissement. C'est ça ma grande inquiétude. Sauf que, pardon, on est dans une situation budgétaire qui est terrible. Ben voilà, on en est là. On se dit, qu'est-ce qui va se passer ? Ça m'a fait à savoir quand même que je suis responsable de cinq familles. J'ai quand même cinq salariés. Et ça, je m'en sens très responsable de ça, du travail de mes salariés. De pouvoir payer leur salaire, de pouvoir... Ça, ça me préoccupe. Et mine de rien, il y a des victimes aussi qui sont derrière. Oui, et il y a... Comme je disais à la présidente de l'Assemblée nationale, si on est obligé un jour, faute de moyens, de fermer cette association, qu'est-ce qu'on fait des 540 femmes qu'on a reçues, quoi ? Et des enfants, parce qu'il y a quand même des enfants derrière. Et des hommes, parce qu'on a reçu 18 hommes aussi. Si jamais il n'y a pas de budget, qu'est-ce qu'il se passe ? On ferme, il n'y a pas d'autre solution. On ferme, et... Qu'est-ce qu'on en fait auprès de ces personnes, vous me dites, vous ? On les laisse se débrouiller tout seuls. Tu vois, je n'ai pas de réponse à ça, moi. C'est aussi le fait de ne pas avoir de réponse ? Et à savoir que cette association, ça fait 35 ans qu'elle existe et qu'il n'y ait pas plus de reconnaissance, ça me dérange un peu aussi. Parce qu'on a quand même un engagement vis-à-vis des procureurs de la République, puisqu'on est quand même titulaire du téléphone grave danger. Et on est titulaire du bracelet anti-rapprochement. Donc c'est quelqu'un de notre association qui accompagne les dossiers des procureurs pour leur dire oui, cette personne, pour qu'il puisse prendre une décision. C'est eux qui font les comptes rendus, c'est eux qui font les entretiens, ce sont les procureurs qui nous demandent de faire ce travail-là. Donc quand on voit que le ministère de la Justice nous donne une subvention pour un mi-temps de juristes, c'est quand même un peu dommage. Aujourd'hui, on était arrivé à 100 téléphones de grand danger. Bon, il y en a peut-être un peu moins maintenant parce qu'il y a eu une révision de fait parce qu'au bout d'un temps où la personne s'est sortie de son mauvais pas et alors elle n'a plus besoin du téléphone grand danger. Mais il faut quand même faire attention parce que j'en avais parlé avec le procureur une fois, M. Tessier, et je lui avais dit, sachez que moi, ancienne victime, j'aurais un boîtier qui ressemble à un téléphone sur lequel je peux appuyer, je ne sais pas si j'aurais fait tout ce que j'ai fait pour me sortir de ce pas. Je lui ai dit, parce que c'est quand même une sécurité pour ces personnes. Il faut bien quand même qu'ils comprennent que ce n'est pas quelque chose qui va durer dans le temps, qu'à un moment donné, ce boîtier, il faudra qu'elle le rende. Donc là, j'avais des collègues qui se sont mis dessus pour voir, sur les 100, quels sont ceux qui peuvent déjà être rendus, comment on peut accompagner. Parce que derrière le téléphone d'un danger, quand il est donné par les procureurs, il y a quand même un accompagnement. Nos collègues sont derrière, en fait, finalement. Donc tout ça, ça donne du temps. Il faut rappeler la personne, lui demander comment ça va, qu'est-ce qui se passe. Suivre. Suivre. Il y a un suivi derrière qui peut durer jusqu'à six mois, renouvelable. Après, il faut quand même que la personne se prenne en charge. Et que dans ces six mois, elle ait le temps de pouvoir se confronter à ces problèmes personnels. Et voilà. Donc là, il y a un suivi derrière. On les aide à trouver du travail pour celles qui n'en ont pas. Bon, il faut qu'elles se relogent, il faut qu'elles s'occupent de leurs enfants, les scolariser quand il y en a. Souvent, il y a des enfants et souvent en bas âge. Tous ces éléments-là, mis bout à bout, font que tu arrives à une forme d'épuisement, toi. Moi, je... En fait, quand je suis partie de la mairie, je me souviens avoir dit aux journalistes que j'étais usée. Et bien là, j'ai une forme d'usure aussi, là. Parce que demander toujours la même chose, rencontrer les gens, voir que ça ne bouge pas, moi, je suis un personnage où il faut que ça bouge, il ne faut pas que ça dorme, ce n'est pas possible pour moi. Quand j'arrive à avoir des gens qui comprennent, qui font des efforts, parce que les enveloppes, ce n'est pas eux qui les octroient, sinon ce serait trop facile, en fait, finalement. Mais, ouais, ouais, franchement, j'ai trouvé, j'ai trouvé des gens compréhensifs qui m'ont