Podcasts · LE QUART D'HEURE CORRÉZIEN
02-LE QUART D'HEURE CORREZIEN
12 septembre 2025 · 15 min
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Bonjour tout le monde et bienvenue dans ce deuxième numéro de la saison 3 de Le quart d'heure corrézien, un numéro entièrement consacré à la naissance de ce mouvement Bloquons Tout cette semaine. Naissance que j'ai suivie entre lundi et jeudi dernier depuis Brive. L'enjeu de ce quart d'heure est donc d'entendre quelles étaient les attentes, les revendications, mais aussi les espoirs de ces personnes mobilisées. Mais également d'entendre des parcours de vie parfois compliqués, le tout sans oublier une question de fond. Ce mouvement à Brive va-t-il s'inscrire dans la durée ? Le quart d'heure corrézien, saison 3, épisode 2. C'est parti. Lundi soir, à Brive, 18h30, place Jean Charbonnel. Quelques passants traversent l'espace et jettent un regard fuyant vers ce groupe de personnes dispersées devant la mairie. Une petite table de camping a été dressée dessus. Quelques biscuits apéritifs, des jus de fruits et une bouteille de cidre. Parmi les personnes présentes, il y a Valérie, assise sur l'un des bancs de la place. Pourquoi vous êtes là ce soir ? Pour boire un pot d'adieu à Bayrou, voilà. J'espère bien le voir dégagé. Pourquoi ? Parce que je crois qu'on ne tient pas assez compte de nos désidératas. Je trouve que son budget, enfin tout ce qu'il prévoit, ne tient pas du tout compte de l'écologie et tout ce qu'on doit faire pour sauver un peu notre planète, etc. C'est surtout là-dessus, moi, que je suis arrêtée. Ce lundi soir, ils sont environ 80 à participer à ce pot de départ baptisé Bye Bye Bayrou. Sur cette place, par petits groupes, chacun discute dans son coin, on parle de dette, on échange sur les inégalités sociales, mais personne ne suit l'actualité véritablement sur son téléphone portable. Pourtant, au même moment, à Paris, François Bayrou est véritablement désavoué par les députés. 364 d'entre eux ne lui accordent pas leur confiance. Ils ne sont que 194 à la lui maintenir. Quelque part, c'était joué d'avance. Mais pour Aurélie, peu importe les personnalités au pouvoir, ce qu'elle attend, c'est autre chose. Le changement, il n'est pas d'une personne, d'un politique, d'une personne ou même d'une cinquième République, etc. Je pense qu'à l'heure actuelle, le système ne fonctionne pas. Donc il faut refonder le système. Il y a un changement à faire, il y a des changements radicaux à faire, mais en profondeur, sur plein de choses, plein de sujets. L'écologie, sur l'agriculture, sur l'immigration. Un petit peu plus loin, Florence vient de prendre la parole et a lu un texte, un texte dans lequel elle demande que les choix qu'elle a pu faire en glissant un bulletin dans l'urne, ces choix-là soient sinon écoutés, au moins entendus. J'ai l'impression que les politiciens méprisent toutes les fois où on est sortis dans la rue, toutes les fois où on a essayé de passer des messages. Et donc à un moment donné, c'est plus possible. On a envie d'être entendus. Enfin, moi j'ai envie d'être entendus, donc c'est pour ça que je participe comme tant d'autres au mouvement. Selon elle, les dossiers où elle n'a pas été entendue sont nombreux. Il y a eu 2 millions de signataires par rapport à la loi Duflot. Les choses avancent très lentement. La 69, le tribunal de Toulouse a dit qu'il fallait arrêter l'avancée de la 69, que ce n'était pas possible. Et en fait, le gouvernement passe en force à chaque fois. Donc à un moment donné, si nous, on n'est pas dans une position de force aussi, si on ne se montre pas un petit peu présent, on a l'impression qu'on ne peut pas être entendu. Aussi, cette absence d'écoute fait dire à Jean-Paul que la démocratie est en danger en France. Macron a fait un moment, un coup, prétendument démocratique. Il a convoqué une Assemblée citoyenne pour le climat. Avant l'Assemblée, il dit tout ce qui sortira de l'Assemblée, je