Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
05-LE QUART D'HEURE CORREZIEN
15 novembre 2024 · 15 min
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Le quart d'heure corrézien, le magazine d'informations hebdomadaire de RGB, Bram FM, RCF Corrèze, Radio PAC et Bréniges FM. Réalisé et présenté par Olivier Ceyrac. Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce onzième épisode du quart d'heure corrézien. Quart d'heure qui est à la Corderie Palut, aujourd'hui, où nous allons rencontrer l'une des chevilles ouvrières de cette entreprise. Une femme qui, en 2022, a pris sa retraite et s'est donc retirée de la Corderie. Mais avant de partir, elle a pu transmettre un savoir-faire unique, une transmission essentielle pour la survie de l'entreprise et son fonctionnement. Et puis, en fin d'émission, vous découvrirez le reportage de Melchior Fagar, un jeune stagiaire de 3e que nous avons accueilli cette semaine et qui vous fera découvrir le mois du doc, un mois au cours duquel le film documentaire envahit les salles de cinéma. Mais pas que, vous l'entendrez. Le quart d'heure corrézien, vous avez le menu, c'est parti. Enfin, enfin, j'ai pu rencontrer Fatima Pinto, cette femme. C'est la sauvetresse de l'entreprise Palut et ce n'est pas moi qui le dis, mais le patron de la corderie qui nous l'avait déjà dit dans le premier épisode consacré à la corderie Palut, Fatima Pinto, c'est l'âme de cette corderie palue. Elle y a foulé le sol de terre battue de l'atelier de Long durant 44 ans. Et pour Fatima, enfant d'une famille qui en comptait six, l'entrée à la corderie ne s'est pas faite par choix. C'était une obligation, il fallait travailler. Je sortais du collège, j'étais embauchée à l'âge de 16 ans. Et j'ai commencé à prendre ce métier et à l'aimer. Et c'est vrai que maintenant, c'est devenu une passion. C'était une usine familiale. On s'est toujours bien entendu entre collègues. C'était formidable, oui. C'est une expérience unique, en fait, parce que je ne me suis pas rendue compte que toutes ces années ont passé. Et puis, il y a eu un savoir-faire que j'ai transmis. Et très contente de l'avoir transmis, parce que voilà, c'est un métier exceptionnel. Et si ce métier est exceptionnel, c'est parce que pour Fatima Pinto, c'est un savoir-faire unique, voilà. Fabriquer des cordes en chanvre, manipuler, le toucher, il faut vraiment apprendre, mais en le faisant. En faisant, en touchant la matière, en passant un outil particulier à un moment donné. Bref, Fatima Pinto n'a pas appris son travail dans un livre, mais sur le tas. Et aujourd'hui, son œil reste très attentif à l'état d'une corde en cours de création. Vous voyez le nœud là-bas, il est visible là. Et normalement, il ne faut pas qu'il soit visible, il faut qu'on le cache et que ce soit bien lisse. Bien lisse et ça, voilà, il faut bien faire rentrer les petites moustaches là. Il faut le voir pour le faire parce que c'est des petites astuces. Ce métier manuel qu'elle a pratiqué de ses 16 à 60 ans a véritablement poli ses doigts aujourd'hui. Des doigts qui sont toujours à l'image de la petite dame aux cheveux poivre et sel d'une infinie douceur. La torsion avec les doigts, tout se touche avec les doigts. C'est vrai qu'effilocher avec un couteau, c'est ce qu'on dit toujours. Un cordier sans son couteau, c'est comme un peintre sans son pinceau. Il faut toujours un couteau sur soi pour effilocher, couper un nœud. Souvent, il y a des défauts, enlever ce défaut. Il y a des choses à prendre, mais sur le tas. On ne peut pas faire autrement. Parce qu'il n'existe pas d'école, sinon la transmission orale pour un métier qui reste très difficile. Tout le monde ne serait pas capable, peut-être, de faire ce métier-là. C'est très physique, il y a les contraintes du temps aussi. L'été fait chaud, l'hiver fait froid, c'est de la terre battue. Pourtant, Fatima Pinto n'a jamais baissé les bras. Et