Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

18-LE QUART D'HEURE CORREZIEN WEEK-END DU 6/02/26

6 février 2026 · 15 min

Avec un compte, 15 Cœurs quand quelqu’un ouvre votre lien. Rejoindre la communauté
Dans le précédent volet, vous avez découvert Georgette. Une femme de 76 ans aujourd'hui et qui, durant 11 ans, a vécu sous les coups et les brimades de son mari. Si elle a réussi à rompre cette spirale, c'est notamment parce qu'elle travaillait. Un travail qui lui a permis de sortir de chez elle, de rencontrer du monde et ainsi de reprendre confiance en elle.  Découvrez ici, le deuxième volet de cette série consacré à cette femme de combats.
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'information hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM, réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le quart d'heure corrézien, quart d'heure au cours duquel je vous propose de retrouver Georgette. Georgette, c'est cette corrézienne de combat que je vous ai présentée dans le premier volet de cette série. Une femme qui a vécu sous les coups et les insultes de son mari et qui n'a eu qu'une chance, celle de travailler à l'extérieur de son foyer. C'est ce que vous allez entendre dans ce deuxième volet. Les enfants arrivent relativement... Moi je me suis mariée en mars 70, Vincent est arrivé en octobre 71, Sébastien en décembre 72 et François en septembre 75. Et durant tout ce laps de temps, qu'est-ce que se passait encore à la maison ? Mais de la violence, alors des paroles. Tu vois Olivier, je pense que dans la violence, et ça, quand j'entends certains jugements rendus, ça me pose problème. Parce qu'il faut prouver les choses. Les coups, ils se voient, donc on peut les faire valider par un médecin. Mais lorsque ce sont des mots, M-O-T-S, c'est terrible comme ça peut vous démolir, parce que moi j'avais les deux en fait. Je n'avais pas l'économique, parce que quand je travaillais et que j'avais un compte à part, je n'avais pas l'économique. Mais j'avais les deux, j'avais les coups et j'avais le reste. Et le reste, à force qu'on vous dise que vous n'êtes pas capable de faire, que vous ne ferez jamais rien de votre vie, que vous êtes une mauvaise personne, ces mots-là vous rentrent dans le corps. Votre cerveau est bridé parce que vous vous dites toujours qu'à la fin, ça finit par vous rentrer dedans. Ça fait, vous me voyez trancher un petit morceau. J'avais l'impression que mon corps était découpé à petits morceaux. Et après, il faut ressembler tout ça. Donc, je ne te dis pas les cicatrices qu'il y a partout. Et ces cicatrices-là ne se referment, certes, mais de temps en temps, elles s'ouvrent. Et tu peux faire ce que tu veux. Tu peux aller voir qui tu veux. Tu peux faire ce que tu veux. Tu te dis, bon, ça, je vais le mettre de côté. Ce n'est plus ma vie. Ma vie, c'est autre chose. Et là, c'est compliqué. C'est compliqué parce qu'à un moment donné ces plaies se rouvrent pas tout en même temps c'est un mot, c'est peut-être une phrase c'est peut-être un endroit où tu te sens tu te dis ça me rappelle des choses et tout ça c'est inguérissable ça te brise le cœur ça te laisse des bleus à l'âme c'est-à-dire que c'est à vie tu ne le sors pas ça ne sort pas de chez toi. Je comprends. Et pourtant, donc, tu te dis, en fait, l'aîné arrive, peut-être que je vais tomber quand même amoureuse. L'aîné arrive, je me dis, ben, ma foi, après tout, j'ai dit, je ne vais pas aller chercher ailleurs, je t'en prie. Je me suis dit, mais peut-être qu'avec un gamin, ça va, puis après, le second qui arrive, puis après, le troisième qui arrive, puis là, je me suis dit, attention, il faut arrêter, là, parce que d'abord, il faut continuer de travailler, et d'un. Et j'ai dit trois enfants, ça suffit simplement, parce que quand tu travailles trois enfants et que tu n'es pas aidé à la maison, je peux te dire que c'est super dur. Entre les repas, la lessive et l'idée que j'ai eue, en fait, finalement, parce que je