le prends. À la sortie, il a dit je prends une décision et il l'a transformée. C'est ça l'absence de démocratie. On se fout de la gueule du monde. Parce que les gens de la Convention citoyenne, ils avaient vraiment bossé. Ce qu'on attend, c'est au minimum des trucs comme ça. C'est le minimum du minimum. L'Assemblée citoyenne pour le climat, ça ne résoudra pas tout. Mais les Assemblées citoyennes, c'est un embryon de démocratie. Alors oui, pour tenter d'être entendus, ces femmes et ces hommes ont donc décidé de rejoindre le mouvement Bloquons Tout du 10 septembre. Comment compte-t-il agir ? Eh bien d'abord, il le décide en Assemblée Générale. Une enseignante d'ailleurs prend alors la parole et organise la réunion. Trois minutes de parole pour que chacun puisse exposer son projet. Puis des petits groupes se constituent et cherchent à organiser cette action. Bloquer la zone de Carrefour, symbole de la consommation. Bloquer Photonis, symbole des budgets de l'armement démultipliés ces dernières années. Bloquer la gare, symbole du désengagement de l'État et de la décrépitude de la ligne Lot. Toutes ces propositions sont débattues. Mais finalement, c'est la zone logistique d'Ussac qui est pointée. Le mouvement décide d'ailleurs de l'investir dès mardi soir. Si vous avez des torches, des lampes et tout, allumez-les. Pour la sécurité, c'est pas mal. Cette voie, c'est celle de Guillaume, un ancien gilet jaune de la première heure. Puis c'est qu'ici, on est à un point très stratégique. Ussac, il distribue Bordeaux, il distribue Clermont, il monte sur Paris. Nous, l'objectif, c'est d'essayer de retarder leur départ pour pouvoir retarder les livraisons en alimentation dans les grandes surfaces. Puisqu'on travaille un mouvement très économique, c'est une idée parmi tant d'autres. Ça devrait marcher puisqu'on l'avait déjà organisé et ça avait très bien marché. Et si les manifestants lancent cette action la veille du 10 septembre, ce n'est pas anodin, souligne Guillaume. On essaye d'être présent au plus tôt possible pour faire comprendre aux gens que chez nous on fait des choses aussi. On fait un petit peu en avant pour se faire voir et savoir qu'on est là. Autour de lui, une vingtaine de personnes sont là. Parmi elles, deux autres gilets jaunes. Les autres sont profs, retraités ou travaillent dans le privé. Tous sont plus habitués au cortège qu'à la mise en place d'un barrage filtrant sur un rond-point. Pourtant, en quelques minutes, les quatre sorties sont occupées. Le tout sous la surveillance d'une voiture de gendarmerie qui restera avec eux sans jamais intervenir. Et puis, un camion arrive. Alors, Guillaume dirige la manœuvre et opère un énorme coup de bluff. de la zone. Tu vas être bloqué dans tous les ronds-points. Alors la meilleure des choses c'est que tu fais des difficultés de ronds-points et que tu repasses où tu viens pour repartir de l'autre côté là-bas. Pour quoi faire ? Pour te dévier, on te dévie la route. On te dévie la route en fait. Si tu ne dévies pas la route, dans n'importe quel cas sur le ronds-point qui est au-dessus, tu es bloqué. Donc il vaut mieux que tu joues le jeu, que tu prennes ici, que tu prennes la zone du sac et que tu partes par là-bas. Les routiers, vous faites partie de l'économie puisque vous livrez souvent des grosses zones de fret, des grosses zones alimentaires dans les grandes surfaces. C'est comment, là ? Non, c'est une restriction. De quoi ? Ben, de tout ce qui est machine à laver. Qui va dans les grandes surfaces ? Qui va dans les... Grandes surfaces. Grandes surfaces, oui, c'est ça. Donc, c'est bon. C'est grillé. Parce qu'on ne te laisse pas passer. Nous, l'objectif, c'est que vous, les routiers, vous ne livrez pas les grandes surfaces. C'est un mouvement économique. Tu comprends ? Oui, oui. Plus tard tu livres et mieux c'est pour le mouvement, parce que plus tard tu livres et plus les magasins sont emmerdés et plus les magasins sont