Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN

06-LE QUART D'HEURE CORREZIEN

10 octobre 2025 · 15 min

Avec un compte, 15 Cœurs quand quelqu’un ouvre votre lien. Rejoindre la communauté
1/4 d'heure numéro 6 La France n'a pas de budget pour 2026. Dans ce contexte, certaines associations se demandent si elles vont pouvoir continuer à agir. C'est le cas de SOS Violences conjugales que j'ai rencontré cette semaine. Faire de l'histoire depuis Tulle, c'est possible ! La 3e biennale européenne d'histoire locale se déroule du 14 au 19 octobre. On en parle avec ses fondateurs Jean Boutier et Arundhati Virmani, historiens à l'EHESS. Il veut faire de la liberté et de la liberté d'expression ses piliers de la Foire du Livre 2025. Rencontre avec le président de la 43e édition de ce rendez-vous littéraire, Philippe Claudel.
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans le sixième numéro du quart d'heure corrézien de cette saison. À l'heure où la France cherche un budget, le monde associatif, lui, serre les dents parce qu'il ne sait pas comment il va boucler son budget annuel, alors même que certaines associations mènent une mission de service public. C'est le cas de SOS violences conjugales en Corrèze. Vous entendrez des inquiétudes de la présidente de la structure. Du 14 au 19 octobre prochain, Tulle reçoit la troisième édition de sa biennale d'histoire. Un rendez-vous à la fois européen et local qui nous emmène sur les traces de l'histoire industrielle de notre région. Enfin, Philippe Claudel, président de la 43e édition de la Foire du Livre, a dévoilé le programme de sa Foire du Livre, une foire où la liberté et la liberté d'expression seront au cœur de ce qui est le premier événement littéraire de province. Le quart d'heure corrézien, vous avez le menu, c'est parti. À l'heure où je vous parle, la France n'a pas adopté de budget pour l'année 2026. Or, ne pas avoir de budget pour de nombreuses associations, cela veut dire naviguer à vue sans savoir si les actions menées au cours de l'année pourront être reconduites ou non l'année prochaine. Alors, beaucoup d'associations courent après l'argent public en montant des dossiers de subvention ou bien de l'argent privé, que ce soit des dons du mécénat ou encore des opérations de sponsoring. Parfois, ces dons sont comme tombés du ciel. Ainsi, cette semaine, l'association SOS Violence Conjugale, qui fêtera ses 35 ans en novembre prochain, a reçu 1200 euros de la part d'un collectif de 26 chercheuses dans le domaine du nucléaire. Ces chercheuses ont ainsi offert la dotation du prix Femme Energia, reçu en novembre 2024. Femme Energia, c'est un événement national qui se donne pour objectif de valoriser les métiers scientifiques et la recherche scientifique, notamment vers les jeunes filles et les jeunes femmes. Stéphanie Paolini est médecin du travail à EDF, elle fait partie de ce collectif de 26 scientifiques et pour elle, il était normal d'offrir cette somme à SOS Violence Conjugale. Ça nous semble, dans le même état d'esprit, que la nécessaire visibilité des femmes dans leur métier et la nécessité de se battre pour être à certains postes, absolument essentiel d'assurer déjà le premier niveau de l'existence. C'est-à-dire pouvoir vivre chez soi en sécurité, en sûreté, pouvoir donner un toit sûr à ses enfants. C'est absolument essentiel pour qu'une femme puisse ensuite avoir un métier ou puisse faire des études. C'est le B.A.B.A., c'est de pouvoir déjà vivre sereinement chez soi. Ces 1200 euros, Georgette Chastanet, la présidente de l'association, sait déjà à quoi ils vont servir. Ça va nous payer deux mois de loyer, ce qui reste à la charge pour l'association, que dix mois pour 2025. Et pour cette femme de combat, recevoir un tel don est plus qu'un symbole. Vous vous rendez compte de la sororité ? Ça vient de femmes. Moi, je suis