n'étais que stagiaire quand je suis arrivée à la mairie de Collanges, en fait. Et il y avait un percepteur qui m'avait dit, il m'a dit, Georgette, si vous voulez être titulaire, il faut passer des concours. Et j'ai passé des concours. Pendant 18 mois, j'ai bûché, enfin, j'ai travaillé toute seule à la maison, de 21h du soir jusqu'à 3h du matin. J'avais des études de maths, j'avais des maths. J'étais mauvaise en maths, Olivier. Oh là là là là, quelle catastrophe ces maths. J'avais demandé à une cousine de me donner des cours parce que le concours à moins de 9 en maths, t'étais rétamé. Tu pouvais avoir des notes partout ailleurs. Sans ça, ça ne marchait pas. Je me disais, non, je ne vais pas me faire rétamer. Et là, j'avais 31 ans quand je suis reprise ça. Je me suis dit, je ne me laisse pas abattre. Il faut absolument que je sorte de là. Et puis, il fallait que je lui prouve que je n'étais pas la personne qui disait que j'étais, en fait, finalement. Donc tout ça, après tout ce travail que j'ai pu faire, je me dis, je suis arrivée, j'étais un peu cuite quand même, j'avoue, au bout de 18 mois, parce qu'il fallait rendre 3 devoirs, j'avais une étude de cas, j'avais des maths à rendre et j'avais du français en plus par-dessus le marché, 3 devoirs par semaine, il fallait que ce soit rendu et il n'y avait pas plus rien. Ton salut, quelque part ? C'est mon travail. Ça m'a sauvée. C'était le seul lien social que j'avais, ce travail. Parce que je ne pouvais voir personne. Si j'allais chez les voisins, qu'est-ce que j'étais allée voir les voisins ? En fait, c'était invivable. Mais en gros, Pierre, t'interdis tout de voir tes amis, ta famille ? Tout, oui, oui. L'isolement. On commence par t'isoler de ta famille. Il n'y a déjà pas commencé. Puis ta famille ne vient pas te voir. De peur de voir l'innommable. C'est-à-dire que de peur que ça éclate, une colère quoi, qu'ils se mettent en colère, que ça éclate. Moi, mon frère, mes sœurs ne venaient pas me voir. Ils ne venaient pas parce qu'ils ne voulaient pas voir. Et puis les amis non plus ne venaient pas parce que les amis ne le voyaient pas comme ça à l'intérieur. Ils avaient peur de découvrir. Ils avaient peur de découvrir que la personne qu'ils voyaient en face d'eux n'était pas la vraie personne, en fait, finalement. Et ça, c'est difficile pour les gens de comprendre. Moi, j'ai eu des personnes qui m'ont dit « on savait que tu étais battu ». Je dis « mais pourquoi vous n'êtes jamais venu me voir pour lui dire que ce n'était pas ce qu'il fallait faire ? » Eh bien, les gens ne viennent pas. Tu n'as pas été entendu quand tu es dans cette situation-là. Et ça, c'est pourquoi ? C'est parce qu'on est dans un milieu rural ? Je pense que c'est un peu tout, en fait, finalement. Mais surtout le milieu rural, parce que le milieu rural, on ne veut pas que tu le dises. Comme je dis, personne ne te tend la main, soit par peur de découvrir que les choses que vous vivez sont innommables, c'est bien le mot, soit pour ne pas voir ou ne pas imaginer que la personne avec qui vous partagez votre vie ait un tel comportement. Parce qu'extérieurement, ça ne se voit pas. Et je me souviens, tu vois, quand j'ai eu passé mon concours, Olivier, qu'il faisait la sieste, je suis allée le réveiller. Je lui ai montré mon document, la lettre, en disant que j'étais reçue à mes concours. Et je lui ai dit maintenant, mon petit, nous sommes en 1981, ça ne va plus être la même chose. C'est terminé. Et là, il a compris qu'il n'aurait plus d'emprise sur moi. Et c'est ce qui l'a amené à faire, ce qu'il a fait, se détruire. J'avais 31 ans et moi, j'étais décidée à ne plus me laisser faire. Parce que je disais, mais non, ça, c'est pas possible. Je suis pas aussi bête qu'on a l'air de me le dire, quoi. Et j'admettais pas ça. J'admettais pas ça. Parce que ça, il te le disait quasiment tous les jours. Ah, c'était régulier, c'était... Le ménage était mal fait. Enfin, rien n'allait. Rien n'allait, la bouffe