emmerdés, moins les gens achètent et l'économie est atteinte. Il n'y a pas de soucis, je comprends. Bah écoutez, je vais prendre ma question comme vous avez dit. Tu fais le tour du rond-point ? Ouais, je vais faire le tour, ouais. Bah il n'y a pas de soucis, bah écoute, je vais vous écouter. Ben écoute, faites attention à vous. Surtout toi, bonne route à toi. Merci. Il est déjà 22h30, une poignée de camions sont passés et sont déviés. Les échanges restent courtois. Dans cette nuit noire, Michel est là. Cette retraitée a travaillé 42 ans et touche aujourd'hui 1600 euros de pension. Elle doit aussi aider sa fille qui, elle, est au RSA. Alors ça ne lui fait pas peur de rester ici, au bord de la route, en pleine nuit, coincée entre une voie SNCF et l'autoroute au-dessus. On appréhende un peu avant l'action et après, au moment de l'action, je trouve que ça se passe plutôt bien, donc je ne suis pas trop stressée pour le coup. Peu après minuit, le groupe se disperse, l'objectif a été atteint selon eux, d'autant que le lendemain c'est le 10 septembre et ils veulent tous être présents. D'ailleurs on les retrouve avec une centaine d'autres personnes devant l'ancienne école du Pont-Cardinal à Brive, une ancienne école qui abrite depuis 2017 le siège de la police municipale de la cité Gaillarde, un véritable symbole pour Nathalie, enseignante dans une école primaire. On a le sentiment qu'il y a des moyens qui sont mis pour la défense, la police, la sécurité. On entend parler d'insécurité, mais on ne met plus assez de moyens dans l'éducation, dans la santé et dans les autres domaines des secteurs publics qui sont aussi importants que la sécurité. Or pour elle, l'école et les professeurs vont mal. Ce sont des conditions de travail qui se dégradent de par le bâti scolaire qui n'est pas suffisamment entretenu, de par l'inclusion des élèves en situation de handicap qui se fait avec des moyens ridicules, donc des manques d'AESH, des manques de structure pour accompagner ces enfants-là, des remplaçants en nombre insuffisant et des classes sans professeur. Ça, c'est une réalité du quotidien. En début d'après-midi, mercredi dernier, ils sont plus de 300 personnes à avoir investi le boulevard devant la sous-préfecture. Parmi eux, il y a Ken. Ce père de famille tient une pancarte explicite. Moins de rois, plus de galettes, c'est pour nos enfants, histoire qu'ils mangent un peu mieux. Histoire que la galette soit un peu plus sucrée et que les rois mangent un peu moins de galettes. Entrepreneur dans le Lot, il voit les inégalités grandir et ça le met en rogne. Il y a quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup de rois qui se portent bien. Et on a un peu l'impression de retourner quelques centaines d'années en arrière. Les gens du peuple qui crèvent la galette de plus en plus et puis ceux qui sont en haut qui s'enrichissent de plus en plus. Donc il y a un moment, il faut se bouger le cul. Joris espère que ce mouvement puisse faire changer des choses. On a vraiment l'impression qu'on se moque de nous au quotidien. Hier soir, encore avec l'annonce du nouveau Premier ministre, on a un peu l'impression d'être pris pour des abrutis. Et tous ici, je pense qu'il est temps que ça cesse un peu. Et voilà, on va essayer de changer les choses comme on peut. Un petit peu plus loin, Charles est là avec sa femme. Tous les deux portent une chasuble estampillée CGT de Cherbourg-en-Cotentin. En vacances en Corrèze, il ne pouvait pas manquer cette manifestation citoyenne et syndicale de quoi attirer son attention sur ce mouvement. Il est très intéressant pour discuter, avoir des rapports en fin de compte entre les gens et essayer de voir si dans les entreprises, on pourrait faire quelque chose et faire un mouvement de grève très important de façon que le gouvernement n'ose l'entendre. Et jusqu'à ce moment-là, tout se déroule de façon sereine. Les manifestants rejoignent d'ailleurs le parvis du théâtre