extraordinairement reconnaissante à ces femmes. Elles ont travaillé pour avoir ce prix et elles nous le redonnent. Bravo, je dis merci. Un merci d'autant plus grand que sur un budget annuel de 260 000 euros auxquels s'ajoutent les salaires des cinq salariés de la structure, trouver de l'argent est une véritable bataille. Les subventions ne sont jamais pérennes et jusqu'aujourd'hui ne seront jamais pérennes. Si après les gouvernements à venir nous pérennisent, ne serait-ce que sur trois ans, ça serait beaucoup plus facile pour nous pour monter nos budgets. Parce qu'aujourd'hui nos budgets sont montés comme ça, à vue de nez, jusqu'au moment où on va se prendre une montagne et qu'on sera obligé de fermer les boutiques et de licencier le personnel. Et ça, évidemment, ce n'est absolument pas l'objectif visé par Georgette Chastanet. Qu'est-ce qu'on fera des femmes qu'on reçoit actuellement ? Nous en avons reçu 550 l'année dernière, nous avons fait 600 signalements d'enfants. Qu'est-ce que vont devenir ces personnes si un jour on est obligé de fermer boutique ? Puis je refuse ça. Je refuse ça parce que c'est ce que j'ai vécu pendant 15 ans. Donc je n'admets pas qu'on nous laisse tomber comme ça. Et dans ce contexte, elle a vraiment l'impression d'être abandonnée. L'année dernière, on est sortis avec 11 000 euros de déficit. Cette année, sur la justice, il nous manque déjà 9 000 euros. Sur la mutualité sociale-agricole pour la ruralité, il nous manque 2 000 euros. 9 et 2, ça fait 11. 11 et 11, ça fait 22. Et je ne peux pas laisser filer ce déficit, moi. Sinon, j'envoie l'association dans le mur. Et ça, je ne le veux pas. Je refuse. Je refuse carrément d'envoyer l'association dans le mur. Parce que c'est nos salariés et ce sont les femmes qu'on reçoit, les enfants qu'on reçoit aussi. Et parfois, il faut dire aussi qu'on reçoit des hommes. L'année dernière, on a reçu 18 hommes. Je tiens à le signaler. Des victimes reçues chaque jour, écoutées et suivies par les 25 bénévoles de l'association, soit en équivalent salaire 52 000 euros. Alors si vous le pouvez, vous pouvez faire des dons à l'association SOS Violence Conjugale ou bien participer par exemple à un concert organisé samedi prochain le 18 octobre à la salle des fêtes de Connac autour du collectif La Voix des Mots. Un concert au profit de l'association SOS Violence Conjugale. Histoire d'industrie, c'est le thème de la troisième biennale européenne d'histoire locale. Une biennale qui se déroule à Tulle du 14 au 19 octobre. Et ce n'est pas un hasard si Europe et local sont associés. Sur Etienne Boutier. Il est historien à l'école des hautes études en sciences sociales et c'est l'initiateur de cet événement. La Corrèze a une vieille tradition d'industrie avec des grandes entreprises. Dans les années 1760, l'entreprise textile Leclerc est une des premières manufactures de la région. La manufacture d'armes de Tulle remonte à l'époque de Louis XIV et devient une manufacture royale dans les années 1770. Et il y a un riche tissu industriel en Corrèze que l'on a tendance un petit peu à oublier parce que ce sont des industries qui ont désormais changé, qui ont souvent disparu. Et selon Etienne Boutier, avant d'être national ou international, un événement historique débute toujours localement. Associer Europe à l'histoire locale, ça semble un peu une provocation, mais ce n'est pas du tout une provocation. C'est réfléchir à des grandes questions qui traversent nos sociétés actuelles en les ancrant dans des réalités locales. Parce qu'après tout, on vit dans un espace local, même si on appartient à un espace beaucoup plus large. Or, dans le cadre de l'industrie, cette notion a une vraie résonance dans notre actualité, souligne Arundhati Virmani, historienne elle aussi à l'EHESS et co-organisatrice de cette biennale. D'autant que l'industrie ne peut pas être perçue