n'était pas bonne. Enfin, bon, tu finis par te dire, non, mais ça va à un moment, quoi. Il ne s'occupait pas de la scolarité des enfants. Mais chaque fois qu'il revenait avec des mauvaises notes, c'était ma faute, quoi, en fait, finalement. C'était... Il ne s'occupait pas. Non, non, il ne s'est pas occupé de la scolarité des enfants. Il s'affichait complètement, je ne sais pas. D'abord, pour te dire à quel point il s'affichait complètement des enfants, quand François est né. J'étais... Normalement, j'étais sortante à 2 heures de l'après-midi. Je l'ai appelée. Je lui ai dit, écoute, voilà, je suis sortante. Maintenant, tu viens me chercher, en fait. Mais il me cherchait à 6 heures du soir. Je prie de croire que de Brive-la-Gaillarde, ici, je ne lui ai pas décroché les dents. Parce qu'entre-temps, quand tu es sortant de la maternité, on ne te donne plus les biberons après. Et François, à 4 heures, il devait avoir un biberon. Moi, j'ai attendu 6 heures pour lui donner. Rien que ça, tu vois, tout ça, je me disais, mais il n'a même pas ses enfants. Donc, pour moi, j'étais une chose, en fait, finalement. J'étais quelqu'un qu'on sortait du placard, qu'on rentrait du placard quand on en avait envie, quand on en avait besoin. C'était ça. Et à un moment donné, je n'ai plus voulu ça. Mais j'ai mis quand même du temps. Parce que je me suis mariée à 20 ans et j'ai commencé à 31 ans à me dire, 11 ans après, j'ai mis 11 ans. Mais je comprends les femmes. Je comprends les femmes. Juste une question, c'est... Tu n'as jamais pu en parler, en fait, avec tes beaux-frères, tes belles-sœurs, tes beaux-parents ? Alors, mes beaux-parents, ils s'en foutaient complètement, parce que c'était... Non, non. Moi, mon beau-père, un jour, il est venu, on devait aller à un baptême d'un de mes neveux de mon côté à moi. Il ne voulait pas qu'on y aille, donc j'ai un de mes gamins qui est descendu voir le gras en bas, les beaux-parents, parce qu'ils étaient à 500 mètres, là. Et bien sûr, mon beau-père est monté, pour me réconforter, il m'a dit, c'est celui qui a de la moustache sur le nez qui doit commander chez lui. Je l'ai regardé, j'ai dit, ça n'a pas dû vous arriver souvent, ce genre de choses. Il ne m'a pas répondu. Oui, on est dans ce contexte social aussi, c'est l'homme qui décide à la maison. En gros, Pierre a reproduit ou tenté de reproduire ce... Mais c'était sa mère qui commandait chez lui, ce n'était pas son... Mais oui, on reproduit, que ce soit la mère qui soit une matrone ou le père patron. En gros, quand il y a violence, il y a violence. Il y a violence, oui. Tu m'as dit que Pierre s'est détruit. Oui, il s'est détruit. Il s'est auto-détruit. Alors, est-ce que tu sais ce qui s'est passé pour qu'il en arrive à... Alors, culpabilité, en fait, finalement. Encore, encore culpabilité. C'est parce que tu as tes diplômes que... Ce n'est pas que les diplômes. Là, les diplômes, il a vu qu'il n'aurait plus d'emprise sur moi. Je lui ai dit, maintenant, c'est terminé. Et je n'avais pas peur de lui. C'était terminé. Je ne mettais plus son couvert, je m'en foutais de lui. Il n'était pas là, c'était normal parce que, quand même, il faut savoir que je suis marié, je suis resté marié 15 ans et que les Noël je suis resté 14 Noël toute seule avec mes enfants. Il allait à une propriété qu'il avait chez son qu'il avait hérité de son oncle. Je ne voyais pas et tu sais ce qu'il faisait ? Non. Et puis je ne posais même pas la question. Pourquoi faire poser la question ? Je m'en fichais, il faisait ce qu'il voulait. Lui, il faisait ce qu'il voulait. Par contre, moi, pas. Alors le contexte, c'était qu'à ce moment-là, à la propriété de son oncle, Asseillac, il y avait des bêtes, et ce jour-là il y avait le comice agricole à Messac, et il avait dit à Messac qu'il mènerait des bêtes au comice, pourquoi pas. Et puis il arrive dans la cour, il nous siffle déjà, pour qu'on puisse sortir de la maison. On sort tous les quatre, puis dans la cour, il