de Brive. Mais un événement sème le trouble. Deux hommes sont interpellés, suscitant de fait la colère des manifestants qui en oublient l'assemblée générale en cours. Ces deux hommes d'une quarantaine d'années ont été, à l'issue de leur garde à vue, déférés jeudi après-midi devant la procureure de la République de Brive. Celle-ci les a sanctionnés d'une composition pénale, à savoir un stage de citoyenneté pour mise en danger de la vie d'autrui, détournement d'un cortège sur un mauvais itinéraire et participation à une manifestation, visage dissimulé y compris en partie. Un événement qui a fortement perturbé l'organisation de la journée de ce 10 septembre. Le cortège n'est finalement pas monté en direction de la gare. L'action a été remise au lendemain, jeudi, à 17h. Et c'est là que j'y ai retrouvé Hélène. Cette femme aux cheveux longs et tressés est à la retraite, mais poursuit quelques missions de formation auprès des salariés des organismes bailleurs sociaux. Pour elle, la gare est indispensable. À peu près deux fois dans la semaine et après, une fois que je suis arrivée ou à Paris ou à Bordeaux, à Toulouse, j'ai encore d'autres trajectoires. Vous pourriez utiliser la voiture ? Surtout pas. Non, le confort, oui, de cœur de ville à cœur de ville, c'est intéressant. Après, c'est quand ils n'arrivent pas à l'heure et là, je peux vous dire que des bons de retard qui s'accumulent, j'en ai un paquet. Il n'y a rien de sûr, ça veut dire que c'est une prise aussi sur mon temps libre pour pouvoir prévoir en cas où et donc voilà c'est très contraignant. Alors elle reprend ses tracts et croise un homme, lunettes rondes sur le nez, costume bleu marine, cravate bleu ciel, chemise blanche impeccable, il n'est pas en avance pourtant. Je sais que vous avez un train à prendre et vous n'avez pas beaucoup de temps, mais au moins de savoir qu'il y a quand même un mouvement qui est là et qui va essayer de perdurer un peu. Je ne sais pas. Moi, ce que je redoute, c'est que ça se giletise jaunes, ce mouvement. Pour l'instant, c'est citoyen, là. Oui, oui. Enfin, disons que ce que je trouve regrettable, moi, ce qui m'a frustré dans ce mouvement-là, c'est être un mouvement à la fois éminemment politique et refuser la politique. Il y avait un boulevard, il y avait les municipales juste après. C'était un renouvellement du personnel politique à la base, gérer les municipalités, conquérir les régions, ensuite la députation. Et tout ça, ça fait un groupe shit parce que toutes les figures qui ont émergé, mais de toute façon, un mouvement doit être incarné par quelqu'un. Cette idée qu'il n'y a pas de tête qui doit dépasser, sinon, il faut bien quelqu'un qui parle et qui fasse la voix d'un collectif. Mais il faut une voix. Plusieurs voix, c'est la cacophonie. Pas de voix, c'est la mort. Donc oui, moi, ce que j'attends de ça, c'est précisément un vrai renouvellement. Et la conscience que c'est politique. À nous, là, il n'y a aucun souci. Moi, je dis toujours, le matin, en mettant un sucre ou pas, dans ton café, tu fais de la politique. Exactement. Et c'est ainsi qu'à Brive, le mouvement tente de discuter, de dialoguer et qui sait peut-être, de convaincre. En attendant, le seul et unique prochain rendez-vous connu, c'est la mobilisation intersyndicale du 18 septembre. Pour en savoir plus sur le mouvement bréviste, il faudra se rendre sur la messagerie Telegram. Voilà pour ce compte-rendu illustré de cette semaine de mobilisation à Brive. Merci à toutes et tous pour votre fidélité. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau numéro du Quart d'Heure Corrézien. Mais d'ici là, je vous souhaite de passer d'excellents moments en Corrèze ou ailleurs. Retrouvez le Quart d'Heure Corrézien en réécoute sur nos sites internet mais aussi sur les plateformes d'écoute Spotify, Deezer et Apple Podcast.
Transcription automatique, non relue : elle peut comporter des erreurs, notamment sur les noms propres.