même lorsqu'à la fin des années 2010, alors que l'entreprise battait de l'aile et ne trouvait pas encore de repreneurs, Fatima a gardé une forme d'espoir. S'il n'y avait pas de repreneurs, ça fermait. J'ai dit, bon, l'usine va fermer, l'usine va fermer. Après, il y a eu M. Assolari qui est arrivé pour sauver un peu l'usine. Et puis, moi, je suis restée 4 ans, puisque après, je suis partie en retraite. Et pendant ces 4 ans, j'ai formé M. Assolari, les ouvriers qu'il y avait, pour que ça puisse continuer, qu'il y ait une suite. C'était très important. Il ne fallait pas que ça s'arrête là. Là, il m'aurait fait mal au cœur de voir tout fermer, alors que j'ai passé une vie là-dedans. Il y a plein de choses à découvrir, à faire et on ne peut pas savoir tout ce qui peut se passer à l'intérieur, tout ce qui peut se fabriquer. Il y a plein, plein de choses qu'on fabrique et qu'on ne pouvait pas imaginer. La transmission de son savoir-faire a donc été essentielle pour l'entreprise, tout simplement parce que sans elle, les techniques de fabrication n'auraient pas été retrouvées. Aussi, elle a dû mettre les bouchées doubles pour former rapidement le plus grand nombre. En deux ans je pense qu'on ne peut pas tout apprendre en deux ans, il y a trop de choses à apprendre, à voir et puis heureusement que j'ai pu transmettre ce savoir-faire, c'est un truc unique. Il y a cette odeur de chanvre, on dirait qu'il y a une âme encore qui existe ici, malgré toutes ces années que j'ai passées, même si je reviens encore, il y a quelque chose, c'est incroyable. Parce que dans ce très long bâtiment, à la charpente en bois toujours visible et où les tôles ondulées abritent, si on peut dire, les ouvriers, ce bâtiment n'a jamais changé. On a l'impression que c'est toujours resté au fil du temps. Il n'y a pas eu de modernisme et on travaille comme à l'ancienne en fait. Mais de toute manière, l'atelier de long est la spécialité de la corderie Palut. C'est là que sont commises des cordes sur de très grandes longueurs. Aussi, il reste impossible de moderniser l'outil de travail, poursuit Fatima. Ici, dans ce métier, je ne pense pas qu'on puisse se moderniser plus parce qu'on fait tout à la main. C'est pour ça que c'est un savoir-faire un peu unique parce qu'on tire les fils, on manipule, on tresse la corde, on a des couchoirs. Il y a plein de choses qui sont faites à la main. Ça, ce n'est pas possible en machine, le polissage et tout. Je tirais les fils quand même jusqu'à 180 de longueur toute la journée, aller et retour. Donc ça, la machine, le chanvre comme ça, non, on ne peut pas. Une corde en chanvre qu'on doit tirer, faire des taurons, polir, câbler, le mettre sur rouleau. Il n'y a qu'à la main manuellement, ça, c'est sûr. Tout ce travail, toutes ces expressions que seuls les compagnons cordiers peuvent comprendre, tous ces secrets, donc Fatima est fière de les détenir, mais surtout d'avoir pu les transmettre. Il y a plein de choses qu'il y a ici, justement, qu'on peut savoir à quoi correspondent tous ces mots-là. J'en suis fière parce qu'on m'a appris tout ça et j'ai été fière de transmettre. On ne peut pas garder ça pour soi. Je pense que c'est important de transmettre. Ce n'est pas la peine de garder pour soi, ça ne sert à rien. Il vaut mieux transmettre les bonnes astuces, tout ça pour que ça marche bien et que ça continue. Aussi aujourd'hui, Fatima Pinto sait que les portes de la Corderie Pallu lui sont toujours ouvertes. D'ailleurs, elle n'hésite pas à les pousser pour retrouver ses anciens collègues, les retrouver pour discuter, mais aussi pour constater que toutes et tous... On a envie d'apprendre et de réussir et je pense que ça y fait beaucoup. C'est ce que je disais, il faut vraiment aimer ce métier. Mes petits jeunes, voilà, c'est comme mes enfants, quoi. Je n'ai rien à leur reprocher. Ils ont toujours été sympathiques, obéissants. Obéissants, parce