que par l'aspect économique. C'est aussi une expérience que vivent des gens, socialement, culturellement, du point de vue écologique et humain. L'industrie revient aujourd'hui dans les débats politiques. On parle beaucoup de réindustrialisation, de souveraineté économique, on parle de transition énergétique. Et tous ces mots ont parfois une sorte de sens très technocratique, mais en fait ils traduisent une inquiétude qui est très réelle, très concrète. Comment produire, à quel coût, avec quelles conséquences humaines et environnementales. Alors pourquoi réfléchir à de telles questions depuis Tulle et non pas, comme se le fait souvent, depuis une métropole universitaire ? Il fallait décentrer le regard, sortir des grandes métropoles pour aller vers d'autres territoires, tout aussi porteur d'histoire et de savoirs bien sûr. Tu ne peux pas être une petite ville au cœur de la Corrèze, mais elle a une identité très forte, industrielle, ouvrière, je dirais intellectuelle aussi. Donc, je dirais organiser la Biennale ici, pour nous, c'était affirmer que la réflexion historique peut naître ailleurs que dans les capitales. L'Europe ne se pense pas seulement à Paris, Bruxelles ou Berlin. Elle peut se faire, elle peut se penser à Tulle. C'est reconnaître la voix des territoires, redonner voix à ces territoires. L'histoire locale n'est pas un repli. C'est un point de départ pour comprendre des dynamiques plus larges, ici à Tulle donc. Et ainsi donc, cette Biennale européenne d'histoire locale espère engager sinon des discussions, au moins des débats éclairés. Nous vivons une période extraordinaire de progrès technique. Ce progrès technique n'est pas uniquement, comme certains le veulent, destructeur. Il est ce que nous allons être dans quelques années et il est extrêmement important. Je pense que l'histoire nous permet de repenser une idée très galvaudée et très critiquée qui était celle du progrès, que l'on ne peut pas jeter le bébé avec l'eau du bain en quelque sorte. Et c'est là tout l'enjeu de cette Biennale, offrir un espace de dialogue par l'intermédiaire de chercheurs qui vont apporter leur connaissance afin de nourrir ces dialogues. Nous n'offrons pas l'information, mais un espace où la connaissance se construit. On ne cherche pas non plus à imposer une lecture. Ce sont des échanges civils informés, sans caricature, sans opposition. C'est vraiment un lieu de dialogue entre les disciplines où la connaissance prime sur les idéologies. L'accès à la Biennale est totalement libre et gratuit, à la Chambre d'agriculture, à la Cité de l'Accordéon, mais aussi au Théâtre de Tulle ou encore Salle de la Treille. Vous retrouverez l'ensemble de la programmation sur le site internet biennale-tulle.fr. Dans un peu moins d'un mois maintenant, la foire du livre de Brive battra son plein sous la halle Georges Brassens et à l'espace des trois provinces. Une 43e édition présidée par Philippe Claudel, l'écrivain et scénariste, a d'ailleurs présenté le programme qu'il a concocté, un programme aux saveurs de liberté. Si j'écris, c'est pour me rapprocher des autres, c'est pour essayer de les interroger, de m'interroger. Et si je lis surtout, c'est pour ça aussi, c'est-à-dire partager ensemble des valeurs et des questionnements qui nous permettraient de vivre mieux ensemble. Et c'est d'autant plus important pour l'homme de 63 ans qu'il vit, lui aussi, sur notre planète et qu'il constate comment nos sociétés évoluent. On est dans un monde de fous depuis l'arrivée à nouveau de Trump au pouvoir et les décisions qui sont prises, la guerre en Ukraine depuis trois ans. On a beaucoup de sujets d'inquiétude et de perplexité, mais l'humour peut être aussi une arme de guerre. On peut résister en riant et résister en riant de ces fous qui sont devenus les rois. Et s'il est un moteur essentiel pour l'écrivain réalisateur, c'est