dit, on va mettre 1 000 euros de plus par année, mais j'ai dit, mettez 1 000 euros de plus, mais maintenant, on n'en va pas 5 000 l'année prochaine. J'ai trouvé un président du conseil départemental qui m'a beaucoup aidé là-dessus. Mais là, c'est pareil, on ne se craint pas tous les deux. Je lui dis, méfie-toi. Il me dit, oui, oui, je sais. Mille de rien, si tu regardes ces 16 années, il y a beaucoup de choses qui ont évolué quand même. Oui, il y a la gendarmerie qui est formée. Les policiers et les gendarmes sont formés pour pouvoir recevoir ces personnes-là. Et c'est déjà beaucoup, parce que moi, quand j'ai voulu aller porter plainte à mes sacs, on m'a dit une gifle de temps en temps, ça n'avait pas de mal. Je suis reparti. Quand tu as des trucs comme ça, tu repars. Et puis c'est fini. Après, tu ne parles plus. Donc oui, là, il y a quand même eu du travail de fait. Mais la société, elle aussi, enfin... Mais il y a encore beaucoup de travail à faire. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Dans les écoles, on se rend compte que... Ce que j'avais demandé aussi à ma directrice, là, comment vous vous sentez par rapport à l'école ? Il me dit qu'il y a des enfants de 10 ans qui sont contents que maman reste à la maison. Je me posais question sur le devenir de cet enfant-là. Qu'est-ce qu'il va faire ce petit garçon quand il va rencontrer sa compagne ou sa femme ? Il va lui dire tu restes à la maison, tu t'occupes des enfants et moi je bosse. Et si ça ne va pas, on fait comment ? Est-ce que tu as le sentiment que tu tournes un petit peu en rond aussi ? Je ne sais pas, non, pas spécialement. De ressasser peut-être plutôt ? Oui, il y a ça. Oui, j'ai l'impression qu'on dit toujours la même chose et quand il n'y a pas de réaction derrière. Pour moi, ça devient une routine, c'est plus intéressant. C'est tellement plus intéressant quand ça bouge que quand ça ne bouge pas. Voilà, ça c'est le sport qui ressort. 24 septembre. 24 septembre, oui, ça sera fini. Après l'assemblée générale. Enfin, une assemblée générale extraordinaire, puis après je... Mais bon, je resterai de toute façon adhérente à cette association et j'en parlerai. Mais je veux dire par là, qu'est-ce qui se passe derrière ? En fait, il y a un soulagement ouf, je reprends ma vie à moi perso. Et qu'est-ce que tu vas faire après ? Ah, qu'est-ce que je vais faire après ? Je vais reprendre, alors là, je vais faire du tourisme. Faire du tourisme, comme je te disais, avec ton grand-père, on a fait cette association. Je n'ai pas eu le temps de visiter les plus beaux villages de France. Eh bien, je vais prendre le temps. Ma petite valise, ma petite voiture. Et je vais m'organiser des week-ends. Ce sera peut-être la première fois de ta vie que tu vas avoir du temps pour toi. Oui, là, oui. Mes enfants, je leur ai annoncé dimanche, le 24 septembre, c'était fini. François, il a eu la réaction, il m'a dit « Maman, deux jours avant mon anniversaire, qu'est-ce que c'est vieux ? » Mais je resterai adhérente et j'en parlerai autour de moi, c'est sûr. Ça les soulage tes enfants que tu arrêtes ? Tous les quatre dimanches, ils m'ont dit « Tu fais bien, c'est très bien. » Et le plus ravi, ça a été Vincent, en fait, finalement. Il m'a dit « Oh, maman, mais quel bonheur que tu nous annonces ça. » Je pense que c'est un bon tour de France des plus beaux villages. Ah oui, j'espère, j'espère, j'espère. J'espère que je pourrais aller en Bretagne, que je pourrais aller en Savoie. Merci, Georgette. Je t'en prie. Merci, Olivier. Voilà, c'est la fin de cette série consacrée à Georgette Chastané. Merci encore pour ta confiance. Je rappelle juste deux choses. Le 3919, c'est le numéro d'urgence à appeler si vous êtes victime ou témoin de violences conjugales. C'est un numéro gratuit, disponible 24h sur 24, 7 jours sur 7. Autre moyen aussi pour signaler une situation de danger, ouvrez la main et refermez vos doigts au-dessus de votre pouce. C'est un moyen pour tenter d'appeler à l'aide dans une pharmacie, une boulangerie ou n'importe où encore. Je vous retrouve maintenant dans une semaine. Je serai aux côtés d'un Corrézien, un agriculteur installé sur le plateau de Millevaches. Mais en attendant, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le quart d'heure corrézien en réécoute sur nos sites internet, mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.
Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.