que c'est vrai que dès que je disais quelque chose, même, il y en a certaines qui me disaient, moi, je veux que ce soit toi, Fatima, qui me formes, le petit Julien aussi. Après, c'est une fierté, parce que, bon, je les coucoune un peu aussi, mais je suis calme et patiente pour apprendre. Et la patience, c'est ce qu'il faut aussi. Surtout quand on a les jeunes, ce n'est pas de ma génération. Ça me faisait d'être entourée. Je ne me sentais plus à ma place après. Je voulais transmettre parce que j'étais la dernière de l'équipe à l'U. Et je me sentais une mamie, mais je ne me sentais plus comme avant. J'avais transmis, c'était mon devoir et ça, d'avoir réussi et de les voir réussir, c'est une fierté. C'est une fierté et je voudrais que ça continue et que les gens forment les uns et les autres comme nous on faisait et comme je les ai formés. La formation se poursuit, même en l'absence de Fatima Pinto. D'ailleurs, des apprentis sont actuellement formés à la Corderie Pallu à Saint-Pantaléon-de-l'Arche et nous irons à leur rencontre dans un prochain épisode. Place à la prescription culturelle de ce quart d'heure corrézien, prescription que l'on doit aujourd'hui à Melchior Fagar, jeune stagiaire de 3ème, inscrit au collège du Zèrche. Melchior, vous allez nous faire découvrir un événement qui se déroule en ce moment, c'est le mois du documentaire. Oui, un mois dédié au documentaire. C'est organisé par Images en Bibliothèque, une sorte de structure qui fait la promotion du film documentaire. Et pour Pauline Bérat, la directrice adjointe du cinéma VO de Tulle, ce mois du doc est essentiel pour la visibilité du film documentaire. C'est un événement qui a lieu chaque année depuis 2000 et l'objectif c'est de mettre en avant la création documentaire. Et selon Romain Groujean, directeur du Rex à Brive-la-Gaillarde, cet événement s'adresse à tous les publics quel que soit leur âge. L'idée, c'est de faire comprendre que c'est un genre cinématographique qui peut rassembler de nombreuses personnes. On peut être appelé justement par une thématique, par un cinéaste, par une forme documentaire particulière. Et l'idée, c'est de le faire connaître au grand nombre, parce que c'est un genre qui est injustement méconnu. Peu connu, parce que la frontière entre documentaire cinématographique et documentaire journalistique est très fine. Il y a un peu apparenté un genre télévisuel, parce que le documentaire télé c'est vraiment une case qu'on connaît, qu'on voit comme explicative, qu'il y a une fonction de document. Mais le documentaire comme genre cinématographique c'est assez méconnu, tout simplement parce que déjà il y a peu de documentaires qui sortent en salle. Le cinéma de fiction est bien plus connu finalement du grand public, mais dans le cinéma documentaire on trouve énormément de grands noms, comme Agnès Varda, comme Alain Cavalier, comme Raymond Depardon. Et finalement, le cinéma qui est pourtant bien vivant, bien fouissonnant, particulièrement en France, il est encore injustement diffusé. C'est donc pour réparer cette injustice qu'a été créé le mois du doc, d'autant plus qu'entre reportage et documentaire, les esthétiques de films sont différentes. On n'est pas guidé uniquement par le sujet, c'est qu'on va proposer un regard sur le sujet. Et donc, il y a de la mise en scène, il peut y avoir un peu de direction. Il peut y avoir de l'animation. Mais la matière, c'est-à-dire les personnes interviewées, l'histoire, elle, elle va être une matière réelle. Et après, on va vraiment s'intéresser à comment la forme peut apporter une rencontre esthétique, artistique avec le spectateur. C'est ça la grosse différence. C'est que tout simplement, d'un côté, il y a une volonté uniquement d'information, de l'autre, il y a une démarche artistique. Mais ce n'est pas la seule différence, poursuit Xavier Duquenois, responsable du Louis-Jouvet du Zèrche, pour qui les