de pouvoir confronter des avis. Un moment essentiel selon lui parce qu'il amène du dialogue. En évoquant, en parlant de Boualem Sansal et de sa présidence d'honneur à toutes celles et ceux qui, comme lui, sont emprisonnés parce qu'ils parlent ou parce qu'ils écrivent, on peut ne pas être d'accord avec ce qui est dit par Boualem et par d'autres, mais il est hors de question d'accepter qu'on soit incarcéré parce qu'on s'est exprimé. Et puis l'humanisme, la liberté, ça peut être la fraternité aussi, c'est-à-dire aller vers celles et ceux qui ne peuvent pas venir à nous, que ce soit des personnes hospitalisées, que ce soit des personnes incarcérées, que ce soit des personnes dans des maisons de retraite ou des jeunes gens, des jeunes lecteurs qui sont dans des milieux aussi où les livres ne sont peut-être pas très importants. Donc essayez avec les livres, avec les auteurs, avec la littérature, de porter un message de fraternité, d'entente et de dialogue. C'est aussi pourquoi le monde carcéral en général et les prisons en particulier vont trouver une place centrale au cours de cette 43e Foire du Livre de Brive. J'ai longtemps enseigné en prison, je n'ai cessé d'aller en prison. Malheureusement, en constatant que nous sommes un pays qui incarcérons beaucoup, nous sommes aujourd'hui à 85 000 détenus, ce qui est énorme, le chiffre n'arrête pas d'augmenter. On a du mal à sortir de cette politique carcérale, et ça, il faut que tout le monde en prenne conscience. Ce n'est pas une décision politique, ce n'est pas une décision des juges qui ne font qu'appliquer la loi, c'est une décision collective, il faudrait qu'il y ait vraiment une sorte de grande cause nationale des prisons, d'un débat profond pour dire, bon voilà, on en est. On est souvent couronnés justement pour notre façon de gérer ce problème de la carcéralité. Qu'est-ce qu'un pays démocratique et qui se veut grand comme la France doit faire pour qu'il y ait un traitement plus humain justement de ce monde carcéral ? Et c'est donc autour de table ronde que le débat va pouvoir naître, assure Philippe Claudel. J'ai essayé de composer une table ronde avec deux auteurs de cette entrée littéraire qui ont écrit sur la prison. Guillaume Poix qui a écrit un livre qui s'appelle Perpétuité où il se met du côté des surveillants de prison, un métier difficile dont on parle assez peu. Un autre roman, celui de Didier Castillo, L'Application des peines sur le parcours de délinquance d'un détenu. Et c'est un roman extrêmement fort aussi. J'ai invité également la procureure de la République à participer au débat, puisque en tant que magistrate, elle est bien entendu au premier plan justement de ces problèmes carcéraux. Et puis aussi quelqu'un que je connais qui s'appelle Ali Deloum, qui est un homme qui a passé une grande partie de sa vie en prison et qui a beaucoup lutté, quand il était en prison d'ailleurs, pour les droits des prisonniers. Donc voilà une table ronde qui devrait permettre au public aussi d'approcher de façon réaliste le problème des prisons. Parce que le problème de la prison, c'est qu'en fait, c'est un objet de fantasme. On la voit au travers de séries, de films, d'actualités, quand il y a un pic émotionnel. Mais la réalité de la prison, ce n'est pas ça. Et il faut qu'on en parle, il faut que les Français connaissent un peu mieux ce monde pour le réformer. La foire du livre de Brive, c'est du 7 au 9 novembre prochain. Tous les auteurs présents sont annoncés chaque jour sur le site internet. Voilà, c'est la fin de ce quart d'heure corrézien. Merci à toutes et tous pour votre fidélité. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau numéro. Mais d'ici là, je vous souhaite de passer une très bonne journée en Corrèze ou ailleurs. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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