nous fait « Toi, toi, toi, toi, vous allez venir m'aider. » Je le regarde, j'ai fait « Toi, toi, toi, toi, on a des prénoms que je sache. C'est quoi, ça ? » Et bien, j'ai dit « Tu vois, aujourd'hui c'est non. » Et c'est la première fois que je lui ai dit non. Et là, je pense qu'il ne l'a pas supporté, et c'est sûr un truc comme ça qu'il est reparti à la propriété en amenant son fusil de chasse. Je ne l'ai vu que le lendemain. Tu ne l'as vu que le lendemain ? Qu'il avait pris le fusil de chasse, oui. Donc j'avais un cousin qui était gendarme à Messac. Et puis je lui ai dit, écoute, le fusil de chasse n'est pas là. Il n'est pas rentré cette nuit. Qu'est-ce qui a pu se passer ? Et après, c'est donc mon beau-frère, Jean-Paul, qui est marié avec ma sœur Yolande, ma sœur aînée, et son beau-frère de Saycz qui sont allés à la propriété. Moi, j'ai dit, allez à la propriété. Je suis sûr qu'il est là-haut. Ils sont allés à la propriété et qu'ils l'ont trouvé au pied d'un arbre. Pierre se suicide en 85. Comment ça se passe, en fait, à la maison, un mois après son décès ? Ils étaient pensionnaires, les enfants. Ils étaient pensionnaires à Bossuet. Donc, je les avais mis en pension, mais pas pour les punir. Compte tenu de ce qui se passait à la maison, je dis, moi, je préférais que vous soyez tranquilles la semaine, vous ne voyez pas ce qui se passait à la maison, et puis après on se retrouvait le vendredi soir, quoi. En fait, ça a duré. Vincent et Sébastien, ils sont restés deux ans pensionnaires à Bossuet. Puis après, quand l'événement, François aussi, parce qu'en fait François il trouvait très bien qu'on se trouve tous les deux à la maison, et puis quand ses frères arrivaient le vendredi soir, on me disait, mais maman, pourquoi ils ne vont pas chez mamie ceux-là ? J'ai dit, écoute, c'est tes frères, en fait. Franchement je disais je ne sais pas, François. Je crois que quand tu seras en âge de partir en sixième, tu vas faire un petit peu de pension pour voir comment ça se passe. Et tu verras que le vendredi soir, tu seras content de rentrer chez toi, en fait, à ta maison, je lui ai dit. Puis c'est ce qui s'est passé. Puis après, quand on a été tout seuls, Vincent, Sébastien, François fait un an de pension aussi, en sa sixième. Et puis, ils m'ont dit après, maman, on préférerait prendre le bus. Donc, on se levait tous les matins à six heures, on a pris le bus à sept heures moins dix, et puis ils partaient à Bossuet. J'allais les récupérer le soir, on mangeait vite, ils faisaient leurs devoirs et c'était comme ça toute la semaine. François a 8 ans, Sébastien a 11 ans et Vincent a 12 ans. C'est toi qui leur apprend que... Non, ce n'est pas moi, François était chez sa nounou, donc j'ai appelé la nounou, c'est sa nounou qui l'a informé et moi, ben oui, moi, Sébastien et Vincent, c'est moi qui leur ai appris que leur père était décédé. Je ne suis pas allé dire tout de suite ça. C'est après coup qu'ils ont su. Mais eux, ils ont vu que j'étais battu. Tout ça, moi, mes enfants, ils voyaient, ils voyaient. Et là, maintenant, bon, ils ont plus de 50 ans tous les trois. Donc, la seule chose dont je suis fier, Olivier, ça, je peux te le dire, je ne veux pas de Légion d'honneur. Ça, c'est quelque chose qui ne m'intéresse pas. Mais celle-là, je me l'octroie à moi, personnellement. C'est la Légion d'honneur familiale. Parce que ni Vincent, ni François, ni Sébastien n'ont reproduit avec leurs compagnes, leurs femmes ou leurs compagnons, ce qu'ils ont vu, subi et entendu à la maison. Et j'en suis fière de ça. C'est sur cette belle note que je vous laisse et que je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un troisième volet, toujours consacré à Georgette. Un volet dédié à son engagement pour sa commune. Vous l'entendrez dès vendredi prochain. En attendant, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs.

Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.

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