documentaires empruntent différents formats. Ça peut être des documentaires en court-métrage, en long-métrage, en moyen-métrage, mais aussi sur la forme, que ce soit des films documentaires américains, des formats qui abordent différents sujets, des sujets de société, des sujets historiques, ou même des sujets peut-être un petit peu plus légers. On peut aborder avec le documentaire tous les thèmes. Tous ces formats, toutes ces esthétiques sont donc à voir partout en France, et donc en Corrèze. Et c'est d'autant plus intéressant que tous les cinémas ne proposent pas la même programmation, poursuit Pauline Bérat. Dans les salles de cinéma, mais aussi les médiathèques ou tous lieux culturels, tu vas pouvoir accueillir l'événement, ça se déroule sur tout le territoire français. Chaque lieu qui accueille le mois du documentaire établit sa propre programmation. Nous, on a un catalogue de films qui nous est proposé par Images en Bibliothèque, qui est l'organisme qui porte l'événement. Et donc, on choisit dedans, mais on est aussi libre de rajouter des films que nous, on aurait envie de défendre et de proposer. Donc, chaque lieu a sa propre programmation. Alors il peut y avoir des films qu'on retrouve dans différentes structures, différents cinémas, mais ce n'est pas une même programmation pour tout le monde, c'est chacun qui fait son programme. Mais le point commun de tous ces programmateurs, c'est qu'ils vont tous inviter un ou des réalisateurs que vous pourrez rencontrer dans leur cinéma. Ce n'est pas toujours évident de faire venir un réalisateur ou une réalisatrice, mais là quand l'opportunité s'est présentée pour nous, on a sauté sur l'occasion parce que pour nous c'est toujours une grande chance de pouvoir avoir l'auteur, l'autrice du film en question, quelle meilleure personne pour pouvoir apporter des éclairages sur le film, répondre aux spectateurs. On sait que c'est quand même une valeur ajoutée non négligeable à la séance. C'est des moments assez uniques. On n'a pas toujours l'occasion de pouvoir croiser le réalisateur du film qu'on vient de voir. Donc ça nous paraît important quand on a la possibilité de le faire, de le proposer à nos spectateurs et à nos spectatrices. Ainsi, à Uzerche, vous pourrez rencontrer les réalisateurs de Handicap, un film réalisé par Corée Stélévisions en partenariat avec l'association Tuberculture. basé à Chantex et qui permet à des personnes handicapées de monter sur scène et de chanter lors du festival au chant. Clairement, c'est très pédagogique pour expliquer comment s'est déroulé les ateliers par le biais du documentaire. Pour Out, c'est un peu différent. La réalisatrice expliquera plus sa démarche, parce que c'est un sujet très fort. Out, elle suit Ellie qui est un jeune homme qui la nuit se transforme en une drag queen. Et donc en fait, là, elle est plus sur la rencontre d'un personnage et raconter un petit peu son quotidien. Là, on est vraiment sur de l'humain, sur découvrir un petit peu la personnalité de ce jeune homme. Et pour tout connaître de la programmation du mois du doc en Corrèze, n'hésitez pas à farfouiller sur les sites internet du cinéma Rex à Brive-la-Gaillarde, du VO à Tulle et de Louis Jouvet à Égletons. Eh bien merci, merci beaucoup Melkior Fagar pour ce très riche reportage. Et bravo aussi pour votre implication au cours de ces trois journées de stage cette semaine à nos côtés. Bonne route à vous et j'en suis sûr, vous allez trouver votre voie. C'est la fin de ce quart d'heure corrézien. Merci à toutes et tous pour votre fidélité. On se retrouve dans une semaine pour un nouveau numéro consacré aux actions d'SOS Violence Conjugale en ruralité. Mais d'ici là, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le quart d'heure corrézien en réécoute sur nos sites internet, mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.
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